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Des réfugiés réquisitionnés comme main-d’œuvre saisonnière

Pour répondre aux difficultés de recrutement dans le secteur agricole dues à la pandémie du Covid-19, la préfecture de Seine-et-Marne a eu l’idée de se tourner vers une population au moins aussi précaire que les travailleurs saisonniers habituels : les réfugiés. Une double peine semble se jouer pour ces réfugiés : demandeurs d’asile à l’avenir incertain, ils sont désormais forcés de travailler en pleine pandémie.

mardi 31 mars

Crédits photo : B. HORVAT/AFP

« Main d’œuvre saisonnière, les réfugiés en renfort ! » c’est le titre du communiqué publié le lundi 30 mars 2020 par le cabinet du préfet de Seine-et-Marne, expliquant la « réquisition » de réfugiés pour faire face à la pénurie de main d’œuvre étrangère et précaire, habituellement utilisée à cette période de l’année dans les exploitations agricoles pour planter fruits et légumes. Pour se faire, le préfet aurait donc demandé aux gestionnaires des hébergements d’urgence pour demandeurs d’asile du département de « faciliter la mise en relation entre les réfugiés et les professionnels agricoles. »

À l’heure où le gouvernement vient de prolonger le confinement jusqu’au 15 avril, et quand de nombreux messages invitent la population à prendre soin d’elle-même et de ses proches, faire appel à des personnes étrangères connaissant des situations d’isolement et de précarité est loin d’être un choix anodin. Cette action politique basée sur le choix des demandeurs d’asile et des réfugiés s’inscrit dans l’idée que du fait de leurs statuts, ils auraient une dette envers la société française et que ce serait donc « la moindre des choses » que d’accepter, quitte à mettre leurs vies en danger. On peut également questionner l’indéniable rapport de force asymétrique entre une préfecture, institution représentant l’État, et des individus dépendant du bon vouloir de ce même État pour la régularisation de leurs situations administratives : quelle est la réelle marge de liberté pour un demandeur d’asile face à une proposition pareille ?

Bien que la difficulté d’assurer la production de denrées alimentaires en pleine pandémie du Covid-19 soit un problème majeur et une réalité qui nécessite de trouver des solutions, il est légitime de critiquer le choix de recourir à une population aussi vulnérable que celle des demandeurs d’asiles et des réfugiés. De plus, il est important de souligner que le problème d’une pénurie de main d’œuvre dans l’agriculture est la conséquence directe de politiques de précarisation des travailleurs agricoles, le secteur dépendant du recrutement saisonnier de travailleurs précaires, jeunes étudiants et étrangers notamment.

Ce choix de la préfecture de Seine-et-Marne est l’un des nombreux exemples des décisions économiques et politiques prises aux dépens des personnes les plus fragiles socialement. Ces injustices déjà existantes au quotidien sont exacerbées dans un contexte de crise sanitaire, où il est littérairement question de vie ou de mort : pour maintenir leurs profits, l’État et le patronat n’hésitent pas à mettre en danger les travailleurs les plus précaires. Ici les travailleurs immigrés, plus exposés à la situation du fait de leur avenir précaires, sont forcés de travailler quand en Europe de plus en plus de gouvernements adoptent des lignes de plus en plus dures sur les questions d’immigration, multipliant les expulsions, et fermant les frontières.

L’urgence est à la lutte contre le virus et on ne peut continuer à menacer des vies humaines au nom d’intérêts bureaucratiques. Afin de protéger les travailleurs sans-papier et les demandeurs d’asile du Covid-19, le Portugal a décidé de régulariser ceux qui en avaient fait la demande le temps de l’épidémie, pour qu’ils disposent des mêmes mesures de protection sanitaire. Dans cette période exceptionnelle, plus que d’habitude encore, ne pas garantir les droits des immigrés serait criminel. Alors que les immigrés sont les travailleurs les plus précaires, qu’ils sont directement confrontés au virus, en se chargeant des boulots que personne ne veut faire, il convient d’exiger la régularisation immédiate de tous les sans-papiers et demandeurs d’asile.




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