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Politique

Darwinisme social

Des supermarchés réservent leurs masques aux clients munis de carte de fidélité

Alors qu'on s'interroge encore sur les stocks de masques que plusieurs noms de la grande distribution se sont mis à vendre depuis lundi, les supermarchés organisent leurs ventes de manière discriminatoire. Non seulement, il faut avoir les moyens financiers d'acheter des masques en quantité suffisante, mais pour certaines chaînes, il vaut mieux avoir en plus la "carte du magasin".

mercredi 6 mai

Crédits : Pascal GUYOT / AFP/Archive

Comme si le scandale de la pénurie de masques vainement dissimulé par le gouvernement ne suffisait pas, on a le droit, sur la même semaine, à deux annonces particulièrement dérangeantes. D’abord, les supermarchés qui ont tout à coup des millions de masques à vendre et démontrent que le capitalisme de la survie par temps d’épidémie est capable de faire marchandise de tout besoin. Mais cette sélection ne suffisant pas, étant donné la tension sur l’achat des masques, certaines marques de la grande distribution ajoutent une condition : la carte de fidélité. Plus on achète, plus on pourra acheter - des masques.

Cette pratique est illégale selon le code de la consommation, comme l’explique Capital, dans lequel il est écrit qu’ « il est interdit de refuser à un consommateur la vente d’un produit ou la prestation d’un service ». Pratique illégale à laquelle ont décidé de se livrer plusieurs grandes enseignes dont Intermarché, Carrefour ou encore Match, en mettant en place dès la semaine dernière des systèmes de réservation en ligne pour les clients des magasins, des mesures de rationnement, ou encore en limitant l’achat sur place aux clients munis d’une carte de fidélité. Ainsi, depuis lundi, les supermarchés Match réservent les masques aux clients munis d’une carte de fidélité tandis que ceux sans carte ne peuvent pas s’en procurer. Pour se justifier l’enseigne explique qu’ils avaient besoin « d’un système pour garantir que personne n’en achète plusieurs dans la semaine ». Même situation en ce début de semaine à l’intermarché Cherbourg-en-Cotentin ou encore dans celui de Bidard où il faut avoir une carte client pour pouvoir réserver des masques en ligne. Une cliente qui a eu la chance de pouvoir en réserver commente, dans Sud Ouest cette politique qu’elle juge inégalitaire plaidant pour la gratuité des masques : « financièrement, je peux. Je pense aux gens qui travaillent et les familles nombreuses. Gratuit pour tout le monde, ce serait mieux. »

Ce mercredi 6 mai, invité de France info, le président d’Intermarché et de Netto Thierry Cotillard, a admis qu’il a existé mais seulement pendant trois jours « un système de réservation en avant-première pour les clients titulaires d’une carte de fidélité ». Il explique ainsi que 300 000 personnes se sont inscrites et que 15 millions de masques ont ainsi été pré-vendus à des clients fidèles. Depuis le samedi 2 mai, par contre selon lui « tout le monde peut réserver. Ça n’aurait pas de sens de réserver ça à nos clients fidèles. Ce qui s’est passé sur Cherbourg, c’est une erreur de communication, je pense que la personne à l’accueil n’avait pas l’information. » Le directeur de l’intermarché de Cherbourg s’est justifié depuis en expliquant qu’il s’était agit d’une démarche pour « éviter la cohue » et affirmant que désormais « les réservations sont ouvertes à tous ».

Moyen de surveiller les achats effectués, la carte de fidélité permet également de trier et de constituer les listes des clients prioritaires. Moyen aussi de promouvoir la fidélisation et de donner envie de s’offrir la fameuse carte.

Or, cela fait longtemps qu’on sait que ces cartes sont un moyen de faire les profils des clients, de compiler leurs données d’achats et même de prévoir les offres en fonction de leurs besoins personnels. Un outil de traçage en plus, cette fois entièrement aux mains des entreprises du privé. On passe du "tous fichés" de l’appli covid du gouvernement au "tous fidélisés" de la grande distribution : dans une situation sanitaire critique, c’est toujours le même chantage aux libertés et à la vie privée. Mais l’enjeu, cette fois, c’est directement nos vies et notre santé et apparemment les plus riches ont tous les relais pour s’assurer de meilleures chances de survie.




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