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Politique

Après le Grand Débat, retour à l'agenda...

Destruction d’emplois dans la santé et l’éducation publique : Macron garde le cap 2022

Présenté mercredi, le projet de loi sur la fonction publique en conseil des ministres prévoit de s'en prendre aux fonctionnaires et aux services publics : suppression de 120 000 postes d'ici 2022, recours accru aux contractuels, renforcement des clauses mobilité, individualisation des carrières, rémunération au mérite. Après le « Grand Blabla », Macron poursuit son agenda.

mercredi 27 mars

Le Grand Débat n’aura été qu’un grand « blabla ». Surdité face aux Gilets Jaunes et aux cris d’alarme sur les services publics, le gouvernement Macron a décidé de ne rien changer de son agenda. Mercredi matin, c’était le projet de loi Cap 2022, véritable arsenal de destruction massive de la fonction publique qui était présenté devant l’Assemblée Nationale.

Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, et Olivier Dussopt, présentent un projet de loi en adéquation avec le projet néolibéral du gouvernement. « Il n’y a pas de surprises dans ce texte (…) Nous voulons bâtir la fonction publique du 21e siècle » a affirmé Olivier Dussopt. Mais avec un effectif réduit de 120000 fonctionnaires dont 50000 dans la fonction publique d’Etat et 70000 dans les collectivités territoriales. Ce plan va heurter de plein fouet le secteur de la santé, l’éducation, l’audiovisuel public et les services administratifs de proximité.
Et pour arriver à ses fins, le gouvernement veut précéder par des plans de départ volontaires et réorganisations. Les agents seront « invités » à repenser leur projet professionnel : aller travailler dans une entreprise privée en vue d’une reconversion professionnelle en ayant les garanties de maintien de salaire. Le projet du gouvernement est aussi de d’externaliser des services et les privatiser. Le gouvernement veut que les fonctionnaires qui dépendraient de ce service administratif soient alors embauchés par l’entreprise privée en CDI.

Quant aux fonctionnaires usagés, ils seront donc jetés progressivement comme de vieux pansements avec un rythme crescendo puisque les 120 000 suppressions de postes doivent être atteints à la fin du quinquennat. Mais attention, tous les fonctionnaires ne seront pas touchés de la même manière selon le ministère. Les économies se feront bien sur le dos de la santé publique dans des hôpitaux publics déjà mal en points, dans l’éducation ou encore dans l’écologie. D’autres secteurs verrons leur effectifs augmenter. Ainsi, en 2019 ce sera plus 2279 postes pour le Ministère de l’Intérieur, soit pour la police et la gendarmerie, plus 1300 postes pour la Justice et 450 pour le Ministère des Armées. Le message est clair : plus de moyens pour les forces de répression !

Pour palier au manque de fonctionnaires, le recours aux contractuels – c’est-à-dire à des personnels qui font exactement le même travail que tous les autres mais ne bénéficient pas du même salaire ni des mêmes droits face aux recruteurs que les fonctionnaires – va s’intensifier. A terme, cette extension implique la fin de la fonction publique, ce qui signifie la refonte complète des services publics qui s’aligneront sur la gestion des entreprises privées. L’hôpital craque déjà de toutes parts d’avoir subi ce modèle gestionnaire, avec l’épuisement des personnels et les risques sanitaires que cela engendre sur les usagers.

Outre le volet de l’austérité, le projet de loi propose l’individualisation des carrières, des rémunérations au mérite. Derrière, ce deuxième volet se cache la casse du statut de fonctionnaire et la solidarité qu’il permet.

Après la SNCF, la réforme du marché du travail, l’objectif du gouvernement pour tous les fonctionnaires est clair : imposer les modèles de management du privé, augmenter le temps de travail détruire tout moyen collectif de lutte, détruire tous les acquis sociaux conquis de haute lutte.

Quoi de mieux pour le gouvernement d’un rapport de l’inspection générale des finances qui stipule que 310.000 fonctionnaires travaillent moins de 35 heures par semaine, dont 190.000 ne justifient pas ce temps de travail réduit. "Je trouve quand même que ce rapport tombe un peu trop bien pour le gouvernement, à la veille d’un Conseil des ministres où va être présenté le projet de loi sur la fonction publique, contesté par l’ensemble des organisations syndicales. La ficelle est un peu grosse", condamne Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, sur Europe 1. Dans la même interview, elle ajoute : « Alors que le gouvernement veut supprimer 120.000 postes de fonctionnaires (dans son projet de loi, ndlr), comme par magie, il met en pâture à l’opinion un rapport qui laisse penser que les agents ne feraient pas leur travail et que c’est là qu’on va pouvoir gagner les fameux postes qu’il s’apprête à supprimer ».

Après plusieurs mois de discussion dans les salons entre le gouvernement et les directions syndicales, l’adoption du texte par le Parlement est programmée d’ici juin 2019.

Les sept syndicats de fonctionnaires appellent à une journée de grève et d’actions le 9 mai pour protester contre ce projet de réforme, qui selon eux "tourne le dos aux principes de la fonction publique". Affaibli par ses affaires et par la mobilisation des gilets jaunes qui protestent aussi contre la disparition de services publics depuis 4 mois, il est grand temps de construire un véritable plan de bataille pour faire plier ce gouvernement.




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