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Détermination des étudiants hongkongais : « Tout le monde a peur, mais on ne peut pas s’arrêter maintenant »

La contestation à Hong Kong continue d’être portée par une mobilisation d’étudiants, dont la détermination n’en finit pas de surprendre, malgré une répression accrue. Depuis le début de la semaine, ils sont nombreux à être parvenus à s'échapper de l'université assiégée par la police. Mais ils demeurent aujourd’hui plusieurs dizaines à tenir.

samedi 23 novembre

La contestation à Hong Kong, qui dure depuis plus de 8 mois, continue d’être portée par une mobilisation d’étudiants, dont la détermination n’en finit pas de surprendre, malgré une répression accrue. Le mouvement, d’abord tourné à l’encontre d’un projet de loi d’extradition vers la Chine, avait étendu ses revendications à plus de droits démocratiques, comme un suffrage universel complet, mais aussi que la lumière soit faite sur les nombreuses violences policières, avec la mise en place d’une enquête indépendante. Pour rappel, l’île de Hong Kong, ancienne colonie britannique, avait été rétrocédée à la Chine, dont elle demeure aujourd’hui une région “administrative spéciale”, semi autonome. Si le 5 août dernier, pour la première fois depuis un demi-siècle, une grève générale avait lieu, faisant franchir un pallier à la mobilisation, il est aujourd’hui difficile de dire où débouchera cet affrontement historique. 

Ces derniers jours, les facs sont devenues les points de cristallisation du face-à-face entre les étudiants et le gouvernement pro-Pékin à la tête de l’île. Parmi les universités mobilisées, l’Université polytechnique de Hong Kong. Située sur la péninsule de Kowloon, elle s’est transformée en un véritable théâtre d’affrontements avec les forces de répression. Un champ de bataille spectaculaire où les étudiants, retranchés dans l’Université, défendent ce “bastion” du mouvement. Dans un article, l’AFP fait état de “catapultes en bois, flèches enflammées lancées avec des arcs, armes incendiaires artisanales et herses en bambous pour obstruer les routes”. Une ingéniosité sans pareille pour tenir face aux forces de police et ce dans la droite ligne d’un mouvement qui avait déjà fait preuve d’une forte imagination, en utilisant des lasers, parapluies, etc. Cette créativité dans l’action collective a inspiré d’autres mouvements comme en France avec des Gilets jaunes qui ont repris l’idée de parapluie, ou encore au Chili. Néanmoins, ces méthodes d’action, qui s’efforcent de disperser et de surpasser les forces de police, ne semblent pas ouvrir de véritables perspectives de victoire pour le mouvement.

Mais à ce stade, ce qui interpelle le plus, c’est cette détermination dont font preuve ces étudiants, retranchés dans cette université polytechnique et ce malgré la menace des forces de répression de faire usage de balles réelles. Dans C Dans l’air, des étudiants témoignent de leur peur, mais plus que tout, de leur résolution à ne rien lâcher : “Tout le monde a peur de ça, mais nous devons faire face. On ne peut pas s’arrêter maintenant.” ; “Je souhaite plus de démocratie et de liberté pour Hong Kong. Mais pour cela nous sommes encore tellement insuffisants, alors nous allons nous battre jusqu’au dernier moment pour les obtenir”.

Depuis le début de la semaine, ils sont nombreux à être parvenus à s’échapper de cette université assiégée par la police – en procédant à des évasions spectaculaires, par des cordes, les égouts, ou encore en forçant les barrages. Mais ils demeurent aujourd’hui plusieurs dizaines, moins d’une centaine, à tenir. A l’intérieur, les conditions de survie sont difficiles, la nourriture et les réserves d’eau diminuent. Mais dehors, s’ils se rendent, ils risquent des peines pouvant aller jusqu’à 10 années d’emprisonnement, pour “atteinte à la paix”.

A Hong Kong comme au Chili ou en France, la jeunesse, quand elle se soulève, peut faire trembler les gouvernements – et ce surtout si elle fait partie d’un mouvement qui entraîne les travailleurs et d’autres catégories exploitées et opprimées. Les étudiants hongkongais, résolus, sont devenus une référence dont les étudiants Français pourraient bien se saisir, dans un contexte potentiellement explosif, où plusieurs centaines d’étudiants ont déjà exprimé leur colère dans des Assemblées générales et des rassemblements, révoltés par l’immolation par le feu d’un étudiant qui dénonçait ses conditions de vie précaires.

 Crédits photo : Ye Aung Thu / AFP 




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