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Arbitrages

« Dialogue social » : le gouvernement baissera le niveau d’indemnisation du chômage-partiel à partir d’octobre

Une rencontre entre le gouvernement et les partenaires sociaux avait lieu hier. Celle-ci a notamment permis de préciser les arbitrages du gouvernement concernant les dispositifs de chômage-partiel. Sans surprise, ceux-ci sont taillés au profit des entreprises et contiennent différentes dispositions scandaleuses. Parmi celles-ci, la baisse des indemnités des salariés à partir d’octobre.

Paul Morao

25 juin 2020

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Crédit photo : Ludovic Marin / AFP

Une nouvelle rencontre entre le gouvernement et les partenaires sociaux pour traiter différentes questions politiques centrales dans la période à venir avait lieu hier à l’Elysée. Si peu d’informations ont filtré sur le bilan de la réunion, celle-ci a cependant permis de préciser les contours des évolutions du dispositif actuel de chômage partiel ainsi que du futur « chômage partiel de longue durée ». Or, une fois de plus, le gouvernement n’a pas caché l’orientation de son projet : un dispositif taillé pour les intérêts du patronat.

Dans un premier temps, si le chômage-partiel existant devrait ainsi être prolongé encore pour les mois à venir, à compter du 1er octobre l’indemnité versée aux salariés baissera à 60% du salaire brut de référence contre 70% actuellement. Une chute importante pour les travailleurs concernés, que l’on somme d’accepter de sacrifier leur salaire pour garder leur emploi, et que le gouvernement a choisi d’imposer « malgré l’opposition des organisations syndicales » comme le note Capital.

Du côté du chômage-partiel de longue durée, qui doit permettre aux entreprises de mettre au chômage-partiel une partie de leurs salariés ponctuellement pour faire face aux baisses de production, on savait déjà que le gouvernement souhaitait que sa mise en œuvre n’aille pas de paire avec une interdiction des licenciements. Cette décision a bien été conservé dans l’arbitrage proposé. Comme prévu, les entreprises pourront donc avoir recours au dispositif tout en licenciant, à condition que ces licenciements soient négociés dans le cadre d’un accord avec les syndicats. S’il autorise les licenciements, le gouvernement devrait en revanche imposer une condition sur le terrain du travail détaché dont l’utilisation devra être limitée pour ceux qui entendent bénéficier du chômage-partiel. Une diversion xénophobe évidente pour éviter de poser la question des licenciements.

En revanche, le chômage-partiel de longue durée ne concernera pas l’ensemble des entreprises a expliqué le gouvernement. « "Certains secteurs comme l’aéronautique ou l’automobile seront durablement en sous-activité, plaide-t-on à l’Élysée. Nous souhaitons donc leur offrir une alternative aux suppressions d’emplois, pour limiter la casse sociale mais aussi pour éviter de perdre des compétences qui manqueront au moment de la reprise." » rapporte ainsi La Croix. En outre, dans les secteurs concernés, seules les entreprises dont le niveau d’activité n’a pas baissé en dessous de 60% pourront en bénéficier. Dans le cadre du dispositif, La Croix précise que les salariés toucheront 70% de leur salaire brut, et l’Etat prendra en charge 85% de cette somme jusqu’à octobre.

Sans surprise, les arbitrages vont dans le sens de soutenir au maximum les entreprises, tout en leur laissant la marge de licencier et de « flexibiliser » leur recours au chômage-partiel. Pourtant, ce ne sont que les premiers arbitrages du gouvernement qui souhaite par ailleurs imposer le retour de la réforme des retraites et d’une partie de la réforme de l’assurance-chômage ! A l’issue de la réunion, les dirigeants de différents syndicats se sont exprimés. Sur le perron de l’Elysée, Philippe Martinez s’est ainsi indigné à propos de l’absence de la possibilité de licencier pour les entreprises ayant recours aux dispositifs : « Alors que ces régimes d’activité partielle sont faits pour éviter les licenciements, ce n’est aucunement contraignant pour les entreprises. Même s’ils bénéficient d’aides (...) ils pourront à la fin quand même supprimer des emplois ». De son côté, Yves Veyrier a affirmé que la baisse du niveau d’indemnisation du chômage-partiel à partir d’octobre n’était « pas une bonne idée du tout ».

Dès lors, on est en droit de s’interroger ici sur l’utilité de la participation des directions syndicales à ces nouvelles pseudo-discussions, qui finissent une nouvelle fois par accoucher des arbitrages voulus par le gouvernement. Alors que le patronat et le gouvernement n’entendent négocier que les miettes et souhaite faire payer la crise aux salariés, la participation à ces négociations dans l’espoir d’arracher des concessions minimes est une attitude dangereuse et démobilisatrice. Pour préparer la bataille et refuser les attaques, ce sont des mobilisations qu’il faudra préparer – comme ont commencé à le faire les ouvriers de Renault Flins, comme l’ont fait les travailleurs de Derichebourg - et celles-ci sont plus que jamais antinomiques avec le maintien des négociations à l’Elysée.


    
    
  
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