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Politique

Didier Lallement, champion de la répression contre le mouvement des femmes

À la veille du 8 mars, à Paris la manifestation nocturne non-mixte a été violemment réprimée. Ce savoir-faire du préfet de police de Paris, Didier Lallement, salué par Castaner et le gouvernement, avait été d’abord testé à Bordeaux, où la répression contre le mouvement des Gilets jaunes ainsi que celui du 8 mars dernier avait fait ses preuves.

mardi 10 mars

© Crédit photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT AFP

Ce samedi 7 mars, à la veille de la date internationale de lutte pour les droits des femmes, une manifestation féministe nocturne non-mixte avait lieu à Paris, qui a été durement réprimée. Des images ont fait le tour des réseaux sociaux, les manifestantes ont fait face à une forte répression où charges policières, matraques et gaz étaient au rendez-vous, et a donné lieu à des interpellations et des mises en garde-à-vue.

Ce n’est pas le premier coup d’essai de Didier Lallement, préfet de police de Paris, comme commanditaire de ces scènes de violence ; c’était déjà lui qui avait commandité la répression qui s’est exercée dans les manifestations des pompiers, où des scènes de violence avaient fait le tour des réseaux sociaux ; alors que les manifestants voulaient quitter les lieux, ils avaient été bloqués par les gendarmes de part et d’autre du pont de la Concorde.

Depuis ce samedi 7 mars, dont les scènes ont été évoquées lors du 8 mars, Lallement est au centre des polémiques. Mediapart titre dans son article, Les pratiques “illégales” du préfet Lallement, expression reprise par de nombreux médias dominants. C’est un nouveau scandale qui sort après les images violentes de ce samedi, un scandale qui écaille encore plus la macronie, déjà en grosse difficulté. Au sein de son propre ministère, Mediapart s’est procuré des notes de hauts-gradés de la gendarmerie nationale et de compagnies républicaines de sécurité (CRS) qui critiquent vivement la “disproportion de l’usage de la force ordonnée par le préfet Lallement”. Malgré ces nombreuses critiques, exprimées au sein du ministère de l’intérieur mais aussi par plusieurs personnalités politiques, le préfet de police conserve le soutien précieux du ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, qui a réaffirmé, le 19 février : « Il n’y a pas de problème Lallement. »

Ce soutien et la place qu’occupe aujourd’hui Didier Lallement ne viennent pas de nulle part. Le 20 mars 2019, avec l’appui de l’Élysée, il est nommé préfet de police à Paris, et salué par le ministre de l’Intérieur lors d’un discours dans lequel il loue les qualités du nouveau nominé : « Une stratégie de mobilité, de réactivité, de contact, d’interpellations  » tout «  en assumant. En assumant, oui, les risques que cela comporte  ». Cette “stratégie” que Castaner félicite c’est celle dont Lallement avait donné un avant-goût à Bordeaux, où il exerçait son titre de préfet avant de rejoindre la préfecture de police de Paris.

Aux premiers actes des Gilets jaunes, la ville de Bordeaux avait été le théâtre d’une mobilisation inédite, au moment où le mouvement était à son apogée. Les premières semaines de décembre avaient fait de Bordeaux, que l’on appelait autrefois La Belle Endormie l’un des principaux foyers des Gilets jaunes en province, où la répression, commanditée à l’époque par le préfet Didier Lallement, avait été d’une violence particulièrement acharnée. S’il fallait tous les nommer, on en oublierait sûrement : parmi les victimes de violences policières à Bordeaux, il y avait Olivier, qui était tombé dans le coma suite à un tir de LBD dans la tête, Antoine qui a perdu une main le 8 décembre 2018 à cause d’une grenade GLI-F4 ou encore Jim qui a perdu un oeil, suite à un tir de LBD. La “stratégie de mobilité, de réactivité, de contact, d’interpellations” qu’évoque Castaner pour glorifier, lors de sa nomination, le nouveau préfet parisien, est précisément celle qu’il a utilisée à Bordeaux pour réprimer le mouvement des Gilets jaunes : interpellations et charges systématiques, usage massif des gaz et des LBD ainsi que des grenades GLI F4. Cette violence qu’ont subie de nombreux manifestants qui se sont retrouvés marqués à vie, c’est celle de la police, du préfet qui lui donne les ordres, et par dessus tout, de Castaner et de l’ensemble de l’exécutif. Lallement le synthétise d’ailleurs très clairement, lorsqu’il répond, au lendemain de l’acte 53, à une interview déclarant que les Gilets jaunes et lui ne se trouvaient pas « pas dans le même camp ».

Et si les violences de ce 7 mars ont fait le tour des réseaux sociaux, causant encore plus de brèches à l’intérieur du navire de la macronie, celles-ci rappellent, après celles des Gilets jaunes à Bordeaux, celles du 8 mars précédent dans la ville où il exerçait encore, alors que plusieurs militantes avaient été interpellées, lors de la manifestation non-mixte nocturne, durement réprimée avec gaz, matraquages et interpellations, donnant lieu à quatre garde-à-vue alors que la manifestation prenait fin.

Ainsi, derrière le vernis progressiste qui repose sur les discours de Macron et Marlène Schiappa secrétaire d’État de l’égalité hommes-femmes, en ce qui concernent les violences de genre, se dévoile de manière explicite la teneur fragile de leur discours peint en féministe. Alors que le chef de l’État faisait des femmes la grande cause de son quinquennat, et que pour le gouvernement, les femmes étaient les “grandes gagnantes” de la réforme des retraites, celle-ci les précarise encore plus tout comme la ribambelle de contre-réformes qui n’appliquent que l’austérité, et les femmes quand elles se lèvent le 8 mars sont matraquées et interpellées violemment, comme ce fut le cas avec les Gilets jaunes. Dans un contexte où le gouvernement macronien est de plus en plus affaibli et abîmé par les diverses séquences de lutte des classes qui se sont ouvertes en France, avec les Gilets jaunes, le mouvement contre la réforme des retraites, et qu’il développe de plus en plus son caractère bonapartiste à coups de matraques et 49.3, il va falloir préparer la prochaine séquence qui s’ouvre contre ses mesures de plus en plus répressives, contre Macron et son monde qui derrière un discours repeint en violet, se moque bien des violences que subissent les femmes.




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