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Politique

Didier Lallement interdit deux rassemblements pour George Floyd à Paris

Sibeth Ndiaye a affirmé que les manifestations contre les violences policières de ce samedi « ne devraient pas se tenir », tandis que le préfet Lallement a interdit deux rassemblements pour Floyd à Paris. Prenant prétexte de « la situation sanitaire », le gouvernement s'en prend ainsi au droit de manifester.

vendredi 5 juin

Crédits photo : REUTERS / LUDOVIC MARIN

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a déclaré ce venderdi au micro de Sud Radio que les manifestations contre les violences policières appelées ce samedi « ne devraient pas se tenir » en raison de « la situation sanitaire ». Interrogée sur la tribune « Réveillons-les. Ayons le courage de dénoncer les violences policières en France » impulsée par Omar Sy, la porte-parole du gouvernement a déclaré « notre pays n’est pas un pays raciste, je le dis et je le redis avec beaucoup de force et je suis heureuse d’y vivre en tant que femme noire ». Sans surprise et en digne représentante du même gouvernement qui a éborgné et mutilé les Gilets Jaunes, réprimé les grévistes contre la réforme des retraites, et a mis en place une gestion répressive de la crise sanitaire, Sibeth Ndiaye a donc fait l’impasse sur les violences policières et le racisme dénoncés par des dizaines de milliers de manifestants descendus dans les rues mardi 2 juin à l’appel du Comité Justice et Vérité pour Adama.

Un peu plus tard dans la journée, c’est la préfecture de police de Paris qui a interdit deux rassemblements déclarés pour George Floyd prévus devant l’ambassade des Etats-Unis samedi après-midi, en publiant un communiqué justifiant qu’« outre les troubles à l’ordre public que ces rassemblements peuvent générer, à l’instar des incidents et violences commis lors de celui du 2 juin dernier, les risques sanitaires qu’ils [les deux rassemblements] pourraient provoquer restent importants » rapporte Le Monde. Appelés par plusieurs organisations dont la Brigade Anti Négrophobie et la Ligue de Défense Noire Africaine, les organisateurs ont décidé de maintenir leur appel malgré l’interdiction.

Le préfet de Paris Didier Lallement avait déjà tenté d’empêcher le rassemblement de ce mardi en l’interdisant et en envoyant la police chez Assa Traoré, la principale figure du Comité Justice et Vérité pour Adama qui en était à l’initiative, avec le succès qu’on connaît puisque l’échéance a rassemblé jusqu’à 80.000 personnes. Le préfet de Paris, dans le sillage du gouvernement qui l’a nommé pour réprimer les Gilets jaunes l’an dernier, est en effet coutumier des atteintes au droit de manifester, des intimidations et de la répression policière.

Face au risque d’explosion sociale post-confinement et à l’ampleur de la manifestation contre les violences policières et le racisme du 2 juin dans le sillage du mouvement historique aux États-Unis qui fait suite au meurtre policier raciste de George Floyd à Minneapolis, le gouvernement instrumentalise donc la situation sanitaire pour mener une offensive contre les droits démocratiques, et en particulier celui de manifester. Une manœuvre grossière à l’heure où ce même gouvernement déconfine le pays pour satisfaire les intérêts économiques du grand patronat, faisant bien peu de cas de la santé des travailleurs comme le montre l’absence de tests de dépistage massifs, et plus généralement l’absence d’une stratégie sanitaire à la hauteur de la pandémie.