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Politique

Des brèches « par en haut » ?

Dissidences, avis du Conseil d’Etat : les difficultés s’accumulent en Macronie

Cédric Villani en faisant le choix d’envoyer paître Macron et de maintenir sa candidature à la mairie de Paris a ravivé la crise au sein de la majorité présidentielle. Pour réponse, il vient d’être exclu officiellement de LREM signe des difficultés macroniennes. Une situation de fragilisation du gouvernement à laquelle s’ajoute un long et difficile processus parlementaire qui vient de s’ouvrir pour l’exécutif. Tout ceci semble présager de possibles brèches par en haut, dans lesquelles pourraient s’engouffrer celles et ceux qui combattent la réforme des retraites.

mercredi 29 janvier

Crédits photo : AFP

La majorité présidentielle fragilisée

En décembre dernier déjà, les médias annonçaient que dans les cinquante premières villes de France, LREM enregistrait un tiers de candidatures dissidentes en vue des municipales.

Cela n’était donc pas un secret que les municipales de mars se profilaient comme un moment difficile à passer et potentiellement une élection « sanctions » pour le mouvement présidentiel, ce à quoi s’ajoutaient les multiples défections – douze en tout - depuis l’investiture de Macron.

Le soufflet de Cédric Villani ce lundi, suivi du départ de la députée Paula Forteza, ont réouvert voire accentué cette crise latente au sein de la majorité présidentielle.

Depuis, la majorité présidentielle était divisée entre ceux qui souhaitaient l’exclusion de Villani ce mercredi 29 janvier au soir et ceux qui s’opposaient à cette décision, et espéraient voir la situation s’apaiser. L’enjeu est de taille avec cette affaire : ce qui se joue est la possibilité pour LREM de remporter la mairie de Paris, ou la perdre. Tout en sachant que la capitale et les grandes villes françaises concentrent la majorité de son électorat, en tout cas celui qui l’a fait élire aux présidentielles.

Le gouvernement a finalement tranché dans la soirée et répondu par la force en excluant Cédric Villani de LREM. Si les membres du parti présidentiel quittaient le navire petit à petit, désormais, LREM est passée à l’exclusion de ses propres membres signe de la crise d’autorité du macronisme.

Un calendrier à haut risque pour le gouvernement

Ce que l’on ne pouvait présager fin novembre dernier par contre est le déclenchement de la grève historique qui traverse le pays depuis le 5 décembre. Une grève interprofessionnelle contre le projet de réforme des retraites, le dossier principal du quinquennat Macron, rejeté majoritairement par l’opinion publique. Dans ce genre de situation, l’exécutif préfère avoir les rangs des siens resserrés et prêts à répondre unanimement à la colère populaire, sans montrer aucun signe de faiblesse. Apparaître divisé, se faire littéralement humilier par l’un des siens pendant que les autres quittent le navire les uns après les autres, être critiqué de toute part, n’est certainement pas le scénario rêvé du président Macron.

Le rêve du gouvernement est celui d’en finir avec l’adoption de la réforme des retraites avant les municipales. Pourtant, rien n’est moins sûr. « Après des semaines de négociations entre l’exécutif et les partenaires sociaux, c’est au tour des députés de se saisir du délicat débat de la réforme des retraites. Le projet de loi, présenté vendredi en Conseil des ministres, sera étudié par la commission spéciale à l’Assemblée à partir du 3 février, avant un examen dans l’Hémicycle deux semaines plus tard, avec la possibilité, si nécessaire, de siéger durant le week-end. La majorité espère une adoption en première lecture autour du 3 mars, soit juste avant la suspension des travaux parlementaires liée aux municipales. « Sauf que la guérilla parlementaire risque de durer jusqu’aux élections », redoute un ministre. » peut-on lire, à ce titre, dans un article du Figaro.

En même temps que les médias enquêtent sur la déroute annoncée de Macron aux municipales, établissant le lien avec la scandaleuse circulaire Castaner dans le but de cacher son impopularité, le gouvernement se fait également retoquer par rien de moins que le Conseil d’Etat sur le projet de la réforme des retraites. Le Conseil d’Etat estime ne pas avoir eu assez de temps pour « garantir au mieux la sécurité juridique » de la réforme et pointe un ensemble d’irrégularités et de problématiques dont le recours aux ordonnances. Ce même Conseil d’Etat doit également se prononcer très prochainement sur la légalité de la circulaire Castaner. Décidément, le gouvernement ne laisse pas chômer les institutions étatiques.

Des fissures au sommet qui présagent de possibles brèches

« Tant que cela n’empêche pas l’adoption de gros textes- comme les retraites ou le budget – le départ de certains députés n’est qu’un fait divers politique » estime un proche de Macron dans Le Monde. Tel est bien le nœud du problème pour l’exécutif : le gouvernement veut éviter à tout prix que les divisions au sommet, les faiblesses du jeune parti LREM et du gouvernement, n’ouvrent des brèches pour ceux d’« en bas », c’est-à-dire pour celles et ceux qui combattent la réforme des retraites.

Si l’horizon de la grève générale s’est éloigné cette dernière semaine, il n’en reste pas moins que jour après jour le projet de réforme est de plus en plus décrié en partant des quelques 61% de française qui jugent qu’Emmanuel Macron devraient retirer la réforme, en passant par les tribunes d’experts, d’universitaires jusqu’aux sphères les plus institutionnelles comme le Conseil d’Etat.

Cette contestation de la réforme couplée d’une détestation de Macron et de ses méthodes autoritaires pourrait trouver de nouvelles occasions d’exploser et de s’exprimer dans les prochains mois qui s’annoncent comme un parcours du combattant pour la majorité présidentielle.

Au sujet des possibles conséquences du rapport critique du Conseil d’Etat, ou encore de la tentation du gouvernement de recourir au 49.3, Juan Chingo écrit qu’« un choc politique et démocratique pourrait être utilisé pour remobiliser les grévistes, incorporer massivement les autres secteurs ouvriers, en même temps que la jeunesse étudiante et celle des banlieues ».

Les difficultés et fragilités qui secouent aujourd’hui, et peut être plus encore dans les semaines et mois à venir, le sommet de l’Etat pourraient donc réouvrir une occasion pour le monde du travail et de la jeunesse de s’engouffrer dans la brèche pour cette fois, armés des bilans de la première phase du mouvement, obtenir le retrait de la réforme une bonne fois pour toute, et semer véritablement la « zizanie » dans l’hexagone.




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