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Politique

Vers la généralisation des « caméras-piétons »

Valls aux Mureaux

Damien Bernard Dix ans après les révoltes des banlieues en 2005, Manuel Valls et pas moins de 17 ministres se sont rendus aux Mureaux pour annoncer de « nouvelles mesures » à destination des banlieues. Le premier flic de France est non seulement venu pour faire le point sur les mesures mises en œuvre, en Mars dernier, mais aussi les « amplifier » afin de lutter contre les « ghettos urbains ». Après le bain de foule de Hollande à la Courneuve où hué par les habitants, Valls et la moitié de son gouvernement se retrouvent cette fois-ci pour une ballade de santé, sans heurts, ni huées. Récit d’une visite dans une ville « fantôme » et des « nouvelles » mesures répressives du gouvernement.

lundi 26 octobre 2015

Un chat échaudé craint l’eau froide ? Valls, accompagné d’une garde rapprochée, a souhaité cette fois-ci éviter les bains de foule. A quelques semaines des régionales, empêtré dans une spirale d’impopularité, pour Hollande et son gouvernement, il ne s’agit ni de déserter le terrain, ni d’affronter une foule qui lui sera forcément hostile. L’agenda gouvernemental, même s’il n’est pas aménagé, dans la forme, se doit de prendre en compte les soubresauts d’un ras-le-bol qui commence à s’exprimer au sein des travailleurs et des classes populaires.

Visite de la mission locale et du nouveau commissariat : un avant et un après ?

Multipliant les visites de terrain, ce n’est ni plus ni moins qu’une ville fantôme que parcourent le premier ministre et ses sbires, une banlieue sans les banlieusards. Dès l’aube,Valls commence par une visite à la mission locale, une visite qui est en réalité une forme d’au revoir. En effet, ces associations et ses subventions porteront notamment une grande partie du poids des coupes budgétaire de l’acte 3 du pacte d’austérité.

Après cet adieu, le premier flic de France se retrouve rapidement dans son élément, avec une visite sur le chantier du nouveau commissariat des Mureaux, qui sortira flambant neuf au « premier trimestre 2016 ». Il s’agit d’une façon de faire écho à la visite de Cazeneuve dans la « jungle » de Calais ; de cette façon Valls souhaite donner un signe clair aux habitants des Mureaux, et ce par médias interposés : « l’État est là ».

Un État pourtant bien présent…

Mais l’État policier l’a toujours été. Dix ans auparavant, pendant la révolte des banlieues en 2005, il avait déjà donné des gages de « bonne conduite ». Il sait en effet se montrer réactif lorsqu’il s’agit d’intervenir et de réprimer les jeunes de banlieue en révoltes, notamment suite à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré. Cette présence, il l’avait démontré en décrétant l’état d’urgence comme pendant la guerre d’Algérie, en interpellant 3000 jeunes des classes populaires, au travers des violences policières, des procédures judiciaires expéditives, et de la restauration de la double peine.

Autrement que par son bras armé, ce gouvernement, au service du patronat, démontre aussi sa présence au jour le jour au sein des banlieues à travers le maintien des politiques austéritaires, du chômage de masse, des violences policières et ses contrôles au faciès, du mal-logement et du racisme d’État, celui-ci qui sévit tout particulièrement chez les classes populaires et la jeunesse.

Ce racisme, Valls l’avait démontré deux mois après l’épisode d’union sacrée du 11 janvier, et ce lors du précédent conseil interministériel « à l’égalité et à la citoyenneté », premier du nom. Il y avait exprimé la nécessité d’une « réponse globale » au « profond malaise social et démocratique » qui prendrait en compte « les exigences des Français exprimées le 11 janvier ». La dite réponse ? Un plan mirifique de 1 milliard d’euros sur trois ans, qui avait pour seul objectif d’amalgamer les « musulmans » des banlieues aux attentats du 7 janvier.

Gentrification au service des classes populaires ?

Pour terminer la balade de terrain en beauté, c’est dans le quartier de la Vigne blanche que se rend Valls. C’est un quartier « tranquille », une banlieue « propre » qui contraste avec les « quartiers », avec des pelouses et de beaux petits immeubles. Le quartier de la Vigne blanche est en effet en pleine « rénovation », celle qui a notamment éloigné les classes populaire au nom de la « mixité ». En dix ans, le logement social a baissé de 8% aux Mureaux. Une évolution que le maire assume, souhaitant « plus de mixité sociale dans sa ville ». Un signe que la gentrification galopante, qui chasse les classes populaires, touche aussi les Mureaux.

Contrôle social et répression préventive ?

Le point d’orgue : « Nous sommes ici pour travailler pour les habitants de ces quartiers qui ont besoin de considération », a déclaré le Premier ministre. Le premier acte de la conférence a consisté à annoncer la diffusion d’une liste des 36 communes qui seraient « particulièrement hors des clous de la loi SRU », imposant 25% de logements dit sociaux.

Il apparaît, malencontreusement, que parmi ces 1 communes sur milles, un pourcentage infinitésimal, celles qui sont épinglées majoritairement seraient de droite avec seulement une ville PS. Est-ce une façon de démontrer que la politique des communes PS serait au service des classes populaires ? Non, il s’agit en réalité d’une tentative de plus du gouvernement pour reconquérir son électorat populaire, dans la continuité de la visite de Hollande à la Courneuve. Des ambitions électorales, en somme.

Alors que le malaise social ne cesse de s’approfondir dans les banlieues, le gouvernement annonce la généralisation des « caméras-piétons », portées par les policiers, c’est à dire un renforcement du contrôle social en banlieue, sur fond de discrimination et de contrôle au faciès généralisé.

A l’anniversaire de la révolte des banlieues en 2005, et pour clore le spectacle, Valls rend « hommage » aux familles de Zyed et Bouna, « un moment difficile à oublier » leur dit-il. Une hypocrisie que le gouvernement consacre en approfondissant le contrôle social. Les policiers, bras armé du gouvernement et responsables de la mort de Zyed et Bouna, seront munis de caméras. Une façon pour le gouvernement de se préparer à de nouvelles velléités de révoltes ?




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