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L'Europe Forteresse

Dramatique situation des migrants aux Canaries

La situation des îles Canaries face à une première crise migratoire sur l'île montre la continuité des politiques xénophobes, racistes et répressive par ceux qui s'autoproclament « le gouvernement le plus progressiste de l'histoire ».

jeudi 11 février

Cela fait depuis cet été que l’archipel des Canaries connaît un flux d’arrivées de migrants notamment venus du Maroc cherchant un avenir meilleur sur le territoire européen. Et depuis plusieurs mois la situation ne fait que s’empirer de jour en jour pour ces milliers de migrants. Séjournant dans des hôtels pour une extrême minorité, et majoritairement dans des camps avec des tentes inondées, ils sont bloqués sur une île où on leur refuse de partir. Étant partis gagner leur vie dans l’Etat espagnol, ayant traversé l’océan pour arriver sur un archipel d’île ou depuis des mois, ils ne connaissent que la pénurie et des difficultés accrues dans leur vie quotidienne. En plus de situation de vie dégradante, ils souffrent d’attaques racistes et xénophobes d’un secteur réactionnaire de la population canarienne. Passant de manifester contre leur présence jusqu’à la participation en groupe organisé comme le décrit Mohamed dans Bladi : « Ces derniers jours, nous avons assisté à une montée du racisme et de la xénophobie qui a entraîné la présence de groupes organisés qui menacent et attaquent les migrants. J’ai été attaqué ici dans la rue, et un ami a été battu. Maintenant, je ne peux plus sortir librement ».

Toute cette situation est le prolongement de la politique réactionnaire menée par le gouvernement PP de Rajoy, la droite espagnole. Cependant, les prises de décisions politiques ne reviennent plus au conservateur espagnol, mais a un bloc se voulant "progressiste" et qui a bâti tout un pan de son programme sur le refus de la politique migratoire du PP. L’ensemble des lois racistes anti-immigration comme les "retours à chaud" et les expulsions sans garanties qui avait été largement dénoncé par le PSOE et Unidad Podemos sont maintenues et utilisées par ce bloc "progressiste". De plus, en pleine pandémie mondiale, les migrants étaient utilisés pour mener à bien de nombreux travaux essentiels comme le travail agricole qui n’a été reconnu par aucune sorte de régularisation minimale. Comme en France, les héros de la première vague sont aujourd’hui méprisés.

Même les droits de l’homme les plus essentiels ne sont pas respectés en ce qui concerne l’accueil et le droit à un asile politique ou humanitaire, en raison du risque pour la propre vie des migrants dans leur pays d’origine. C’est pour cela que depuis plusieurs semaines la situation devient explosive, les migrants ont organisé différentes manifestations, protestations et grèves de la faim réclamant notamment des conditions de vie décente et la possibilité de quitter l’archipel pour la péninsule.

À Grande Canari l’île principale de l’archipel, une manifestation a eu lieu ce 6 février avec comme mot d’ordre sur les pancartes "L’Europe ou la mort". L’indignation des migrants face à la situation conduisent à des actes désespérés, à l’automutilation et à des tentatives de suicides. Selon le quotidien espagnol El pais, ces derniers jours 3 Marocains auraient tenté de se donner la mort. Par l’automutilation en se donnant 27 coups de rasoirs à la jambe, s’entailler le ventre ou tenter de sauter du haut d’un bâtiment. Devant de tels actes le "gouvernement le plus progressiste de l’histoire" en plus de rester muet face à la situation en tire les ficelles pour donner une solution réactionnaire et raciste.

Un exemple clair de tout cela est ce qui s’est passé vendredi dernier, lorsque l’installation de "Las Raíces" a été inaugurée, qui est l’un des deux nouveaux camps situés sur l’île de Tenerife. Un premier groupe d’environ 80 migrants est arrivé et est entré dans le camp sous une pluie battante. Ils ont reçu une installation à 8 degrés, entre le brouillard, la boue et l’eau entrant par les tentes, qui étaient leur endroit pour dormir pendant la nuit. Face à cette situation, ils ont refusé de descendre du bus, mais la police est intervenue pour les réprimer et les faire descendre. Une autre des actions récemment entreprises par les migrants a été réalisée samedi dernier au Colegio León, qui a été converti en centre de logement pour les migrants. Là, ils ont annoncé une grève de la faim de 24 heures et ont affiché des banderoles avec le slogan : "Mieux vaut la mort que le refoulement". Ils se sont rendus au consulat marocain afin d’accélérer le traitement des documents et de pouvoir se rendre dans la péninsule et d’être protégés des agressions dont ils sont victimes. Aziz Bouadid, bloqué sur l’archipel, témoigne dans El Pais : « Un prisonnier sait au moins combien de temps sa peine va durer. Moi, je ne sais pas quand je partirai des Canaries et, pendant ce temps-là, mes enfants attendent que je leur envoie de l’argent ».

La police espagnole laisse exprimer toute la brutalité que peuvent utiliser les forces de répression contre les migrants. Dans une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux notamment au Maroc on peut voir plusieurs jeunes migrants marocains se faire rouer de coups par la police. Alors qu’ils étaient recroquevillés au sol, certains paraissent inconscients après le passage à tabac.

Toutes les politiques développées par le gouvernement du PSOE et Unidas Podemos dans cette crise migratoire aux îles Canaries souffrent de traits évidents de racisme et de xénophobie envers les migrants.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés se sont près de 25 000 migrants qui sont aujourd’hui bloqués sur l’archipel des canaris. Dans une situation de surpeuplement, sans accès à l’eau chaude, dans le froid glacial, réprimés par la police espagnole et attaqués par des groupes organisés de canaris réactionnaires. Le seul projet politique du bloc "progressiste" est d’organiser au plus rapidement leur expulsion. Coupé de leur famille par la mer et de toute aide juridique par les avocats publics par la crise sanitaire et l’isolement énorme que leur fait subir l’état espagnol. Ce qui revient à leur bloquer des éventuels droits d’asile et de leur empêcher d’avoir accès à une véritable assistance juridique.

La situation dramatique rappelle celle du camp de Lesbos en Grèce, car elle correspond à une même politique réactionnaire et raciste, celle de l’Europe forteresse. En 2020, c’est à peine 2168 migrants qui ont pu quitter l’île pour le continent européen soit moins de 10 % des migrants arrivés durant la même année. Cependant le processus d’expulsion s’intensifie de son côté avec 80 déportations vers le Maroc par semaine et des vols vers le Sénégal et la Mauritanie.

Face à cette situation, on ne peut que soulever une politique de défense des droits des migrants qui passe par l’abrogation de la loi sur les étrangers, la fermeture immédiate de la CIE et le droit à la libre circulation et au travail des immigrés. Car les partis se revendiquant "progressistes" ne font que prolonger les politiques réactionnaires de la droite européenne, alors que natifs ou étrangers, nous sommes la même classe ouvrière.




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