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157 agents infectés !

Droit de retrait à la SNCF : « rien n’est fait pour protéger les agents »

Alors que le pays est dans un état de confinement général, les trains continuent de rouler, y compris les TGV, suscitant des luttes dans différents secteurs comme la maintenance. Clément Allochon, cheminot au Technicentre Atlantique et délégué Sud Rail, revient sur la situation à la SNCF, dont les agents sont particulièrement exposés au virus.

jeudi 19 mars

Crédit photo : LP/Olivier Arandel

Pour la direction de la SNCF, rien n’a changé : alors que le gouvernement demande un service minimum sur les lignes à grande vitesse, les cheminots continuent de travailler, qu’ils soient conducteurs, aiguilleurs, ou bien techniciens dans les centres de réparation des rames. Et dans celles-ci, appelés « technicentres », la mise en danger des salariés est manifeste. « Les usagers sont entassés dans des TGV qu’on laisse rouler, et qu’on doit réparer ensuite s’agace Clément Allochon, un cheminot de 23 ans, délégué syndical chez Sud Rail. Pour l’instant, la SNCF et le gouvernement continuent de vouloir faire produire des TGV, ce qui n’est pas essentiel dans une société qui doit se confiner. Ils maintiennent 40 TGV pour le service commercial, mais ce n’est pas possible, c’est juste de la contamination de masse ! »

Si la direction a décidé de mettre en place des « mesures barrières », celles-ci semblent infimes face aux dangers réels : l’embauche et la débauche ont été décalées de quinze minute pour éviter les chassé-croisé entre équipes et des distances d’un mètre sont demandées aux agents : « dans des locaux comme les notre, avec des espaces très étroits, le problème c’est qu’on a besoin d’être en équipe rapprochés pour remplacer des pièces. On ne peut donc pas être à distance un mètre de l’autre. » explique le syndicaliste. Face à cette mise en danger manifeste de la direction de la SNCF, les syndicats Sud Rail, CGT et UNSA ont ainsi déposé un droit d’alerte, ce qui a forcé la direction à renforcer les mesures de protection, notamment en fournissant des masques chirurgicaux. Mais comme nous l’explique Clément, alors que pour de nombreuses tâches les techniciens sont habitués à porter des masques FFP2 du fait des dangers liés à la poussière ou aux produits chimiques, en pleine crise sanitaire, la direction ne leur donne que des masques chirurgicaux, soit des protections moindres que d’habitude !

Mais le plus grave est surement ailleurs : pendant que des milliers de parisiens fuient littéralement Paris vers la province et que les TGV sont bondés, ce sont ces rames, qui ont surement transportés des dizaines de personnes contaminées, que les cheminots doivent réparer. « Rien n’est fait pour la désinfection des rames voyageurs : ils sont juste nettoyés comme d’habitude, comme si un coup d’aspirateur allait nous protéger du coronavirus. De plus, si parmi les voyageurs il y en a un qui est contaminé, on peut assister à un effet domino et une contamination massive d’une remorque entière de TGV, le gouvernement et la direction de la SNCF sont inconscients ! » nous explique Clément, qui décrit dans le Technicentre de Châtillon « une psychose générale, qui est justifiée et compréhensible, parce que plus on avance, tout le monde se dit qu’on va être contaminés, d’autant qu’on n’est même pas au pic de la maladie. Rien n’est fait pour protéger les agents, et on a tous l’impression de mettre notre vie et celle de nos proches en danger. » Face à la demande répétée des ouvriers de fermer le technicentre, la direction s’est systématiquement retranchée derrière la nécessité d’un « service minimum demandé par le gouvernement », annulant seulement les opérations de maintenance préventive, suspendue dès la semaine prochaine. Mais les opérations courantes de maintenance, en flux tendu avec la gare Montparnasse, ont été maintenues, ainsi que les dépannages.

Mercredi 18 mars, les techniciens se sont donc arrêtés collectivement de travailler et ont imposé la suspension du 3x8 que la direction voulait maintenir à tout prix, pour mettre en place seulement deux équipes, une la nuit et une la journée. Grâce à ce rapport de force, l’effectif présent a pu aussi être divisé par deux, protégeant encore plus de salariés (10 salariés 2 tranches horaires, 10 la journée et 10 la nuit, au lieu de 20 salariés sur 3 tranches horaires, 20 le matin, 20 l’après-midi et 20 la nuit). Le combat n’est pas encore fini pour Clément, qui assure vouloir « tout faire pour fermer le technicentre, qui ne produit rien d’essentiel et dont la continuité de service ne fait que mettre en danger tous les salariés ». Un combat qui paraît d’autant plus juste que les chiffres de contamination à la SNCF sont particulièrement élevés, avec 157 agents infectés et 165 présentant des symptômes…

De fait, alors que face à la crise sanitaire, il s’agit aujourd’hui de limiter au maximum les interactions sociales et les échanges, laisser ouvertes les lignes de TGV semble difficilement défendable. Non seulement cette activité met en danger les usagers qui prennent des risques et s’exposent à la contamination dans ces rames de TGV, en plus de diffuser le virus dans toute la France, mais elle expose aussi au virus les cheminots qui travaillent dans le secteur de la maintenance, du contrôle, ou de l’accueil en gare. Il est ainsi irresponsable de la part du gouvernement et de la direction de la SNCF de vouloir à tout prix maintenir les TGV et les liaisons longues distances. Si ces derniers utilisent l’excuse du « service public » c’est de manière opportuniste, alors qu’ils ont été en pointe pour démanteler le service public des transports, de même que l’hôpital public.




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