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Politique

Édito

Droit de retrait, grève à Châtillon : les classes dominantes s’alarment du réveil des cheminots

Plus d'un an après la « bataille du rail », les cheminots sont à nouveau au centre de l'actualité. Avec une campagne de bashing digne du printemps 2018, les classes dominantes montrent leur inquiétude quant à ce réveil d'un secteur au bord de l'explosion sur le terrain social.

mercredi 30 octobre

Illustration : Alfred Hitchcock, Psychose, 1960

Émissions de radio, de télévision, articles de presse : en ce mois d’octobre 2019, les cheminots sont à nouveau au centre de l’actualité, un peu plus d’un an après la fin de la mobilisation historique du printemps 2018. Il y a d’abord eu le droit de retrait exercé massivement suite à l’accident de Champagne Ardennes, que les médias dominants ont hâtivement qualifié de « grève sauvage ». Et maintenant, la grève spontanée des cheminots de Châtillon qui paralyse le trafic TGV sur la façade ouest de l’Hexagone.

Pourtant, au printemps 2018, l’un des objectifs politiques de Macron, en s’attaquant de front à un secteur qui avait été à la pointe de la contestation sociale en 2016, était de se débarrasser des cheminots sur le terrain social. En président jupitérien, Macron entendait faire de sa victoire contre les cheminots en 2018 l’équivalent de la victoire de Thatcher contre les mineurs britanniques en 1984. Les événements actuels confirment l’analyse que nous faisions à cette époque.

Dans son article du 19 juillet 2018 L’épuisement prématuré du macronisme, Juan Chingo expliquait que « contrairement à ses intentions initiales, la grève des cheminots, bien qu’il ait atteint globalement ses objectifs, a montré que Macron n’est pas Margaret Thatcher. Tout au contraire, l’énorme détermination des cheminots, malgré les limites de leur direction et de leur stratégie de lutte incroyable et défaitiste, a mis une limite à son optimisme bonapartiste. La mise en place d’un cadre de négociations avec les représentants syndicaux et patronaux montre ce changement de méthode forcé et ce dès le début de sa deuxième année de mandat, celle la plus complexe à venir. Une confirmation de ce bonapartisme faible, comme nous nous étions aventurés à le dire au milieu même du tourbillon macroniste qui allait tout renverser sur son passage, vanté non seulement par la presse officielle mais aussi des organisations de gauche et même d’extrême gauche au début de son mandat en 2017 ».

Une réalité que l’ensemble de la presse bourgeoise, entre deux séances de « cheminot-bashing », découvre avec effroi. Dans l’article au titre évocateur « Gare à l’embrasement à la SNCF : les 5 questions que l’on se pose », Vincent Vérier s’alarme du retour de la colère cheminote, mais surtout du côté subversif de ces mobilisations, surtout concernant le fait que la grève de Châtillon prennent place hors des contraintes des D2I et DCI. « Quelque chose ne tourne plus rond à la SNCF. En une semaine, la compagnie ferroviaire a connu deux mouvements sociaux aux formes inédites : un droit de retrait massif et une grève sans préavis. Du jamais vu de mémoire de syndicat depuis au moins 1986. Sans crier gare, les cheminots ont arrêté de travailler, "posé le sac" selon le jargon ferroviaire. Une vraie rupture ! Depuis 2004, pour éviter les grèves intempestives qui pénalisent les usagers du train, un cadre législatif a été instauré pour faire du dialogue social la règle. Signe d’un ras-le-bol profond au sein de la compagnie, ce contrat social a reçu deux coups de canif successifs », explique-t-il.

Dans son article SNCF : le jeu dangereux de la grève sauvage Emmanuelle Ducros de l’Opinion est encore plus directe, parlant de spectre de « portes de l’enfer des grèves sauvages ». Pour elle,« alors que le gouvernement, par la voix d’Édouard Philippe, a appelé la SNCF à « examiner les suites judiciaires » à donner aux grèves sauvages, ces rencontres informelles [le gouvernement entend recevoir les syndicats, mais aussi organiser des rencontres directes avec les salariés NDLR] reviennent à inviter à la table du dialogue toute personne qui aurait une colère à exprimer, à légitimer une contestation sociale émiettée, désordonnée, éruptive, voire à donner corps à des insatisfactions qui se traduiraient en arrêts de travail surprises. Autant dire que les portes de l’enfer des grèves sauvages, ingérables, seraient alors grandes ouvertes devant nous ».

Ces articles « alarmistes » du point de vue bourgeois, démontrent une forme de déboussolement – voire même de peur – vis-à-vis du développement de nouvelles formes de radicalité au sein de secteurs de travailleurs. On observe une forme de « gilet-jaunisation » : passage à l’action par la base, avec une détermination et une radicalité nouvelle, qui s’inscrit dans la continuité du long mouvement social initié le 17 novembre dernier. Des brèches s’ouvrent donc pour un dépassement des stratégies perdantes des directions syndicales, à l’image de celle de la « grève du 2 sur 5 » de la bataille du rail. Si les médias bourgeois s’en inquiètent, notamment en vue du 5 décembre et de l’appel interprofessionnel de grève initié par la base gréviste de la RATP, de notre côté, celui des exploités et des opprimés, nous ne pouvons que nous en réjouir.

Pour soutenir financièrement les grévistes, voici le lien de leur caisse de grève !




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