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Politique

Surveillance généralisée

Drône, couvre-feu, Estrosi utilise un arsenal policier pour appliquer le confinement à Nice

A Nice, le maire Christian Estrosi (LR) a décidé d'équiper la police d'un drône et de mettre en place un couvre-feu, prétextant lutter pour faire appliquer le confinement. Ces mesures viennent compléter un arsenal répressif déjà fourni. Une énième attaque anti-démocratique.

samedi 21 mars

Il ne nous a pas fallu moins d’une semaine, pour mesurer l’ampleur que pouvait provoquer des mesures de confinement. Les vidéos montrant des agents de police menant une forte répression s’amoncellent, et bien sûr toujours dans les quartiers les plus défavorisés. Mais ce n’est pas tout, puisque plus de 4000 amendes ont dores et déjà été distribuées sur l’ensemble du territoire.

A Nice, en 2019 déjà, la police municipale a été équipée de LBD par le maire de la ville. Mais avec ce drone, la police niçoise monte d’un cran dans la surveillance systématisée. Equipé d’un haut parleur, il surveille et ordonne aux habitants de rentrer chez eux ou encore de respecter les distances de sécurité.

Délivré par Drone 06, la société indique que l’emploi de cette nouvelle technique est à l’initiative de la préfecture, qui souhaiterait de plus étendre ce dispositif répressif. « Cette mission de préfecture s’effectue dans un cadre spécifique. Il s’agira de faire de la prévention sur la plage, au niveau du quai des Etats-Unis mais aussi de la Réserve, pour signaler aux gens qu’ils doivent rentrer chez eux, sauf cas exceptionnels ».

Et ce n’est pas le maire LR de la ville qui s’en plaindra. Christian Estrosi - lui-même contaminé par le coronavirus - est un adepte des mesures liberticides et ses prises de positions sont éloquentes. En 2016, suite aux attentats de Nice il réclamait des « mesures d’exception » privatives de liberté, à l’image du Patriot Act américain, qui autorise l’Etat à accéder aux données informatiques des particuliers, bien sûr sans autorisation préalable et sans en informer les utilisateurs. Surtout, depuis 6 ans la ville est connu pour être la plus vidéo-surveillée de France, expérimentant des dispositifs de reconnaissance faciale et dotant les commerçants de "boutons d’alerte". Il a d’ailleurs pris la décision de faire désormais respecter le confinement par sa police municipale, en instaurant par décret un couvre-feu, jugeant que « une fois les commerces et pharmacies fermés, plus personne n’a de raison de sortir » (le JDD). Une décision qui ne peut qu’avoir pour conséquence une accentuation de la répression vis-à-vis des plus précaires qui ne peuvent se retrancher dans les villas azuréennes pour passer le confinement, résident dans des logements insalubres ou trop petits, et travaillent sans être déclarés et sans pouvoir bénéficier d’attestation pour sortir.

Nice devient ainsi la première ville en France à utiliser un drone et à mettre en place un couvre-feu afin de veiller au confinement de ses habitants, sous prétexte de salubrité publique. Un comble quand on se rappelle que Christian Estrosi fut membre des gouvernements Villepin et Fillon, qui ont joué un rôle majeur dans le délabrement de l’hôpital public avec par exemple la loi Bachelot de 2009 qui coupa de manière drastique les moyens des hôpitaux par des budgets sans cesse revus à la baisse ainsi que le bien être au travail des hospitaliers. Cette loi fit alors passer la logique économique devant la logique médicale, tout cela en parallèle aux nombreuses suppressions d’emplois.

L’utilisation de ce drone n’est pas à prendre à la légère. Sous couvert d’état d’urgence, des élus peu scrupuleux jouissent d’outils aussi bien matériels que juridiques remettant toujours plus en cause les libertés de tout à chacun. Plutôt que d’investir massivement dans les hôpitaux et utiliser tous les fonds disponibles pour équiper les hôpitaux, financer la recherche, acheter du matériel, les services de l’État préfèrent investir dans du matériel de surveillance et de répression, matériel qui sera loin d’être provisoire et qui continuera à servir bien après la crise sanitaire.

Crédits photos : Valéry Hache/AFP




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