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Du Pain et des Roses

93 000 viols chaque année

Dupond-Moretti. Le ministre anti-MeToo doute de la gravité des violences sexuelles

"La grande cause du quinquennat" a de nouveau fait surface dans le débat public face à Dupond-Moretti. Interrogé par le député PS Hervé Saulignac sur les propositions du nouveau ministre pour résorber l’écart entre le nombre de viols et leur condamnation, l’avocat le plus connu de France a mis en doute des chiffres qui, "s’ils étaient avérés", "seraient effrayants".

jeudi 23 juillet

CRÉDIT PHOTO / AFP

Ce sont les chiffres du ministère de la Justice - 93 000 femmes victimes de viols ou tentatives de viol chaque année - que reprenait le député Hervé Saulignac lors de l’audition du ministre auprès de la commission des lois ce lundi. Le site de Libération CheckNews recense les différents documents pouvant attester de la véracité des déclarations du député. Ainsi, la lettre annuelle de 2017 de l’Observatoire des violences faites aux femmes énonce le chiffre de 93 000 viols et tentatives. En 2019, on trouve dans ce même rapport le fait que seuls : « 0,4% des femmes de 18 à 75 ans, soit environ 94 000, ont déclaré avoir été victimes de ces faits. » Par ailleurs, d’après le ministère de l’Intérieur les services de police et de gendarmerie ont enregistré 22 900 plaintes pour viol en 2019, soit une nette augmentation (+18%) par rapport à 2018. Enfin, en 2018 seuls 1 269 viols ont été sanctionnés.
 
Des chiffres donc avérés et effrayants mais très partiels. En effet, le nombre de viols déclarés est évidemment inférieur au nombre de viols commis. Tout d’abord parce que l’enquête n’interroge qu’une partie des femmes, celles qui ont entre 18 ans et 75 ans, évacuant ainsi l’ensemble des viols commis sur des mineurs. Mais aussi parce qu’il ne concerne que les personnes qui ont « déclaré » leur viol. Or, alors que dans un contexte où la majorité des viols sont commis par une personne de l’entourage de la victime, rares sont celles qui décident de se « déclarer ». Partiels enfin car ils ne tiennent pas compte de la procédure pénale qui permet de « correctionnaliser » les viols et donc d’en requalifier un certain nombre en agressions sexuelles pour éviter leur passage aux assises.
 
Une séquence qui révèle la position délicate du nouveau Garde des Sceaux. Célèbre pour ses prises de position contre le mouvement Me too à l’occasion de la défense de George Tronc, il est rattrapé par la contradiction selon laquelle la « première cause du quinquennat » semble loin derrière le gouvernement. Le nouveau ministre semble en effet tiraillé entre ses positions anti-féministes qui l’ont propulsé au poste de Garde des Sceaux et l’enjeu de ne pas incarner la risée du jeune et instable gouvernement, pour qui il représente déjà dans les sondages le maillon faible. Alors que les manifestations se multiplient contre la nomination de Darmanin à l’intérieur et de Dupont-Moretti à la Justice, la pression exercée par la contestation féministe depuis le mouvement Metoo promet d’accentuer la défiance de la population envers une justice au service des classes dominantes.




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