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Blanquer démission

E3C. Blanquer tente de cacher l’étendue de la crise

Alors que l’impopularité croissante s’ajoute à la multiplication des crises internes et que la contestation dans la rue est loin d’être apaisée, le gouvernement essaie de s’en sortir en s’appuyant sur la répression et l’ignorance de la colère. En effet, Jean Michel Blanquer, « ministre autoritaire » - comme le scandent et dénoncent les cortèges de l’enseignement semble bien décidé à jouer la sourde oreille face à la contestation.

mardi 11 février

Credit photo : AFP

Depuis juin, la colère du personnel de l’Education Nationale face à la dégradation de ses conditions de travail et l’autoritarisme du ministre s’est traduite politiquement par la grève du Bac, par la mobilisation massive contre la réforme des retraites et maintenant aussi par l’insubordination des enseignants et des lycéens contre les E3C. La réponse du ministre s’est bornée à des fausses concessions, au mépris et au passage en force de sa réforme, par l’imposition d’une pression incessante aux proviseurs pour faire passer les épreuves, et la répression administrative et policière.

Le mépris et l’ignorance volontaire de la colère et la mobilisation des personnels de l’Education Nationale s’était déjà incarné dans le mot d’ordre « nous sommes les 0,1% » qui avait inondé fin janvier les réseaux sociaux et les cortèges de l’enseignement. En effet le 19 janvier, Blanquer déclarait déjà dans un entretien sur France Inter « qu’il n’y a pas de climat anti-Blanquer dans l’éducation Nationale » tout en opposant des « minorités radicalisées antidémocratiques et antirépublicaines responsables des perturbations » aux « 99,9% » d’accord avec lui pour dire qu’on peut « aimer son métier et ne pas perturber les choses ».

Dans cette même ligne, tentant de cacher l’étendue de la crise, mardi 3 février Jean Michael Blanquer annonçait à l’Assemblée nationale que « les E3C se déroulent actuellement dans l’ensemble des lycées de France et, dans 85 % des établissements, cela se passe sans problème ». La tentative du ministre de manipuler l’opinion publique a été rapidement contesté. Philippe Vincent, secrétaire général SNPDEN (principal syndicat de proviseurs), confirmait aux Echos que « 43 % des lycées ont dû faire face à des perturbations » liées au nouveau bac. De même, depuis le dernier recensement fait le 2 février, le collectif « Stop Bac Blanquer – Stop E3C » relevait que dans presque la moitié des 1 513 lycées d’enseignement général et technologique français, les épreuves anticipées du baccalauréat se sont déroulées dans des conditions désastreuses, tandis qu’elles ont dû être reportées au moins dans 170 établissements. Dans les Outre-Mer, 14 lycées sur 14 ont été bloqués en Martinique et 14 sur 15 en Guadeloupe. Encore hier, malgré la pression de la police, les « E3C » étaient aussi reportés au lycée Adolphe Thiers à Marseille.

Si les chiffres du ministre sont trompeurs sur le nombre de lycées touchés – encore hier des nombreux lycées se mobilisaient à Rennes, Nantes ou Marseille, ils le sont d’autant plus parce qu’ils cachent les conditions dans lesquelles se sont déroulées les épreuves qui n’ont pas été reportées. Comme on pouvait le lire sur Libération « dans 87% des cas, les épreuves ont pu aller jusqu’au bout, c’est pour cela que l’on emploie le mot "correctement", mais cela ne veut pas dire qu’elles se sont déroulées parfaitement ». Ces mots de Bruno Bobkiewicz, proviseur de la cité scolaire Hector Berlioz à Vincennes (Val-de-Marne), édulcorent la réalité, si on tient compte de la répression policière et administrative qui a parfois été la seule résolution capable d’empêcher l’annulation. Mais ils montrent bien que si les épreuves se sont tenues dans de nombreux lycées, ce n’était « sans problème » comme l’affirmait Blanquer. Loin de là.

Comme l’expliquait une enseignante du lycée Max Linder de Libourne, dans ce lycée, les « élèves ont été prévenus par sms lundi soir à 20H00 qu’ils passeraient l’intégralité des épreuves mercredi dans la journée (soit 6H d’épreuves à la suite) ». Ils «  étaient dans un état de stress épouvantable » et « ont fini par entrer passer leurs épreuves encadrés par les gendarmes mobiles (une 40aine), en pleurant, humiliés de céder sous la menace et se sentant minables. ». « A l’intérieur, aucun prof, des élèves qui ont composé avec leur portable, en s’échangeant leur copie. » Elle poursuit : « Des agents de l’équipes mobiles du rectorat qui refusaient de décliner leur identité circulaient dans les couloirs et menaçaient des élèves de 16 ans s’ils ne rentraient pas dans les salles. Dans une salle la personne chargée de les surveiller était la vendeuse de la boulangerie à côté du lycée ».

Un bon exemple de la définition de « correct » et « sans problème », entendue par Jean Michel Blanquer. De fait, ce n’est que la répression qui fait tenir sa réforme. Au cours de la mobilisation 25 élèves ont déjà été placés en garde-à-vue en Ile de France, selon le Parisien et hier encore un lycée a passé la nuit au commissariat à Marseille au cours de l’actuelle mobilisation et 6 profs risquent jusqu’à un an de prison et 7.500 euros d’amende.

Même si le gouvernement s’entête à nier la colère légitime du personnel de l’Education Nationale, des élèves et de leurs familles, la mobilisation est loin d’avoir dit son dernier mot. Jour après jour des nouveaux lycées s’ajoutent à la lutte contre les « E3C » et l’insubordination face à l’autoritarisme du ministre. Si le personnel de l’éducation a été également présent dans phase de la lutte contre la réforme des retraites, tous les ingrédients sont là afin que les enseignants puissent reprendre un possible deuxième round contre cette réforme en y portant leurs revendications pour un enseignement scolaire juste, des conditions de travail dignes et la fin de la casse généralisée des services publics.

Pour cela il est plus qu’urgent d’exiger la démission de Blanquer, ministre qui a fait preuve de son incompétence et qui est aujourd’hui à l’avant-poste de politiques d’austérité qui vont précariser les professeurs et l’avenir des lycéens. Un message clair au gouvernement qui a porté une réforme des retraites des plus précarisante, notamment pour les enseignants et dont le projet de société se dessine en contradiction avec celui dont souhaite la majorité de la population. Mais pour gagner et faire tomber ce ministre "autoritaire" pour qui "on ne veut plus travailler" seule la généralisation de la grève reconductible sera efficace, pourquoi pas autour du 5 mars ?




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