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REPRESSION LYCEENNE

E3C. Deux lycéens en garde à vue pour dégradations 5 mois après les faits

Deux adolescents du lycée Hélène Boucher dans le XXe arrondissement de Paris ont été placés en garde à vue ce lundi 29 juin pour « dégradations par un moyen dangereux pour les personnes » pendant le mouvement contre les E3C. En plus de la répression policière et de la sanction reçue la proviseure de l’établissement a décidé d’en rajouter une couche en les poursuivant en justice au moyen de "preuves" ridicules.

mardi 30 juin

Selon Mediapart, deux lycéens, Nicolas et Antoine, élèves à Hélène Boucher dans le XXe arrondissement de Paris, ont été placés en garde à vue pour « dégradations par un moyen dangereux pour les personnes » pour une durée approximative de 5 heures. Le premier est accusé d’avoir dégradé l’établissement avec un fumigène alors que le second d’avoir brisé une vitre d’une salle de classe pendant les mouvements de protestations contre la réforme du bac Blanquer, et particulièrement contre les E3C au mois de février 2020. Lors de cette période, de nombreuses manifestations ont éclaté en métropole pour lutter contre cette réforme injuste et sélective et contre l’organisation désastreuse des E3C. Par conséquent, les épreuves ont été soit bloquées et reportées, soit fortement perturbées.

À Hélène Boucher, une centaine d’élèves opposés à la tenue d’une épreuve d’anglais organisent, les 5 et 6 février, un sit-in dans les escaliers de l’établissement : un fumigène est allumé, une vitre brisée. En réponse, la proviseure appelle la police qui réprime les élèves : CRS devant le lycée pour forcer l’entrée aux épreuves, utilisation de gaz lacrymogène et de la matraque pour repousser les élèves mobilisés.

En ce jour, Nicolas se rend en salle pour passer l’épreuve anticipée d’anglais jusqu’à ce qu’il lui soit demandé de porter un fumigène qu’il déclare avoir porté peu de temps et ne pas avoir utilisé. En guise de sanction, la proviseure a décidé de l’exclure pendant 8 jours après son conseil de discipline pour avoir mis « en danger des élèves par le lancer d’un fumigène dans une cage d’escalier ». En plus de ses aveux, il assure également regretter de ne pas avoir pu participer aux mouvements de protestation d’après. En ce qui concerne le second élève, Antoine, le proviseur adjoint aurait vu un élève vêtu de noir, comme lui, en train de briser une fenêtre d’une salle de classe : Antoine est considéré comme l’auteur de ce fait. Pourtant, il a toujours clamé son innocence en disant qu’il a chuté sur les bris de vitre et s’est rendu à l’infirmerie pour se faire soigner, ce qu’atteste un certificat médical. Néanmoins, le conseil de discipline le sanctionne d’une « exclusion définitive avec sursis jusqu’au 1er mars 2021, pour avoir commis des dégradations mettant en danger les élèves ». L’adolescent, à l’époque, ne cherche pas à se défendre et accepte la sanction, sa famille souhaitant qu’il se concentre sur ses études.

A sa surprise, il est convoqué comme Nicolas au commissariat et est placé en garde à vue après que la proviseure ait décidé de porter plainte, considérant que les sanctions du conseil de discipline étaient insuffisantes. En défense d’Antoine, l’avocate Lucie Simon dénonce une affaire « scandaleuse » à tous les égards, rappelant que « la garde à vue doit rester l’exception […]. Il faut que ce soit le seul moyen de préserver les preuves ou pour empêcher que des pressions soient exercées sur des témoins… Aucun des objectifs du code de procédure pénale n’est rempli. » Visant la faiblesse des accusations avancées par la proviseure du lycée, Me Simon considère que même la sanction disciplinaire n’a pas lieu d’être. « On a l’impression qu’on a une proviseure qui cherche des coupables, et le parquet joue son jeu. ». En ce qui concerne Nicolas, son avocat Me Tordjman juge également la procédure judiciaire comme « disproportionnée et injustifiée » et cite : « C’est un adolescent qui a pris conscience des choses qui lui sont reprochées, il a manifesté des regrets, a montré qu’il avait bien réfléchi. Là, on veut judiciariser des faits qui auraient dû rester dans un cadre lycéen. » Lundi soir, le parquet de Paris nous précisait que les jeunes lycéens devraient effectuer un travail de réparation, puis que leurs affaires seraient classées.

En plus de la répression policière, la jeunesse a subi de plein fouet la répression administrative qui se traduit par des conseils de discipline injustifiés ou ont même reçu des 0 à leurs épreuves, se sont vus refuser des rattrapages etc. Une jeunesse qui, tous les jours, pancartes et slogans à la main, a montré sa volonté d’une autre société, libérée de l’exploitation et de l’oppression, une société plus égalitaire qui puisse promettre autre chose que « la fin du monde », les catastrophes climatiques, les violences policières, le sexisme... Une jeunesse combative qui se voit réprimer comme ces 2 adolescents parisiens afin de punir et intimider les autres lycéens.




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