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Notre classe

Le géant de l'électricité fixe le prix de la vie d'un ouvrier

EDF. 220 000 euros pour faire taire la veuve d’un ouvrier mort sur le chantier de Dunkerque

vendredi 29 janvier 2016

Karel Venuvitch

C’est une enquête de Mediapart qui a révélé le scandale. Le 22 Juillet 2014, Antonio R., un soudeur âgé de 41 ans, meurt asphyxié sur le chantier du terminal méthanier à Dunkerque, deuxième plus gros projet industriel de France. Dès septembre, le géant de l’énergie a cherché à acheter le silence de la veuve du défunt.

220 000 euros, c’est la valeur estimé de la vie d’Antonio R. par EDF. Selon les clauses de la transaction révélées par Mediapart, l’épouse du défunt, pour obtenir cette somme, devait s’engager à « mettre finà toute contestation née ou à naître », à « ne plus formuler aucun grief et/ou réclamation », à « s’abstenir de tout acte qui serait de nature à porter atteinte ou à nuire à la réputation ou à l’image » de EDF. Mais ce n’est pas tout, l’entreprise a par ailleurs exigé que la veuve renonce à « se constituer partie civile et à exercer l’action civile devant les juridictions pénales françaises, portugaises et toute autre juridiction étrangère » à l’encontre d’EDF, et certifie « nepastémoigner ou transmettre des documents de quelque nature qu’ils soient ou fournir toutes informations à tous tiers en situation de litige, présent, passé ou à venir » avec EDF.

« Nous avions alerté qu’Antonio R. avait fait entre 55 et 67 heures par semaine, ce qui est incompatible avec le respect de la santé physique et psychologique des salariés et leur capacité à être vigilants sur des interventions dangereuses par nature. Nous estimions dès lors qu’EDF aurait tout mis en œuvre pour avoir des conditions de travail optimales sur le chantier. Mais, on s’est fait avoir. EDF n’a pas voulu prendre en compte les dégradations des conditions de travail. Et nous avons été horrifiés en apprenant deux nouveaux accidents mortels sur le chantier, en juin et juillet derniers » a révélé un responsable CGT proche du dossier à Mediapart. En effet, deux autres ouvriers ont trouvé la mort moins d’un an après le décès d’Antonio R. sur le chantier de Dunkerque.

Ce scandale illustre à merveille le mépris de classe de la direction d’EDF envers ses salariés. Les exemples d’accident liés à la dégradation des conditions de travail et de sécurité, s’ils ne font pas les gros titres de la presse dominante, sont malheureusement fréquents. Mais ici, l’attitude cynique d’EDF, cherchant à faire céder la veuve du défunt par un chantage financier met violemment sur le devant de la scène le véritable visage du patronat et le pauvre degré d’estime qu’il a pour les travailleurs.




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