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Politique

Racisme structurel

Échanges racistes sur Facebook : un nouveau groupe de 9000 policiers et gendarmes découvert

Il y a moins d’une semaine, Streetpress révélait l’existence d’un groupe Facebook de plus 8000 policiers et gendarmes sur lequel étaient échangés des messages racistes et sexistes d’une très grande violence ainsi que des appels explicites au meurtre, notamment à l’encontre de jeunes personnes d’origine africaine. Un groupe similaire vient d’être dévoilé, démontrant par les faits le caractère structurant du racisme dans la police.

mardi 9 juin

Illustration : Montage d’après les captures d’écran Streetpress

Déchaînement de haine raciste et apologie de la violence

Baptisé « FDO 22 unis », le groupe compte près de 9000 membres, tous issus des rangs des « forces de l’ordre », police ou gendarmerie. Des captures d’écrans tirées de ce groupe fermé donnent à voir une série de messages se réjouissant par exemple des violences subies par le jeune Gabriel lors de son interpellation. Âgé de 14 ans, le jeune homme s’est vu infliger de graves blessures au visage qui lui ont occasionné la perte de quatre dents, une fracture de la mâchoire et une grave atteinte de l’œil nécessitant une opération chirurgicale. En dépit de la gravité extrême des faits, l’un des membres de « FDO 22 unis » jubile : « Bien fait pour sa sale gueule ». D’autres se moquent de ses parents et de son nom. « Encore une bavure (des parents pour avoir chié ce connard) », dit l’un d’entre eux. « Vu la tronche, c’est du Rom de Serbie, ils en sont infestés dans les pays de l’Est » continue un autre.

Le gouvernement tente de dissimuler la forêt du racisme de la police derrière l’arbre de la « brebis galeuse » isolée et déviante. Mais ces groupes et le nombre de leurs membres démontrent à quel point il s’agit en fait d’une pratique largement dominante et non d’une exception. De plus, la découverte coup sur coup de deux groupes d’ampleur interroge sur l’existence d’autres du même ordre et pourquoi pas également de groupes plus restreints et plus virulents encore.

Le racisme, une composante essentielle de l’arsenal répressif de l’État

Dans le contexte de lutte mondiale contre les violences policières et le racisme qui fait suite à l’assassinat de Georges Floyd par la police le 25 mai dernier, le gouvernement français, particulièrement fébrile sur la question, tente d’afficher de la fermeté et d’entretenir l’image d’un État « victime » de déviances isolées au sein de ses forces de répression. Mais le racisme est au contraire sciemment instrumentalisé par l’État comme composante active de sa capacité de domination et de répression, notamment dans les quartiers populaires.

Comme l’anthropologue Didier Fassin l’avait très bien montré, dans son livre paru en 2011 et intitulé La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers, la haine raciste et sociale des policiers de la BAC dans les quartiers apparaît comme un élément structurant de l’activité d’une police gardienne des intérêts de l’État (et non pas de ceux de la population, comme le prétend le discours dominant). L’auteur montre également que son action vise en fait surtout à protéger l’ordre établi et non pas la « sécurité publique ».

Entre violences, racisme et provocations, la police agit en fait dans les quartiers comme une force d’occupation. En écho à ces thèses, les faits révélés par Streetpress démontrent que la police n’est pas une institution réformable mais bien l’arme que le système, partout sur la planète, utilise pour défendre ses intérêts contre ceux qu’il exploite, opprime et tue.




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