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Politique

Occupation de la DSDEN, « écoles mortes », Assemblées départementales

Ecole Blanquer : en Ile-de-France, la contestation enseignante prend de l’ampleur

Depuis le 19 mars, où un quart des enseignants étaient en grève, les journées de mobilisation se multiplient dans l’éducation nationale, parfois en dehors de tout appel syndical. Sur fond de grève spontanée lancée le jeudi 28 avril, la FSU (fédération majoritaire chez les enseignants) a appelé à une manifestation très réussie le 30 mars puis à une journée de grève le 4 avril. En parallèle, en Ile-de-France, des Assemblées Générales d’enseignants du primaire et du secondaire organisent les suites du mouvement.

mercredi 10 avril

Après les régions de Nantes et d’Angers, très mobilisées avant d’entrer dans la période de vacances le 6 avril, c’est au tour des enseignants d’Ile-de-France de reprendre le flambeau de l’opposition aux lois Blanquer. Pour la première fois depuis longtemps, la contestation enseignante dépasse le clivage primaire et secondaire en s’attaquant de front à la fois au projet de « l’école de la confiance », mais aussi aux réformes des lycées et aux baisses de moyens dans les collèges.

Occupation de la DSDEN de Bobigny dans l’académie de Créteil

En Ile-de-France, un appel à la grève pour le mardi 9 avril avait émergé des Assemblées Générales tenues le soir de la journée de mobilisation du 4 avril, cette fois-ci appelée sur le tard par les principales organisations syndicales du secteur (Snuipp pour le primaire et le Snes pour le secondaire). Sans rencontrer l’écho très important du 4 avril, l’appel du mardi 9 a été relativement suivi, notamment en Seine-Saint-Denis.

A l’initiative de l’Assemblée Générale du 93, 150 enseignants en grève se sont rendus à la Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale (DSDEN) à Bobigny, mardi après-midi. Ils sont parvenus à entrer dans les locaux et à les « bordéliser » joyeusement pour réclamer une audience collective des établissements présents auprès de la Direction Académique. Comme réponse, la directrice de cabinet, Cécile Tabarin, a choisi le mépris : refusant d’ouvrir la discussion avec les personnels présents, elle a préféré l’envoi de policiers en civil, et la menace de se faire déloger. Le slogan repris par les grévistes – « Blanquer a choisi ses trois spécialités : mensonge, mépris, austérité » – s’applique tout aussi bien pour les services du Rectorat de Créteil…

Ecoles mortes à la Courneuve et à Aulnay-sous-Bois

Le principe de la méthode « école morte » à laquelle appelle la FCPE (association de Parents d’élèves) pour les prochains jeudi a, d’ores et déjà, été mis en place dans plusieurs établissements de Seine-Saint-Denis. Le principe est simple : en solidarité avec les enseignants, et pour limiter les pertes de salaires liées aux grèves, les parents d’élèves décident de ne pas envoyer leurs enfants à l’école.

L’initiative a d’abord été lancée ailleurs : La Voix du Nord fait part d’une opération école morte menée à Arras en novembre ; jeudi 4 avril, en Picardie, ce sont les parents qui sont arrivés avec des pancartes devant l’école d’Abbeville qui n’a accueilli pour l’occasion qu’une poignée d’élèves. A Lyon, au groupe scolaire Pasteur du 8ème arrondissement, « l’école morte » a été lancée lundi 8 avril. Dans l’Oise, l’opération a été très suivie en mars.

En Seine-Saint-Denis, l’idée progresse doucement. Au lycée de la Plaine, des parents sont venus protester devant les grilles de l’établissement de Saint-Denis vendredi 5 avril : des pancartes indiquant leur refus des projets Blanquer, mais surtout très peu d’élèves. A la Courneuve, l’opération sera lancée jeudi 11 et vendredi 12 avril, alors que, selon les dires du Parisien, « la commune [a été] l’une des plus mobilisées contre les réformes Blanquer » ce jeudi 4 avril.

Assemblées Générales

Alors qu’à plusieurs endroits, comme à Cergy-Pontoise, à Saint-Denis, à Paris, certaines équipes se sont lancées dans des grèves reconductibles, les équipes d’enseignants mobilisées trépignent face aux organisations syndicales qui semblent freiner la cadence des mobilisations. La journée de grève du jeudi 4 avril a été très tardivement appelée par les principales organisations syndicales du métier (Snes et Snuipp) mais a pourtant été un franc succès. Des taux de grévistes exceptionnels, près d’un quart des enseignants mobilisés. Malgré cela, le calendrier syndical semble déjà fixé à l’avance : le 9 mai, soit dans un mois, un appel à la grève dans la fonction publique, et le lancement d’une consultation du Snes pour un boycott de la surveillance du baccalauréat mi-juin. Pas de quoi convenir à celles et ceux qui pensent qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud.

Pour se donner des ailes et construire la mobilisation, les enseignants de Seine-Saint-Denis investissent les Assemblées Générales départementales mais aussi de villes : Saint-Denis, La Courneuve, Aulnay, Montreuil, Bagnolet, où des équipes du premier comme du second degré tentent de se donner un calendrier et de construire la mobilisation : le jeudi 18 avril, indiqué comme « un temps fort de mobilisation » pour l’intersyndicale du 93, devrait se transformer en une journée de grève au niveau de l’Ile-de-France, d’autant que de plus en plus d’équipes se lancent dans la bataille contre les réformes Blanquer, socle d’une école à deux vitesses.

Au-delà de la menace d’un « Bac 93 », qui risque d’aggraver un peu plus la stigmatisation et l’inégalité de traitement des élèves dans l’accès aux études supérieures, il y a aussi la question des moyens fournis pour les territoires défavorisés qui sont réduits à peau de chagrin. Après la catastrophe de Parcoursup, les parents sont conscients que le combat des enseignants est aussi un combat pour leurs enfants.




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