^

Notre classe

Education Nationale

Ecole à l’arrêt, premier jour : Blanquer, Erreur 503 et « continuité pédagogique »

Au terme de trois jours chaotiques, fait de déclarations ministérielles et de circulaires contradictoires, les élèves et personnels de l’Education Nationale ont vécu ce lundi leur première journée de travail à distance. C’est cette solution qui à été mise en avant par le ministre Jean-Michel Blanquer afin de permettre « la continuité pédagogique », Et cela alors même que, jusqu’à ce qu’il soit désavoué par son propre président le jeudi 12 mars au soir Jean-Michel Blanquer affirmait contre toutes raisons que les écoles resteraient ouvertes. Plutôt que de s’engluer dans le déni, le ministre n’aurait-il pas pu préparer un véritable plan pour l’enseignement à distance ?

mardi 17 mars

Il aura fallu attendre lundi pour que les professeurs découvrent de chez eux les modalités de fonctionnement et l’aberration de la continuité pédagogique made in Blanquer. Celle-ci s’est très vite révélée improvisation et auto-gestion des dispositifs de suivi profs-élèves, bien que beaucoup d’enseignants aient rapidement tenté d’anticiper la situation, dans la limite des informations et des moyens qui leurs ont été donnés. Dans de nombreux établissements, les professeur.e.s, sous la pression de leur hiérarchie, mais aussi par conscience professionnelle face à la demande des familles, ont dû tenter de récupérer directement les contacts des parents de leurs élèves, allant parfois jusqu’à communiquer leurs adresses personnelles, allant à l’encontre de la protection de leur vie privée. De la même manière, sur 15 millions d’élèves dans l’éducation nationale, seuls 1 million d’élèves environ seraient inscrits sur la plateforme « mon école à la maison », censée permettre la continuité pédagogique, tandis que certains professeurs n’ont reçu qu’aujourd’hui leurs

Pour pallier à l’urgence, la remise de photocopies aux parents des élèves est une modalité mise en place à la demande de l’administration dans beaucoup d’écoles, collèges et lycées. On peut pointer que non seulement, il y a quelques jours encore, des restrictions drastiques étaient faites sur le nombre d’impressions autorisées, mais en plus, que cela va à l’encontre des mesures de protections mises en avant par le gouvernement. Dans le contexte de renforcement du confinement, de nombreux établissements ont en effet dû revenir sur cette décision, qui a encouragé les familles à des déplacements non-essentiels.

Aujourd’hui, dans les écoles primaires, seule la direction, les agents nécessaires au fonctionnement du site et des professeurs volontaires étaient présent. Ces derniers notamment pour essayer d’organiser l’enseignement à distance dans l’école et pour accueillir les enfants de soignants n’ayant pas de garde. Ce soir la consigne était encore qu’il fallait un certain nombre de « professeur volontaire » dans chaque établissement concerné, afin d’assurer l’accueil et pour organiser la continuité pédagogique. Au moment même où le président durcit les restrictions de déplacement et de rassemblement cela semble à nouveau contradictoire.

Au-delà des interrogations que peut soulever la présence d’élèves et de personnels regroupés, alors que les consignes se durcissent, on peut aussi s’interroger sur l’efficacité pédagogique du dispositif pour tous les élèves. L’hétérogénéité d’une classe fait que certains élèves ont d’avantage besoins de l’aide de leur enseignant dans leur travail, ce qui risque d’être difficile en télétravail. De même les élèves ne bénéficient pas tous de l’aide d’un adulte. Les outils mis en ligne par le gouvernement donnent peu aux professeurs la possibilité de vérifier et de corriger le travail.

Alors comment s’étonner que sur les réseaux sociaux de nombreux professeur.e.s aient exprimé leur scepticisme face aux mesures prises par le ministre Blanquer ? Ces derniers jours, beaucoup ont rencontré des problèmes, que ce soit sur la plateforme « mon école à la maison » ou sur les réseaux internes aux établissements. En effet beaucoup d’élèves et de professeurs n’ont pas réussi à se connecter au dispositif « e-primo » pour le premier degrés, « pronote » pour le collège et « e-lyco » pour le lycée. Cela visiblement à cause d’une surcharge due au nombre trop élevé de connections. Quand on compare le peu d’élèves connectés aujourd’hui et le fait que l’école à la maison est censée accueillir plus de 12 millions d’utilisateurs, on peut légitimement craindre que les plateformes soient incapables de répondre aux besoins des élèves et des enseignant.e.s.

L’incrédulité face aux discours faussement assurée du ministre de l’éducation nationale s’est exprimée sans attendre sur les réseaux sociaux et dans les boucles entre collègues. C’est avec dérision que les professeurs partagent leurs démêlés avec les outils informatiques proposé par le ministère.

Le problème, c’est qu’en prenant véritablement la mesure de la crise sanitaire en cours, le ministère de l’Education Nationale aurait pu véritablement se préparer à l’enseignement à distance. En permettant par exemple aux professeurs, et surtout aux élèves, qui étaient présents jusqu’à vendredi, une première prise en main des outils de travail numérique. Cette première journée sans école montre que pour faire face à cette épidémie, du point de vue sanitaire comme pédagogique, l’éducation nationale à besoin d’une politique cohérente émanant de sa hiérarchie. Empêtré dans ces contradictions et incapable de concevoir des mesures avec les personnels, Blanquer en est-il seulement capable ?




Mots-clés

Coronavirus   /    Education nationale    /    Notre classe