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Monde

Ecologie. Un rapport d’ONG révèle l’hypocrisie des entreprises pétrolières

Selon un rapport de l’ONG Oil Change, les entreprises pétrolières n’ont rien mis en œuvre pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Le tout compensé par une bonne dose de greenwashing dans leur communication. Au delà des stratégies polluantes de ces entreprises, ce résultat illustre surtout l’hypocrisie des Accords de Paris et des solutions qui restent dans le cadre capitaliste pour lutter contre le réchauffement climatique.

mercredi 30 septembre

Dans un rapport publié mercredi 23 Septembre, l’ONG Oil Change estime qu’aucun des plans climat mis en œuvre par chacune des huit plus grandes entreprises pétrolières de la planète n’est compatible avec l’objectif de l’accord de Paris de maintenir le réchauffement climatique sous 1,5 °C. Ce secteur est celui qui contribue le plus à la pollution, les sociétés gazières et pétrolières représentent en effet 52 % des émissions industrielles globales de gaz à effet de serre. Parmi les entreprises pointées du doigt dans le rapport, on trouve notamment Total, Exxon Mobil, BP, Shell, ENI : pour toutes ces multinationales richissimes, les plans climats, à savoir les stratégies annoncées par les firmes pétrolières pour agir contre le changement climatique, sont, selon les critères établis par l’ONG, au mieux insuffisantes, au pire inexistantes.

Des entreprises toujours plus polluantes… mais des discours verdis

Ce refus de modifier ces activités polluantes, mise en lumière par le rapport de l’ONG, révèle dès lors l’hypocrisie de firmes et vient contredire leur discours pseudo-écologistes. En effet, si les entreprises américaines assument leur dédain des enjeux environnementaux sous fond de discours climatosceptique, les entreprises européennes ont elles axé leur communication sur le greenwashing. Conscientes de la progression des idées écologistes dans l’opinion, les entreprises du secteur ont multiplié les plans annonçant la réduction de leur empreinte carbone ou rappelant leur engagement pour la transition énergétique. Mais le rapport de l’ONG Oil Change souligne désormais les biais, voir l’hypocrisie de leurs engagements.

L’entreprise britannique BP par exemple est acclamée dans les médias pour s’être engagée à diminuer sa production de pétrole et de gaz d’ici à 2030. Cependant, elle oublie de préciser sa participation au capital de Rosneft, une entreprise russe qui ne compte pas arrêter de produire du pétrole. L’entreprise française Total va encore plus loin dans l’hypocrisie : après avoir indiqué vouloir atteindre la neutralité carbone, elle explique que cette décision ne concerne que sa production en Europe, alors que ce continent ne représente que 13% de ces émissions dans le monde.

Le greenwashing au service de l’exploitation des travailleurs et des écosystèmes

Sans effet pour l’environnement, puisque Total devrait augmenter de 12% sa production quotidienne de barils de pétrole dans les dix prochaines années, cette décision illustre bien la stratégie de Total de contournement des normes sociales et environnementales (presque aussi bien que celui des normes fiscales). Afin de se donner une image plus écologiste, Total délaisse ainsi des sites de productions en Europe et notamment en France, mais renforce son implantation en Afrique où elle exploite mieux les travailleurs locaux et détruit la biodiversité. Alors que d’un côté son plan de reconversion de la production, qui a pour but affiché de se diriger vers le « zéro pétrole », permet de supprimer 200 postes sans compter le licenciement de près de 500 salariés des entreprises extérieures ; de l’autre, elle envisage de construire le plus grand pipeline de brut chauffé au monde en Ouganda, au risque de polluer le lac Albert, d’où le Nil prend sa source, et de détruire la faune et la flore de toute la région.

Une preuve de plus que les discours écologistes de Total en France ne servent qu’à masquer sa quête de profit prédatrice de l’environnement et des populations en Afrique. Dans ce contexte, on voit les limites des politiques écologiques uniquement fondées sur des normes contraignantes sans s’attaquer au capital en lui même : si les profits d’une multinationale sont entravés en France, elle les retrouve ailleurs, et fait payer aux travailleurs la perte de profit.

Tout cela montre que le fonctionnement même du capitalisme est incompatible avec la protection et la préservation de la nature. Toute la logique sociale et économique tourne autour de la maximisation des profits. Autrement dit, si la protection de la nature implique des pertes de profits alors on déroge aux lois et accords minimaux imposés par les gouvernements capitalistes eux-mêmes. A cela il faut ajouter une dimension impérialiste car si dans les pays centraux les multinationales peuvent feindre de respecter des normes environnementales, dans les pays de la périphérie capitaliste elles s’arrangent avec des dirigeants locaux corrompus pour ne se tenir à aucune norme écologique et sociale qui limite leur soif de profits.




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