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Débats

Ecologie au service du capitalisme ou lutte pour une économie planifiée ?

Concilier écologie et « libre-entreprise », modifier les traités européens pour en finir avec la destruction écologique, comme l'avance Yannick Jadot, tête de liste EELV aux européennes ? Nous exposons ici pourquoi seule une perspective de classe, communiste et révolutionnaire peut rompre avec le capitalisme et avancer vers une économie et une écologie planifiées.

jeudi 23 mai

Crédit : Joseph Beuys, Lighting with stag in its glare - Tate Modern

L’écologie ou la grande braderie du centre-gauche

C’est la grande bataille des européennes. Quel parti n’a pas emprunté à l’écologie dans son programme ? Derrière les conversions plus ou moins précoces à l’écologie se joue surtout une bataille électorale pour convertir dans les urnes aux européennes un enjeu qui tend, comme l’ont montré les dernières mobilisations de la jeunesse, à toucher une partie importante de la population.

Cécile Cornudet, éditorialiste aux Echos, note à quel point les partis peinent à se distinguer sur des sujets clés, y compris l’écologie : « Une campagne courte peut-elle paraître longue ? Ce mardi en tout cas ressemble aux autres jours. Raphaël Glucksmann défend une « Europe puissance politique » face « aux empires chinois, russes, américains » (France Inter) : on dirait du En Marche dans le texte. Pascal Canfin, numéro 2 de la Liste En marche justement, promet dans un clip « la création d’une banque du climat, pour remettre l’écologie au centre du parlement européen » : on dirait du Glucksmann dans le texte, ou du Jadot. Il y a des ventriloques dans cette campagne. Tout le monde parle vert, tout le monde parle la langue de l’autre. On prend les créneaux du voisin plutôt que de chercher à se différencier. Les mots les plus clivants ont été soit abandonnés -fédéralisme, sortie de l’euro-, soit repris par tous -protectionnisme, souveraineté, écologie-, ou presque tous -frontières, racines-. » [1]

Mis en difficulté face à cette abondance de propositions sur l’écologie, EELV, contraint de trouver de nouvelles façons de se démarquer, a notamment proposé un « traité environnemental », présenté comme une « révolution juridique » qui viserait à faire du climat une priorité pour l’Union Européenne. Dans une interview accordée au JDD, Marie Toussaint, 4e de la liste EELV, fait de ce traité le principal point de différence avec les autres partis, avançant une ligne de « transition écologique et sociale », que les autres partis soumettraient « au bon vouloir du capitalisme » : « La différence est de taille. Leur proposition est floue, notre texte est précis. Eux, proposent d’aménager la logique actuelle. Au fond, ils soumettent la protection du climat au bon vouloir du capitalisme, en espérant des petits pas dans la bonne direction. Cette vision n’est pas à la hauteur de la crise que nous traversons. Nous voulons une transition écologique et sociale. Notre traité permet de répondre aux questions écologiques et aux enjeux sociaux dans le même mouvement, parce qu’il remet enfin en cause la prédation qui détruit la planète et les solidarités. Les premières victimes de la crise écologique sont aussi les plus précaires. » [2]

Une ligne « radicale » déclinée dans un manifeste publié sur internet qui emprunte largement aux codes et au champ lexical de la « gauche radicale », entre citation de Gramsci, références allusives à Rosa Luxembourg et dénonciations du « capitalisme prédateur. »

Une ligne « radicale » qui côtoie, et alterne, avec une ligne nettement plus « pragmatique », qui se revendique apartisane et par-delà les clivages gauche-droite. Ici, le principal référentiel reste « l’écologie de marché », signe d’une écologie « réaliste », très proche en cela de LREM. Il s’agit ainsi pour EELV d’obtenir un différentiel de voix sur le centre-gauche, entre les déçus du macronisme et du mélenchonisme et l’effondrement du PS. Comme le note Marianne : « Ce contexte social se double d’une opportunité politique : l’effondrement du Parti socialiste laisse un espace vacant entre la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et La République en marche ; tout un électorat modéré, plutôt bourgeois et urbain, davantage mobilisé sur des enjeux sociétaux que par un discours social, est à conquérir. Cela tombe bien, c’est la cible naturelle d’EELV, qui peut y voir une occasion d’élargir son socle, d’autant que les élections européennes lui permettent traditionnellement d’absorber une partie des électeurs du PS. » [3]

Cette oscillation exprime en dernière analyse les difficultés d’EELV à former un bloc social homogène, tiraillé dans cet électorat urbain formé des classes moyennes supérieures et sensibles aux sujets d’écologie, et les récentes mobilisations sur le climat qui ont attiré un public jeune et plus « radical » dans une certaine mesure. Une difficulté à élargir son électorat noté par les journalistes de l’Opinion qui reviennent sur les choix tactiques qui s’offrent à EELV : « Deux possibilités s’offrent à eux, résume Frédéric Dabi, directeur adjoint de l’Ifop. Ils peuvent espérer être le réceptacle de l’électorat mélenchoniste déboussolé et des socialistes qui ne croient plus à la marque PS. Ou ils peuvent viser un électorat plus centriste. » Pile ou face. Chaque solution a son avantage et son inconvénient. Côté pile, une proximité naturelle avec la gauche mais un vote extrêmement volatile. Seuls 43 % des sympathisants EELV se disent sûrs de leur choix dans la dernière livraison de « l’euro-rolling », un sondage quotidien réalisé par l’Ifop pour Paris Match, Sud Radio et Cnews. Côté face, une OPA sur l’électorat macroniste, plus éloigné des Verts, mais aussi plus mobilisé dans le cadre des européennes. « Il existe des points de convergence entre EELV et LREM, éclaire Frédéric Dabi. Yannick Jadot a raison de ne pas compter sur les seuls électeurs de la gauche et de ne pas être dans une logique partisane. » » [4]

La liquidation de l’écologie politique : le « pragmatisme » de Yannick Jadot

Bien que le site d’EELV s’y réfère encore, la ligne adoptée par Jadot marque clairement une liquidation de toute forme d’écologie politique, expliquant non seulement l’abandon du référentiel gauche-droite, mais plus encore toute forme de référence à la classe ouvrière et à une critique conséquente du capitalisme. Un « pragmatisme » explicité par Julien Bayou d’EELV dans un entretien accordé à Le Vent se Lève : « [L’écologie] étend l’idée de solidarité développée par la gauche à l’ensemble du vivant et aux générations futures. En même temps, elle prolonge le principe de responsabilité individuelle cher à la droite en en faisant un devoir personnel de comportement respectueux des biens collectifs et de la nature. Elle interpelle toutes les familles de pensées qui se sont forgées dans un monde infini pour libérer la notion de développement de l’illusion productiviste et croissanciste. » [5]

Ce « pragmatisme » idéologique marque l’apogée de toutes les contradictions propres à l’écologie politique, entre l’appel aux actions radicales de désobéissance civile comme le récent mouvement Exctinction Rebellion, au sujet duquel nous avons exposé nos désaccords, et une institutionnalisation dans le cadre des grands partis.

Le choix « pragmatique » de Jadot inscrit clairement EELV dans la filiation de la gauche social-libérale convertie à l’économie de marché et ayant abandonné toute lutte conséquente contre les causes réelles du réchauffement climatique : le capitalisme.

Comme le souligne le journal Marianne : « En somme, sans s’en revendiquer ouvertement, les écolos s’inscrivent dans la deuxième gauche née de Mai 68, qui remet en question la centralité de la lutte des classes et du combat économique pour introduire d’autres combats : féminisme, droits des homosexuels, antiracisme. L’intellectuel Félix Guattari symbolisera cette convergence en déclarant que les écologistes "appartiennent au peuple de gauche"... avant que vienne le premier moment "ni-ni" des Verts : en 1986, Antoine Waechter devient l’un des porte-parole des Verts et décrète que "l’écologie n’est pas à marier". Son parti cesse de s’inscrire dans la gauche, et noue même des alliances avec la droite dans certaines municipalités en 1989 3 » [6]

 Un réformisme vert impuissant

Au niveau européen, cette ligne « pragmatique » ne propose aucune autre alternative que la modification à la marge des traités européens et une dénonciation, à juste titre, des traités de libre-échange. Si nous ne partageons pas la ligne politique adoptée par LFI de « rupture » avec les traités, la polémique, rapportée par Politis, qui a opposé la tête de liste EELV à Manon Aubry, tête de liste LFI, est révélatrice des conception d’EELV sur la nature de l’Union Européenne : « Comment faites-vous la transition écologique, interroge l’Insoumise, quand vous avez juste 3 % de déficit, avec […] douze traités de libre-échange qui vont être signés et organiser le grand déménagement du monde ? » Réplique de l’eurodéputé écolo : « J’espère, madame, que vous serez élue au Parlement européen. Vous verrez que l’on peut faire plein de choses sans changer les traités. Sur la pêche électrique, les énergies renouvelables, le glyphosate, et même l’investissement… » »

Marie Toussaint, en quatrième position sur la liste EELV aux européennes, confirme cette position de réforme de l’Union Européenne dans un entretien accordé au Journal du Dimanche : « Nous formulons ici une proposition de traité. Les citoyens doivent s’en emparer, afin d’en discuter et de l’améliorer. Nous souhaitons porter politiquement ces discussions au niveau européen et que ce texte soit adopté par référendum. C’est aussi une manière de remettre de la démocratie dans l’Union européenne et de mener avec les citoyens le rapport de force contre les lobbys. Nous avons mis cette proposition sur la table. » [7]

Pourtant, lorsqu’il s’agit de rendre compte des victoires réelles, une telle politique tourne court. Dans un entretien accordé au Point, lorsqu’un journaliste l’interroge sur la capacité réelle des députés écologistes européens à obtenir la moindre avancée, Yannick Jadot exprime toute sa vision de l’écologie politique : « Même quand ils sont une cinquantaine, ils arrivent à faire de grandes choses. On pourrait parler de la victoire récente sur l’interdiction de la pêche électrique. On a réussi à résister au Conseil européen qui ne voulait vraiment rien faire sur les énergies renouvelables qu’on a poussées à 32 % contre 27 % ». [8]

Dans un autre entretien, accordé à Reporterre, le bilan revendiqué par le candidat EELV n’est pas plus à la hauteur des enjeux catastrophiques du changement climatique : « Nous avons obtenu des commissions d’enquête sur les paradis fiscaux avec Eva Joly, une commission d’enquête sur le diesel avec Karima Delli, et, avec Michèle Rivasi, devant la Cour européenne de justice, la transparence absolue sur toutes les évaluations sur des pesticides et produits chimiques. Un deuxième succès a été l’interdiction de la pêche en eau profonde et l’interdiction de la pêche électrique. » [9]

En termes de ligne politique générale, lorsqu’il s’agit d’analyser les causes systémiques de la destruction écologique, EELV s’en tient à une rhétorique vague de dénonciation des effets les plus néfastes du capitalisme, accusant tantôt le « capitalisme productiviste et consumériste » (comme si le capitalisme pouvait être autre chose), ou encore la « finance prédatrice » (opposée, de fait, à une « finance vertueuse), évitant ainsi de s’en prendre au cœur du mode de production capitaliste. 

En réalité, et quand bien même Yannick Jadot lui-même puisse se revendiquer de « l’anticapitalisme », à moins d’inverser le sens des mots sa politique ne représente en rien une rupture avec ce système, mais se propose vulgairement de concilier l’économie de marché avec quelques propositions (au demeurant dérisoires) de réformes sociales et écologiques à la marge, revendiquant même une politique de protectionnisme. Un programme de conciliation qui ne vise ni plus ni moins qu’en appeler aux capitalistes « de bonne volonté » et faire des entreprises des alliés, sinon des acteurs clés du changement climatique : « En revanche, nous ne sommes pas pour une économie administrée mais pour un modèle d’économie plurielle, compatible avec la protection de la planète et régulée par la puissance publique (...) Un modèle dans lequel les entreprises « dont l’activité est vertueuse pour l’environnement » sont vues comme « des alliés » de la transition écologique. » [10]

Quand la finance se branche sur l’écologie

La réalité et l’ampleur de la destruction écologie en cours nécessite assurément une politique, un programme plus ambitieux que l’interdiction de la pêche électronique et les postures impuissantes de dénonciation de traités de libre-échange tout en défendant le « commerce » et la « libre entreprise », des mots creux qui ne renvoient à aucune réalité si ce n’est une posture moralisante qui permet au capitalisme de « recycler » les critiques les plus superficielles qui lui sont faites.

L’identification d’un « capitalisme financier », opposé à une finance « vertueuse » consiste à masquer la réalité de l’économie mondiale et empêche d’en tirer toutes les conclusions. Il est vrai en partie, comme le note le sociologue Razmig Keucheyan, que la finance se « branche » sur la nature pour les transformer en produits financiers. Les « catastrophic bonds » ou « cat bonds » en étant un exemple particulièrement frappant. Leur mécanisme, fort simple, pourrait servir d’allégorie au traitement que le capitalisme entend réserver à la crise climatique : « Une obligation est un titre de créance ou une fraction de dette échangeable sur un marché financier, et qui est l’objet d’une cotation (qui a un prix, lequel fluctue). Une obligation peut être publique, c’est alors un bon du Trésor, ou elle peut être émise par une organisation privée. Les cat bonds sont des fractions de dette dont la particularité est de procéder non d’une dette contractée par un État pour renouveler ses infrastructures, ou par une entreprise pour financer l’innovation, mais de la nature et des catastrophes qui y surviennent. (...) Ils concernent une catastrophe naturelle qui n’est pas encore survenue, dont il est possible mais pas certain qu’elle survienne, et dont on sait qu’elle occasionnera des dégâts matériels et humains importants. L’objectif des cat bonds est de disperser les risques naturels aussi largement que possible dans l’espace et le temps, de façon à les rendre financièrement insensibles. Dans la mesure où les marchés financiers se déploient aujourd’hui à l’échelle mondiale, ces risques atteignent par la titrisation un « étalement » maximal. » [11]

Pourtant, la domination du système financier et le recours à la spéculation ne constituent nullement une excroissance maladive, mais bien le prolongement logique du système capitaliste même. Comme l’expose l’économiste marxiste Isaac Joshua : « Le discours habituel reconnaît un rôle utile à la finance si elle contribue à la production, la rejette au contraire si elle semble s’alimenter elle-même. (...) La finance n’est pas une excroissance de ce rapport, quelque chose qui lui est rajouté ou encore un développement artificiel, contraire à son essence. Les contradictions de la finance s’enracinent dans la structure même du capitalisme, dans ce dédoublement capital-propriété.capital-fonction  : bien qu’à des degrés divers, la finance est, comme nous l’avons déjà évoqué, de tout temps, tout à la fois productive et parasitaire. » [12]

Plus encore, l’interpénétration du capital financier et industriel est telle qu’il est impossible, autrement que sur le plan analytique, de séparer la finance de la production en tant que telle. Dans l’ouvrage déjà cité d’Issac Joshua, ce dernier poursuit : « Mais l’arbre de la finance entremêle aussi ses branches à celles de l’économie réelle et c’est bien cette figure que nous devons mettre aujourd’hui au premier plan. Par le passé, l’activité réelle avait déséquilibré à de nombreuses reprises l’activité financière, mais la mécanique inverse avait souvent été à l’œuvre, lorsque l’activité réelle subissait le contrecoup d’une crise dans la sphère financière – faillites bancaires par exemple. » [13]

C’est l’interpénétration du capital financier et industriel qui permet au capitalisme de tirer profit de la destruction écologique en cours, et qui touche principalement, soit dit en passant, les pays les plus démunis. La lutte contre la destruction écologique, de fait, nécessite d’aller plus loin que la dénonciation d’une « finance parasitaire », en réalité consubstantielle au capitalisme, et prendre en compte la réalité du capitalisme contemporain.

Impérialisme et destruction écologique

Dans son manifeste, EELV promet rien de moins qu’un « monde de paix, de justice sociale et environnementale. » Force est de constater que l’ampleur des objectifs contraste nettement avec les méthodes proposées, s’en tenant à une dénonciation de surface des traits les plus néfastes du capitalisme. Car l’économie de « libre-entreprise » ou « plurielle » revendiquée par Yannick Jadot a de fait cessé d’exister depuis longtemps. Il s’agit au mieux d’une formule creuse qui ne correspond en rien à la réalité, au pire d’une couverture cynique de la réalité du capitalisme contemporain.

Loin de toucher de façon égale l’ensemble de l’humanité, les pires effets de la destruction écologique sont essuyés principalement par les populations les plus démunies, à la fois au sein des pays les plus dominés de l’espace mondial, mais y compris au sein des métropoles.

Le développement inégal et combiné tend à faire porter sur les pays les plus dominés le poids du pourrissement du capitalisme, dont la destruction écologique est l’une des manifestations. La nature du « commerce » contemporain repose en premier lieu sur le pillage et la prédation des matières premières des pays impérialistes et leurs grands groupes sur les pays les plus dominés de la périphérie mondiale, par le truchement des politiques publiques nationales pour attirer capitaux et centres de production, avec l’appui de gouvernements locaux corrompus. Comme le souligne le chercheur Claude Serfati : « Il est vrai que l’insertion dans les marchés mondiaux des pays frappés par des conflits est sélective et instable. Elle concerne souvent des zones d’extraction des ressources qui forment des enclaves protégées par les armées officielles et des sociétés militaires privées. Alors qu’il est indéniable que des facteurs internes déclenchent ces guerres, celles-ci sont reliées par de multiples canaux aux processus économiques et politiques mondiaux qu’on peut brièvement rappeler. L’extraction des ressources naturelles dans les pays en guerre, de même que leur transport sont très majoritairement assurés par les grands groupes pétroliers et miniers mondiaux, qui ont recours à des sociétés de sécurité privées. De plus, les flux financiers que les élites nationales capturent au cours de ces guerres sont recyclés dans les « paradis fiscaux » qui sont une composante majeure des marchés financiers internationaux, et qui sont souvent localisés dans les pays développés. Un autre canal qui connecte les guerres pour les ressources à l’espace mondial passe par les armes qui sont utilisées dans ces conflits et qui viennent en partie des grands pays producteurs d’armes. »  [14]

Ensuite, au sein même des métropoles ce phénomène de développement inégal et combiné, relègue au rang de simples variables d’ajustement. Les zones les plus pauvres et les plus exposées aux dégâts écologiques sont laissées littéralement à l’abandon, comme le montre le tragique exemple de l’ouragan Katrina aux Etats-Unis. « Qui furent les victimes de l’ouragan Katrina ? » interroge Razmig Keucheyan dans son ouvrage La nature est un champ de batailleLa réponse à cette question donne la clé du rapport entre les inégalités sociales et les catastrophes naturelles, aux États-Unis mais aussi plus généralement. Parvenir à mettre sur pied des séries statistiques solides et significatives relève en l’espèce de l’exploit scientifique, tant les informations sont lacunaires ou difficiles à obtenir auprès des autorités compétentes. »  [15]

Pour une écologie politique de classe

Comme l’a écrit Marx, le capitalisme ne se développe « qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur » [16] ; loin de constituer un « point aveugle » du marxisme, la critique des ravages produits par le capitalisme sur la Terre étaient déjà identifiés par Marx, et sa théorie fournit, plus que jamais, les clés de compréhension pour lutter contre un système de destruction voué au profit. 

Aujourd’hui, ce constat reste non seulement vrai, mais s’est encore étendu compte tenu de l’avancée du capitalisme à l’échelle mondiale et du progrès des forces productives. Le capitalisme, en temps de crise, montre ses traits les plus barbares et en revient à un mode d’accumulation que le géographe marxiste David Harvey nomme « accumulation par dépossession », en référence aux méthodes initialement développées par le capitalisme à ses origines.

Avancer vers une société rationnelle qui puisse mettre fin à la catastrophe écologique passera nécessairement par une économie planifiée, et non « plurielle » comme le soutient Jadot. En cela, le diagnostic établi il a y un siècle de cela par la révolutionnaire allemande Rosa Luxembourg reste plus que jamais d’actualité, la tyrannie de la loi de la valeur ayant étendu son emprise par-delà les frontières pour s’étendre désormais à l’ensemble du vivant : « Là où la bourgeoise est chez elle, la seule loi qui préside aux rapports économiques est celle de la libre concurrence. De ce fait, tout plan, toute organisation ont disparu de l’économie. (…) Dans l’ensemble qui ouvre les océans et les continents, ni plan ni conscience, ni réglementation ne s’affirme ; des forces aveugles, inconnues, indomptées, jouent avec le destin économique des hommes. Certes, aujourd’hui aussi, un maître tout-puissant gouverne l’humanité qui travaille : c’est le capital. Mais sa forme de gouvernement n’est pas le despotisme, c’est l’anarchie. » [17]

Comme nous venons de l’exposer, toute lutte écologique, si elle veut être conséquente, et ne pas se réduire à des « victoire » largement partielles et symboliques, devra prendre en compte l’antagonisme de classe structurel qui clive la société et adopter un stratégique conséquente : anticapitaliste, internationaliste pour en finir avec l’oppression impérialiste, et capable de prendre en charge la lutte contre l’ensemble des oppressions spécifiques. Or, des mouvements sociaux écologistes à la lutte féministes à travers le monde, en passant, à une échelle différente, par la lutte des Gilets Jaunes en France, ces mobilisations expriment le retour d’une conflictualité qui cherchent, à des degrés divers, à avancer vers une autre société.

En cela, et même si la question du vote du 26 mai n’est pas celle d’un changement radical de société, toute possibilité de défendre une perspective révolutionnaire est déterminante. Malgré nos divergences importantes, c’est en ce sens que Révolution Permanente appelle à voter pour les candidats de la liste de Lutte Ouvrière conduite par Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier, seule liste qui défend une position révolutionnaire, internationaliste pour avancer vers une société rationnelle.

Toutefois, au-delà des élections européennes, selon nous, cette tâche est inséparable de la création d’un parti qui offre des perspectives stratégiques qui transcendent les limites imposées par le cadre de la démocratie bourgeoise. C’est dans ce sens que les militants du CCR (Courant Communiste Révolutionnaire) militent au sein du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), pour la reconstruction d’un parti révolutionnaire, en vue d’avancer vers une société rationnelle organisée dans l’intérêt de tous. Car au diagnostic posé par Rosa Luxembourg il y a de ça un siècle, le remède reste le même : « Le socialisme, programme commun d’actions politiques du prolétariat international, est une nécessité historique, parce qu’il est le fruit des tendances évolutives de l’économie capitaliste ».  [18]




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