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Notre classe

Grève aux grévistes

Education. Malgré une mobilisation historique, l’intersyndicale refuse d’appeler à la grève la semaine prochaine

A la suite de l’importante journée de mobilisation de ce jeudi dans l’éducation nationale, l’intersyndicale ce vendredi n'aura pas annoncé appeler à une journée de grève et de mobilisation la semaine prochaine de façon unitaire. Une décision qui saborde le mouvement après une première manche réussie et qui fait que les directions syndicales apparaissent plus que jamais comme les courroies de transmission du gouvernement.

vendredi 14 janvier

Des manifestations dans toute la France, des rassemblements devant le rectorat, des taux de grève records partout. 62% de grévistes dans le secondaire, 81% dans les vies scolaires, 75% dans le primaire et près de 200 écoles fermées ce matin à Paris, 80% en Seine-Saint-Denis. Et avec cela le soutien de la FCPE et des parents d’élèves, qui ont organisé comme à Bobigny, parfois directement les blocages et les mobilisations. Indéniablement, la mobilisation de ce jeudi dans l’éducation nationale a été historique.

Dos au mur, Jean-Michel Blanquer a fait quelques annonces et pris jeudi soir une posture pénitente inhabituelle, reconnaissant « une journée de forte mobilisation, dont nous avons compris les tenants et les aboutissants » ainsi qu’« une fatigue » sur le terrain. Mais sur le fond, si après plusieurs heures de discussions avec les organisations syndicales de l’Enseignement, le premier ministre et Jean-Michel Blanquer sont sortis avec des engagements et des promesses pour diviser la communauté éducative et tuer dans l’œuf la mobilisation importante de jeudi, derrière les effets d’annonce rien de bien nouveau comme nous le notions alors dans nos colonnes avec un protocole sanitaire inchangé, des annonces de recrutement minimales et sur des postes précaires, et certainement pas de quoi répondre à la colère exprimée par le corps enseignant.

Pourtant les directions syndicales sans doute séduites par la promesse d’un « dialogue social » renoué après que le ministre ait promis la tenue à leur côté de réunions bimensuelles se sont d’emblée « satisfaites » de cette première rencontre. Le soir même, elles réagissaient par la voie de leurs représentants. « Il y a eu quelques avancées concrètes et le souci de nous écouter mais, sur la méthode, on jugera sur pièce », notait ainsi Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, le principal syndicat du second degré. « Après des mois de demandes, une grève record et trois heures de réunion avec le premier ministre, nous avons enfin des premières réponses sur la méthode, les protections et les moyens », abondait Stéphane Crochet, du SE-UNSA. « Les annonces qui ont été faites sont le premier signal que la parole des personnels dans cette journée d’action a été enfin entendue », estimait à son tour l’UNSA-Education.

Des prises de position qui avaient déjà interpellé à la base et parmi les personnels mobilisés. Et l’amertume risque de se renforcer, puisque réunies en intersyndicale vendredi soir, les directions ont choisi de ne pas appeler à une nouvelle journée de mobilisation et de grève la semaine prochaine de façon unitaire mais à maintenir la pression sur le ministère « selon des modalités diversifiées ». Un véritable blanc-seing accordé au gouvernement et à Blanquer et une politique à rebours d’une stratégie de construction d’un rapport de force pour imposer des protocoles sanitaires et l’injection de moyens à la hauteur de la situation et de la casse des services publics.

Si plusieurs des organisations syndicales de l’éducation nationale appellent timidement depuis à une date de mobilisation interprofessionnelles le 27 janvier prochain (notamment la CGT-éducation et la Snesup-FSU) en choisissant de ne pas appeler à la grève la semaine prochaine, celles-ci, après la mobilisation historique de jeudi, déposent l’arme au pied face au gouvernement.

De la vapeur et de la colère, il y en a. A contrario, Sud éducation appelle le 20 janvier à une journée de grève pour "battre le fer tant qu’il est chaud". Dans un contexte où, dans les faits, l’intersyndicale capitule à opposer un plan de bataille sérieux, il faut se saisir de cette date nationale pour exiger des directions syndicales un plan à la hauteur de la journée de mobilisation historique du 13 janvier. De ce point de vue, il est indispensable que les directions syndicales, au premier titre celles qui se revendiquent combatives, comme la CGT Educ’Action, se joignent à la journée du 20 janvier.

Dans le même temps, il s’agira d’œuvrer à éviter l’émiettement des dates, et de faire en sorte que les appels à la mobilisation issus des différentes AG inter-établissements, comme à Paris, Toulouse, Aubervilliers ou encore Saint-Denis, convergent pour chercher à imposer un nouveau temps fort national ce 20 janvier. C’est en l’occurrence la meilleure manière de préparer la journée du 27 janvier, dans laquelle les travailleurs de l’Éducation, en jonction avec les parents d’élèves, pourraient entraîner une dynamique interprofessionnelle large pour imposer aux directions syndicales le plan de bataille qui s’impose face à un gouvernement plus que fébrile.

Aussi, l’urgence est de massifier toutes ces Assemblées Générales pour se donner les moyens de discuter depuis la base du plan bataille le plus large possible après une journée de grève historique dans l’éducation. Ce qui fait trembler le gouvernement, c’est la possible jonction entre la colère qui s’est exprimée ce jeudi 13 janvier, et d’autres secteurs comme les soignants, mais aussi les lycéens qui pourraient jouer un rôle crucial et dont le gouvernement a peur, comme en témoignent les dispositifs répressifs extrêmement importants ce jeudi.

Alors que les directions syndicales entendent déposer l’arme au pied et se prêter au jeu des concertations bimensuelles promises par le ministre, une façon pour le gouvernement de s’appuyer sur le « dialogue social » pour refermer au plus vite cette crise politique, il est nécessaire d’exiger au contraire un plan de bataille pour renforcer le rapport de force et faire payer au gouvernement son bilan sur le plan sanitaire mais aussi dans la casse des services publics. Plus que jamais l’urgence est à la construction de cadres d’auto-organisation par en bas pour imposer aux directions syndicales et maîtriser le plan de bataille, le calendrier, et les revendications.




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