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Politique

Fin de l’Education prioritaire

Education : à Givors, deux enseignant.e.s entament une grève de la faim pour obtenir des moyens pour leur collège

Suite à la multiplication des violences dans leur établissement, Leila et Pierre, professeurs au collège Lucie Aubrac de Givors (métropole de Lyon), ont entamé une grève de la faim. Ils espèrent obtenir du rectorat des moyens supplémentaires pour pouvoir accompagner leurs élèves, ainsi que le classement de leur collège en REP +. Une démarche extrême, qui met en lumière l’état de détresse profonde dans lequel se trouvent aujourd’hui les enseignant.e.s confrontés à la réduction toujours plus drastique des moyens accordés à l’éducation prioritaire.

mardi 2 février

Photo : Manifestation du 30 janvier 2021 / Collectif Aubrac.

« La grève de la faim n’est que le reflet de ce que nous vivons au quotidien : un affaiblissement de l’école ». C’est ce que déclare Leila, enseignante d’Arts Plastiques et gréviste de la faim, dans l’une des vidéos postées par le Collectif Aubrac, qui se bat pour obtenir des moyens supplémentaires et le classement en REP + du collège Lucie Aubrac de Givors.

Confrontée à la dégradation du climat scolaire et à l’aggravation des difficultés rencontrées au sein de l’établissement, déjà classé REP (Réseau d’Education Prioritaire), l’équipe pédagogique multiplie en effet depuis 2015 les actions et recours auprès des autorités académiques, sans qu’aucune de leurs revendications n’ait jusqu’alors abouti. Il faudra attendre que quatre enseignant.e.s soient successivement victimes d’agression pour que l’inspection académique accorde du bout des lèvres au mois de janvier 2020 la création d’un deuxième poste de CPE et d’un poste d’AED dans l’établissement. Des moyens encore largement insuffisants pour répondre aux besoins des enseignant.e.s, mais surtout des élèves et de leurs familles.

« C’est pour enfants que nous cherchons des solutions »

Suite à la visite du recteur d’académie et dans l’objectif de « passer à l’étape au-dessus et frapper un grand coup ! », Leila et Pierre en ont commencé le lundi 25 janvier une grève de la faim. Organisée par les enseignant.e.s du collège Lucie Aubrac, massivement entrés en résistance, cette action « s’inscrit dans une démarche collective forte qui est ancienne », avec, au cœur, un autre projet pour leur collège que celui imposé par les mesures de plus en plus austéritaires de l’Education Nationale.

Pour les enseignant.e.s mobilisé.e.s, il ne s’agit pas d’obtenir davantage de moyens pour contrôler et réprimer les élèves au sein de leur collège, mais plutôt de pouvoir construire en commun, avec les enfants et leurs familles, un projet qui réponde aux véritables besoins du bassin. « Il nous faut du temps, il nous faut des moyens afin que les familles construisent avec nous, avec les élèves un projet pédagogique viable », déclare ainsi Leila, tandis qu’une autre enseignante du collège met en avant des revendications concrètes : « On a beaucoup parlé […] de sécurité dans nos classes. Mais nous tenons à tenir notre rôle éducatif avant tout, en ayant moins d’enfants par classe (18 à 20) […] ce qui nous permet d’être beaucoup plus disponibles pour eux, de se pencher un moment sur chacun […] en ayant plus de personnel pour les assister ».

La grève de la faim, une action révélatrice de l’extrême détresse de l’Education Nationale

Si, comme le souligne Pierre, également enseignant, la grève de la faim « peut paraître un peu excessive » ou extrême pour des « profs », elle a le mérite de rendre compte de la détresse profonde dans laquelle se trouvent aujourd’hui plongés les personnels de l’Education Nationale, mais aussi de la combattivité et de l’esprit de résistance qui persiste au sein de la profession.

Alors même que les difficultés sociales et économiques des élèves et familles les plus précaires se sont aggravées ces dernières années, les suppressions de postes s’accumulent dans l’Education Nationale. A la rentrée 2021, c’est entre 1 800 et 2 600 postes d’enseignant.e.s qui devraient être supprimés au collège et en lycée, tandis que 28 000 élèves supplémentaires sont attendus. De même, les établissements classés REP et REP + ont vu progressivement fondre les moyens supplémentaires qui leur étaient accordés et sont aujourd’hui en passe de disparaître, remplacés par des « contrats d’établissement » liés à des « projets », et non plus aux conditions socio-économiques du public accueilli. C’est ainsi des générations d’élèves et d’enseignant.e.s qui sont sacrifiées, dans le but de faire toujours plus d’économies.

Jean-Michel Blanquer, actuel ministre de l’Education Nationale, peut ainsi se vanter d’avoir fait le choix de ne pas utiliser tout le budget qui lui était alloué pour 2020, économisant ainsi plus de 200 millions d’euros sur le dos des personnels et des élèves, contraints à faire toujours plus avec toujours moins. Pour rappel, dans le même temps, le gouvernement n’a pas hésité à faire cadeau de plus de 100 milliards d’euros au grand patronat, dans le cadre d’un plan de relance qui n’a ni empêché les licenciements, ni limité les bénéfices des entreprises du CAC 40 et les dividendes des actionnaires.

L’action du collectif Aubrac met ainsi en lumière la nécessité de s’organiser dans nos établissements pour renverser la tendance et proposer un autre projet pour le service public d’éducation, qui inclue nos élèves et leurs familles, et prenne en compte leurs besoins réels. De même, cette action pose la question du rapport de force à construire pour obtenir les moyens nécessaires à l’exercice de nos métiers, dans des conditions épanouissantes tant pour les élèves que pour les personnels. La crise sanitaire doit nous inviter à prendre conscience à la fois du rôle essentiel de l’école, mais aussi des possibilités ouvertes au sein de la profession. Parce qu’elles et ils jouent un rôle central dans le fonctionnement actuel de l’économie, les enseignant.e.s doivent aujourd’hui sortir de combats isolés, pour construire massivement un rapport de force qui dépasse le cadre des journées de grève ou des actions ponctuelles.




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