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Pour dégager leurs réformes

Éducation : après le 49.3, bloquer le bac pour durcir le mouvement

Après le passage en force du gouvernement par 49.3, et alors que la colère ne désemplit pas, c’est ce lundi 20 mars que s’ouvrent les premières épreuves du Bac Blanquer. Pour inscrire activement le secteur dans la mobilisation actuelle et contribuer à l’élargissement et au durcissement du mouvement, les enseignant.e.s, lycéen.e.s et les travailleuses.eurs devraient s’emparer du blocage de l’examen national afin de faire porter leurs voix contre la retraite à 64 ans et les conditions indignes dans l’éducation.

Nina Kirmizi

20 mars 2023

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Éducation : après le 49.3, bloquer le bac pour durcir le mouvement

Crédits photos : Révolution Permanente

Bloquer le bac : la voie d’une mobilisation plus radicale de l’éducation

Depuis plusieurs semaines déjà, le monde de l’Education est massivement mobilisé contre la réforme des retraites. Avec des grèves majoritaires sur les grandes journées d’appel de mobilisation, des premières dynamiques grèves reconductibles dans de nombreux établissements, les travailleuses et travailleurs de l’Education ont montré leur volonté de peser dans la mobilisation avec des grèves majoritaires les jours d’appel de l’intersyndicale, mais aussi à se mettre en lien avec d’autres secteurs du monde du travail : soutien et blocage sur les piquets de la RATP, à l’aéroport de Roissy, devant les centres d’incinérateurs de déchets et aux côtés des éboueurs, dans les gares SNCF, sur les chantiers du Grand Paris… Mais alors que l’éducation a démontré sa disposition à lutter, force est de constater qu’elle n’a pas encore fait peser sa capacité à jouer un rôle au plan politique.

Or, avec l’examen du baccalauréat qui débute ce lundi, se pose cette perspective. Hautement symbolique et médiatiques, le blocage de ces épreuves a toujours été source de crise pour les gouvernements successifs. C’est en ce sens que, d’abord dans certaines localités, comme au sein de l’intersyndicale Education du 93 ou de l’Académie de Rennes ont, dès la semaine dernière appeler, à faire la grève des surveillances ce lundi 20 mars, jour du début des épreuves, et les journées suivantes pour empêcher qu’il se tienne. C’est également l’état d’esprit de nombreu.ses.x travailleuses.eurs de l’éducation qui, au lendemain du passage en force anti-démocratique déclenché par le recours au 49.3, manifestent leur colère et cherchent à poursuivre la mobilisation contre la réforme des retraites.

L’intersyndicale de l’Education (FSU, CGT, FO, Sud) appellent du bout des doigts à la mobilisation le jour du bac, Berger et Martinez appellent à ne pas perturber le bac

Sous pression de la base, c’est également dans ce sens qu’un communiqué intersyndical de l’Education au niveau national (FSU, CGT, FO, Sud Education) a appelé vendredi 17 mars à « poursuivre la mobilisation pendant les épreuves de spécialité, y compris par la grève des surveillances là où cela est possible ». « C’est une décision difficile, qui ne sera pas forcément majoritaire, mais le recours au 49.3 pour faire adopter la réforme est d’une violence inouïe » a déclaré Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. Pour autant, elle affirme dans le même temps que ce n’est pas un « appel au blocage » se positionnant de facto contre une jeunesse qui se mobilise ». De son côté, Jules Siran, co-secrétaire fédéral de Sud-Education, déclarait sans entrer véritablement en contradiction avec l’intersyndical que « les examens ne doivent pas être un frein à se mobiliser ».

Au final, cet appel est tardif et timoré et la réalité de la grève du bac dépend largement de la capacité d’auto-organisation des équipes enseignantes des établissements. Il reste ainsi en définitif fonctionnel à l’intersyndicale. De leurs côtés, Laurent Berger, secrétaire de la CFDT, et celle de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, adoptent une position scandaleuse en appelant « les enseignants à ne pas perturber le bac ».

En effet, alors que la mobilisation prend un nouveau tournant, l’intersyndicale nationale ne reprend pas ce mot d’ordre pourtant populaire : les organisations syndicales cherchent à « préserver le bac », à éviter les grèves les jours des examens et à détourner les enseignant.e.s de cette action qui pourrait avoir un poids non négligeable dans le contexte de colère et de mobilisation, ainsi que le reste des travailleuses.eurs qui voudraient reconduire les grèves dès le début de la semaine prochaine.

En 2019, alors que les enseignant.e.s avaient refusé de rendre leurs copies de bac et bloquaient la conduite des examens pour s’opposer à la réforme du lycée Blanquer, tous les feux médiatiques étaient pourtant portés sur la mobilisation touchant au marronnier du bac.

Le bac Blanquer : des conditions indignes pour les élèves

Depuis la rentrée 2019 et la mise en place du lycée et du bac Blanquer, les conditions d’études se sont fortement dégradées pour les lycéen.ne.s - classe surchargées à 35 élèves, baisse de moyens, disparition du groupe classe et atomisation des élèves – qui s’ajoutent aux problèmes structurels qui touchent désormais l’éducation publique : difficulté de recrutement des enseignant.e.s et prof non remplacés sur de très longue durée, baisse des moyens, manque d’accompagnement pour les élèves en handicap… À cela s’ajoute cette année, pour la première fois pour les lycéen.ne.s de terminale, les épreuves de spécialité du baccalauréat organisées en mars, avec des temps de préparation relevant de l’impossible.

Pour des conditions d’études dignes, pour refuser d’être des cobayes à examen, pour s’opposer à Parcoursup qui menace le droit à l’éducation supérieure et génère des situations extrêmement anxiogènes pour les élèves, les lycéen.ne.s ont tout intérêt à rejoindre la mobilisation des enseignant.e.s et à bloquer la tenue des examens du baccalauréat.

Des appels à bloquer le bac et à reconduire les grèves s’expriment partout… sauf dans les communiqués de l’intersyndicale nationale

Depuis plusieurs semaines, alors que de nombreux secteurs sont en grève reconductible, y compris dans le monde enseignant, l’Intersyndicale reste frileuse à appeler franchement à la poursuite de la grève. Si cette distorsion était déjà perceptible jeudi 9 mars, après les fortes mobilisations du 7 et 8 mars, elle l’est d’autant plus à ce jour. Le soir même du passage en 49.3, alors que des manifestations spontanées ont émergé dans toutes les villes de France et qu’à Paris les explosions de colère était à leur comble place de la Concorde où les manifestations se sont poursuivies tard dans la nuit, l’intersyndicale a décidé d’appeler à une nouvelle journée de grève et de manifestation le jeudi 23 mars prochain, soit dans une semaine. Pourtant le climat est électrique... Cette stratégie des journées uniques et isolées, dans la continuité du calendrier des semaines passées, ne convainc est en total décalage et apparaît manifestement comme une action volontaire pour tempérer et calmer la mobilisation, à un moment où, plus que jamais, elle embrasse la radicalité.

Au contraire de cet appel, c’est dès ce lundi, et sur les épreuves du baccalauréat qu’il faut agir. C’est dans ce sens que s’expriment les enseignant.e.s dans les Assemblées générales toujours plus nombreuses, dans les boucles mails, dans les salles des profs, dans les associations disciplinaires des enseignant.e.s, à l’image des enseignant.e.s du lycée d’Utrillo de Stains (93) qui appellent depuis une semaine à faire grève durant la journée du bac et à organiser un piquet devant leur établissement. À l’image aussi d’une grève du bac qui s’organise, à partir de l’AG education Ile-de-France, et de la mise en place d’un fichier de recensement des établissements qui se lancent dans la bataille.

Surtout, l’argument de préserver les examens du baccalauréat est un leurre dont se saisit l’intersyndicale pour temporiser les velléités de maintenir les grèves reconductibles partout où elles se sont exprimées ces dernières semaines, et particulièrement pour la semaine prochaine au lendemain du passage en 49.3, qui révèle la nature profondément autoritaire du gouvernement Macron. Les travailleurs et travailleuses en grève ne doivent en rien céder à cette injonction. Appeler à bloquer le bac de la part des enseignant.e.s et des lycéen.ne.s serait un signe de solidarité et de renforcement des mobilisations indéniables envers ses secteurs de pointe dans la lutte contre la réforme des retraite Macron-Borne. Un signe de débordement face aux centrales syndicales qui cherchent à contenir, dans le soi-disant « intérêt des lycéens », alors qu’ils ont tout à gagner à rejoindre la mobilisation en cours.


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