^

Politique

Coronavirus et propagande d'Etat

Education : le Ministère s’inquiète que la crise démontre "l’incapacité de l’Etat à protéger la population"

Dans une fiche d’accompagnement pédagogique à la reprise scolaire, publiée sur Eduscol, le Ministère de l’Education Nationale, invite ses personnels à déconstruire les discours « radicaux » des élèves sur la gestion de la crise du Covid. Plus précisément ceux utilisés pour « démontrer l’incapacité des Etats à protéger leurs populations » … autrement dit, celle du gouvernement.

mercredi 6 mai

Amendé depuis sa première version, le protocole sanitaire de reprise des écoles, devenu simple « guide » comporte de nombreux manquements : l’obligation à porter un masque pour un enseignant est désormais limitée aux cas où « les distances sociales ne pourraient pas être respectées » dans les classes, tandis que la date du 11 mai pour leur mise à disposition gratuite a disparu de la nouvelle bouture des recommandations. Comme pour les hôpitaux, auxquels certaines grandes entreprises avaient ravi les masques chirurgicaux et FFP2 disponibles dans le pays, dans les écoles, les conditions sanitaires ne semblent pas être la priorité.

En attendant les masques, les pontes du ministère ont utilisé tout leur savoir-faire pour se pencher sur un autre chantier, sûrement plus urgent aux yeux du gouvernement : à côté d’un guide sanitaire mal ficelé, on trouve une fiche pédagogique Eduscol destinée à aider les enseignants à accompagner le retour des élèves à l’école. Et parmi les points abordés, celui du « Coronavirus et des risques de replis communautaristes » dont pourraient souffrir les élèves.

Une fiche pour bâillonner la « fronde contre les mesures gouvernementales »

« Groupes radicaux », « trouble à l’ordre public », « contre-projets de société […] communautaires, autoritaires et inégalitaires », perlent les avertissements du Ministère de l’Education Nationale sans qu’on comprenne d’abord très bien le lien avec le terrible virus. Plus que le Coronavirus, c’est le fait que « la crise du Covid-19 peut être utilisée par certains pour démontrer l’incapacité de l’Etat à protéger la population et tenter de déstabiliser des individus fragilisés » qui inquiète au plus haut point le sommet de l’Etat. C’est la possibilité d’une « remise en question radicale de notre société et des valeurs républicaines », « la fronde contre les mesures gouvernementales » qui lui fait pousser des cris d’orfraie.

Le scandale des masques, la mise en évidence des violences policières, l’avalanche de mesures pro-patronales et la mise en danger de la vie de milliers de travailleurs pour les beaux yeux du profit patronal ont beau avoir été amplement révélés et étalés dans la presse. Le Ministère veut bâillonner tout récit qui pourrait le mettre en cause, tout en, comble de l’ironie se cachant derrière des pseudos valeurs démocratiques et l’attachement au « discours scientifiques ». Une opération propagande au cœur de l’école, par les personnels d’éducation, qu’il enjoint à être les soldats des « fake news » gouvernementales.

Le lexique éculé ne surprend pas. La radicalité et le communautarisme ne désignent plus seulement cette fois les musulmans, ni les black-bloc, ni les gilets jaunes, ni les syndicalistes combatifs mais tout à la fois. Et bien plus encore, tous celles et ceux qui viendraient à discréditer l’action gouvernementale, à se prendre des envies de balayer ce système économique et politique nauséabond, à ceux qui rêvent de révolution et de monde meilleur. En particulier cette jeunesse qui se prête à rêver d’un autre possible, et pourrait bien être l’étincelle de demain.




Mots-clés

Education nationale    /    Jean-Michel Blanquer   /    Education   /    Politique