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Notre classe

Témoignage

Education nationale. « On nous en demande toujours plus en nous promettant de fausses augmentations »

Révolution permanente lance une campagne de témoignages des travailleurs de l’Éducation qui depuis la rentrée subissent la mise en application des réformes Blanquer.

jeudi 2 janvier

Ce passage en force des réformes néolibérales n’a d’autres conséquences que la casse accélérée de l’éducation nationale. Face au manque de moyens, à la dégradation de leur quotidien, aux suicides des collègues comme celui de Christine Renon et maintenant au projet de reforme des retraites, nombreux sont ceux qui choisissent de démissionner. La hausse des démissions sur les 5 dernières années est totalement alarmante, particulièrement chez les enseignants-stagiaires qui choisissent de quitter l’Education Nationale avant la fin de leur première année sur le terrain. Ils sont, en 2017-2018, six fois plus nombreux qu’en 2012-2013 à avoir démissionné. Nous avons recueilli le témoignage d’un enseignant en bac pro industriel.

J’enseigne en lycée professionnel depuis une quinzaine d’années. Je suis professeur de spécialité en BAC PRO industriel et bien qu’assez jeune dans la profession, j’ai pu observer de nombreux bouleversements qui, d’après moi, n’ont qu’un seul objectif : abrutir nos jeunes pour en faire des citoyens malléables au service d’élites déconnectées de la réalité mais soucieuses de conserver leurs avantages.

Première régression : les heures d’enseignements. Nous sommes en effet passés d’un parcours scolaire en 4 ans - 2 ans de BEP puis 2 ans de BAC PRO - avec 1800h d’enseignement professionnel à un BAC PRO en 3 ans, où le BEP est passé en première, et où nous n’aurons plus - après que la réforme ait totalement été mise en place à la rentrée 2021 - que 900h d’enseignement professionnel. Et après les industriels osent dire qu’il y a un manque de main d’oeuvre ou que nos jeunes ne savent pas travailler ! On se fiche de qui ? On détruit des parcours pour favoriser le privé, ni plus ni moins.

Deuxième régression : le management. Des inspecteurs et personnels de direction aux ordres de leurs supérieurs qui nous imposent leurs directives et qui ont oublié - ou qui veulent oublier - d’où ils viennent. Eux aussi ont été nos collègues et soyons honnêtes, beaucoup de ceux qui veulent nous diriger n’arrivaient même pas à intéresser et à tenir leur classe. Pour beaucoup d’entre eux, ils ne supportaient plus les élèves, ce qui les a poussés à "évoluer".

Troisième régression : nos salaires. Soyons sérieux une minute. Nous sommes sous payés, on nous en demande toujours plus. Aujourd’hui on nous promet des fausses augmentations sous réserve que nous acceptions des missions supplémentaires. Pour ma part, j’ai déjà le sentiment de ne pas avoir suffisamment de temps pour mes élèves et là, on voudrait encore m’imposer d’autres tâches ? Savez-vous seulement M.Blanquer quel est le quotidien d’un enseignant ? Après 15 ans d’ancienneté, je travaille toujours entre 45 et 55h par semaine. Plus de la moitié de mes vacances est consacrée à la mise à jour de mes préparations, des corrections, des recherches, etc... Payé 2100€ net/mois, je suis au dessus de la moyenne en France mais j’ai un BAC +5 et si on rapporte ça au nombre d’heures travaillées, pas sûr que j’atteigne le SMIC horaire...

Alors arrêtons l’hémorragie et prenons les décisions qui s’imposent pour la réussite de nos jeunes : augmentons les heures disciplinaires et arrêtons toutes ces inepties pédagogiques comme la co-intervention, les chef d’oeuvres, etc… Et revalorisation les salaires DÈS MAINTENANT de tous les enseignants,contre toute forme de précarisation du statut d’enseignant, entre recours de plus en plus massif aux contractuels, dégradations des conditions de travail des contractuels et des titulaires, dont les enseignants et les élèves font les frais.