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Education : sur tous les fronts contre le gouvernement

Boris Lefebvre

Education : sur tous les fronts contre le gouvernement

Boris Lefebvre

L’Education nationale est mobilisée comme jamais depuis la rentrée de novembre. En crise depuis des années et connaissant un regain de combativité dans la période récente, les personnels ont montré leur détermination face au gouvernement sur tous les fronts : de l’union nationale islamophobe aux protocoles bâclés en passant par la dénonciation d’Avenir Lycéen et de la loi sécurité globale, un vent d’insubordination souffle chez les enseignantes, les enseignants et les personnels.

Union nationale et hommage bâclé : comment Blanquer a « choyé » ses profs

La rentrée de novembre s’est ouverte sous le signe de l’attentat commis contre Samuel Paty le vendredi 16 octobre, à la veille des vacances scolaires. La forte émotion suscitée par le meurtre d’un professeur de collège a immédiatement déclenché une campagne de récupération de la part d’un Blanquer en manque de popularité dans l’Education nationale après trois ans de contestation de ses réformes de Parcoursup, du lycée, du bac et de l’école de la confiance. L’union sacrée arrangeait bien le calendrier du ministre de l’Education nationale et le président Macron car le timing était parfait pour asséner l’urgente nécessité de prendre les mesures détaillées dans la Loi séparatisme. Pris en otage, les enseignants serviront de caution à un texte liberticide et ouvertement islamophobe. En somme, l’attentat contre Samuel Paty était du pain béni pour une macronie qui n’a pas hésité à verser les larmes de crocodiles qu’il fallait pour faire passer son projet de loi.

Endeuillé, le corps enseignant a préféré manifester sa solidarité en silence avec un collègue qui, à l’image de tant d’autres et notamment de Christine Renon, est mort des suites d’une défaillance de l’institution. C’est avec cet arrière fond mais aussi avec celui de la répression contre les 4 de Melle que tous ont communié, estomaqué que la liberté d’expression soit encensée sur tous les tons tandis que les enseignants qui dénoncent le mépris de l’institution, les décisions arbitraires, les burn-out et la maltraitance sont systématiquement renvoyés au silence, au tribunal ou à un problème psychologique personnel sans rapport avec l’institution. Seule l’intersyndicale se fendait d’un texte aux accents républicains, portant l’idée d’une « société unie et fraternelle » et d’une « République unie et fraternelle, diverse et respectueuse, éclairée et apte au débat démocratique », alors qu’on cherche encore où l’intersyndicale croit trouver une telle République...

Protocole au rabais contre protocole par en bas

Mais ce qui a surtout fait l’actualité de la rentrée de novembre, c’est la mise en place, ou plutôt l’absence de mise en place, du protocole sanitaire dans les établissements après l’instauration du deuxième confinement. Dès le lundi de la rentrée, les lycéens se sont emparés des réseaux sociaux pour dénoncer les conditions dans lesquelles ils avaient cours ou dans lesquelles ils devaient manger au self. Le #BonLundi dévoilait en direct sur les réseaux sociaux que le « protocole renforcé » promis par Blanquer, qui consistait essentiellement à aérer davantage les salles de cours, était une vulgaire mascarade et un déni du risque de contamination dans les lieux d’enseignement, pourtant deuxième cluster du pays derrière les entreprises. Au lycée Paul Éluard de Saint-Denis, les élèves résumait parfaitement l’urgence de la situation : « 30 dans une classe ce n’est pas normal avec le corona, nos parents sont en danger » ! La seule réponse du gouvernement a été la répression des lycéens mobilisés pour leur protection et leur santé.

Les débrayages massifs d’enseignant, ulcérés par les conditions impossibles que le gouvernement impose dans le mépris complet du danger de la pandémie, ont marqué cette rentrée et brisé l’atonie. Le rapport de force évoluant très rapidement, Blanquer lâchait du lest dès la fin de la première semaine en autorisant les demi groupes dans les lycées afin de limiter le brassage des élèves. L’expérience de plusieurs établissements, notamment dans le 93, où les enseignants ont élaboré et réussi à imposer leur propre protocole sanitaire par en bas a montré une détermination très grande, renouant avec les mobilisations contre les E3C de l’année passée. Malgré cette dynamique de raz-le-bol généralisé qui faisait fond sur la gestion catastrophique de la crise et du mépris d’une institution qui s’est servie de façon politicienne de la mort de Samuel Paty, l’intersyndicale n’a proposé qu’une journée d’action le mardi 10 novembre sans mettre en place un réel plan de bataille pour exiger encore plus de mesure et des embauches massives dans l’Education nationale. Blanquer s’en tirera à bon compte avec quelques primes symboliques et un grenelle qui va libéraliser encore plus la profession avec le recours accrus aux contractuels et statuts précaire.

Avenir Lycéen : Blanquer, le daron noir

Le calme à peine arrivé avec la mise en place partielle des demi-groupes pour lâcher du lest auprès des enseignants, et Blanquer se retrouve encore dans la tourmente à occuper les Unes des journaux. Cette fois-ci, c’est une affaire de corruption au sommet pour le « Daron noir », comme le surnomme Libération en Une de son numéro des samedi 21 et dimanche 22 novembre 2020. Blanquer est accusé d’avoir financé le syndicat Avenir Lycéen, syndicat créé en 2018 suite aux mobilisations lycéennes contre Parcoursup et totalement acquis aux réformes Blanquer. Preuve et témoignage à l’appui Libération et Mediapart livrent le récit de ce syndicat grassement financé à coup de 65 000 euros de subventions en 2019 et 30 000 euros en 2020 pour... financer un congrès de fondation qui ne verra jamais le jour. En définitive, l’argent alloué aux protégés de Blanquer sera dépensé en restaurants et hôtels de luxe sans que les différents trésoriers du syndicat fantoche n’aient jamais la main sur les finances.

Les syndicats lycéens tels que l’UNL et le MNL ont dénoncé une « propagande d’Etat » après les révélations dans la presse sur Avenir Lycéen. En interne, les langues aussi se délient et laissent voir l’ampleur de la manipulation : Clairanne Dufour, première président de Avenir Lycéen, décrit un syndicat noyauté par les Jeunes avec Macron (JAM). Et pour cause, Maxence Duprez, Nathan Monteux et de nombreux autres membres fondateurs du syndicat ont les deux casquettes à la fois et sont comme des poissons dans l’eau avec la Dgesco, Jean-Marc Huart, principal collaborateur de Blanquer au ministère. Ils ont particulièrement appuyé, avec le soutien des rectorats, la condamnation des blocus et soutenu toutes les réformes Blanquer dans le cadre du Conseil académique de la vie lycéenne (CAVL). Si Blanquer nie toute relation politique avec l’organisation pourtant à sa botte, ce n’est pas ce que racontent des membres du syndicat qui affirment qu’il leur a accordé son soutien pour la création de Avenir Education le 24 juillet dernier. La ligne de défense de Blanquer lors de son audition à l’Assemblée nationale a montré un ministre en grande détresse face à des faits accablants et qui n’ont pas fini de faire parler d’eux.

LSG, LPR, séparatisme : l’Education nationale touchée de plein fouet par la montée sécuritaire

A l’instar du cortège rassemblant les profs contre l’islamophobie en novembre 2019, le cortège parisien du NPA regroupe des profs qui dénoncent la loi sécurité globale et les effets qu’elle va avoir sur les jeunes des quartiers populaires. Les enseignants qui travaillent auprès de ces jeunes connaissent les violences et discriminations dont ils font l’objet et le danger que représente la loi sécurité globale qui donnera l’impunité la plus totale aux forces de répression. « Pour nos élèves dans les quartiers, retrait de la LSG », « Avant qu’on se prenne une balle, retrait de la loi sécurité globale » et « LSG : cette loi qui les mettra hors-la-loi en toute sécurité » affichent les pancartes et banderoles du cortège enseignant. La jeunesse étudiante est aussi présente et dénonce les violences policières qui de l’Amérique aux quartiers populaires en France fait des ravages auprès des personnes racisées.

L’urgence de cette mobilisation et son importance résonne d’autant plus fort que récemment la Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPR) vient de passer en force au Sénat. Renforçant la précarité dans l’enseignement supérieur et le poids des financements privés dans la recherche, la LPR vient compléter le volet répressif avancé dans la loi sur le séparatisme en imposant que les « libertés académiques » s’exercent dans le respect des « valeurs de la République ». Cette mesure, dans la droite ligne des propos de Blanquer sur « l’islamopho-gauchisme » dans les universités, accusé de « complicité intellectuelle » avec le terrorisme, vise à mettre au pas les universitaires et à interdire tout discours critique sur les violences racistes systémiques qui gangrènent les institutions, la police au premier chef, comme le souligne Maude Vadot de l’Université Savoie Mont Blanc de Chambéry. Dans le même temps, la LPR entend criminaliser les blocages sur les facs en instaurant une peine d’un an de prison et 7 500 € d’amende – et jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour des faits commis en réunion – pour les étudiants. Le gouvernement durcit son arsenal répressif contre la jeunesse et les universités qui se sont particulièrement mobilisées ces dernières années.

L’Education nationale, engagée depuis 2017 dans un bras de fer avec Blanquer, un ministre qui méprise ouvertement les personnels et n’hésite pas à les réprimer, constitue une caisse de résonnance et joue un rôle de révélateur des luttes qui s’annoncent dans l’ensemble de la société.

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