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Éducation : un nouveau souffle contre les réformes de Macron ?

Dans le secteur de l'éducation, la semaine a été marquée par de nombreuses actions contre les épreuves du nouveau « bac Blanquer » mais aussi contre la réforme des retraites, menées par des enseignants et des lycéens. Dans un contexte où les actions « coup de poing » se multiplient, ce sont autant de points d'appui pour donner un regain d'énergie au mouvement.

jeudi 23 janvier

 Crédit photo : O Phil Des Contrastes 

Depuis lundi 20 janvier ont lieu les épreuves du bac en contrôle continu pour les lycéens. Il s’agit d’un nouveau type d’épreuves appelées « épreuves communes en contrôle continu » (E3C) et qui font partie de réforme Blanquer. Le « bac Blanquer » avait déjà suscité une mobilisation en juin 2019 avec la grève du bac. Il revient sur le devant de la scène à l’aune du mouvement contre la réforme des retraites, qui comptait dans ses rangs de nombreux enseignants. Ces « E3C » suscitent en effet une nouvelle vague de mobilisation.

En plus de la contestation de la réforme du bac dans son ensemble, ces E3C ont été particulièrement mal préparées, déclenchant les inquiétudes et la colère des professeurs mais aussi des élèves et de leurs parents. De nombreux témoignages relaient les « ratés » de ce nouveau bac : surveillance effectuée de manière amateure, fuite des sujets, etc. Il semblerait que tout soit fait dans une grande précipitation, au détriment de la sérénité des élèves. Un des épisodes les plus tragi-comiques de cette saga : un suppléant âgé de... 83 ans a chuté et s’est blessé – légèrement – en trébuchant lors de la surveillance de ces épreuves. La co-secrétaire départementale du Syndicat national des enseignants du second degré (Snes), Anne Grandet, citée par le Huffington Post, souligne le caractère scandaleux de la situation : « Le fait que parmi les remplaçants il y ait des retraités est déjà contestable, mais après ce qui s’est passé ce matin, on pourrait croire à une blague ! (...) On est vraiment dans la 4e dimension, pour en arriver à demander à des gens de 83 ans de venir remplacer des personnels enseignants grévistes pour briser la grève, c’est incroyable ».

C’est ce qu’expriment les élèves et les profs présents au blocage du lycée Utrillo à Stains : pour Kumba, en terminale, il s’agit d’une « réforme mal organisée ». Elle précise : « c’est compliqué pour les profs, qui ne comprenant rien à la réforme. On ne leur a pas expliqué clairement, c’est flou » et par conséquent « les élèves sont stressés, ils ne savent pas ce qu’ils doivent faire ». De la même manière, une enseignante raconte : « la réforme a été mise en place de façon très désorganisée et très hâtive » et donc « on n’a pas eu le temps de préparer les élèves, on n’a pas eu le temps nous-même de nous préparer ».

Ainsi, les initiatives de blocage et de boycott se sont multipliées cette semaine dans toute la France, touchant plusieurs centaines de lycées. Parmi ceux-ci, Louis-le-Grand à Paris, le lycée Jacques Feyder d’Epinay-sur-Seine, le lycée Jules Guesde à Montpellier ce jeudi, mais aussi à Bordeaux où la CGT Energie a coupé l’électricité en soutien à trois lycées mobilisés. À Cahors, la première épreuve des E3C a été reportée au lycée Clément Marot suite à la manifstation devant l’entrée de professeurs et d’élèves. À Montauban, ce sont plus de 400 élèves et enseignants qui ont boycotté les épreuves.

À Ajaccio, dans plusieurs lycées, c’est le rectorat qui a pris la décision de « différer » les E3C, la veille du jour où elles devaient débuter. Cette annulation est une preuve de la fébrilité des services du minsitère, d’une peur de la révolte lycéenne et enseignante. Jean-Michel Blanquer assurait pourtant qu’il n’y avait « pas un climat anti-Blanquer à l’éducation nationale » qu’il s’agissait seulement d’ « effets de loupe » ou encore que les opposants constitueraient seulement quelques « secteurs radicaux » – des déclarations contredites par les faits eux-mêmes.

Le compte Twitter « Stop Bac Blanquer - Stop E3C » recense de nombreux autres lycées en lutte et qui observent des annulations d’épreuves suite à la mobilisation des enseignants et des lycéens : Lyon, Rouen, Champs sur Marne, Montgeron, Evry, Gennevilliers, Elbeuf...

Parfois la police est intervenue sur les blocages lycéens, notamment au Lycée Sainte Louise à Paris. La répression est parfois de nature administrative, notamment contre les enseignants. À titre d’exemple, le recteur de l’Académie de Toulouse a menacé d’ouvrir des procédures disciplinaires contre des enseignants grévistes.

Un nouveau souffle contre Macron et ses réformes ?

Par ailleurs, la semaine a été marquée par des « actions coup de poing » et des actions plus radicales qu’auparavant émanant de différents secteurs en lutte contre la réforme des retraites – on pense notamment aux coupures d’électricité. Les enseignants n’ont pas manqué à l’appel, non seulement dans le cadre de la lutte contre le E3C qui se couple souvent à un discours contre la réforme des retraites, mais aussi via de nombreuses actions symboliques : jets de cartables, dépôts de manuels devant les rectorats, etc.

La présence des lycéens au côté des enseignants sur ces blocages est également un signal très encourageant pour une potentielle mobilisation de la jeunesse, dans le sens des blocages lycéens contre la réforme des retraites qui avaient eu lieu dans de nombreux endroits début décembre.

Par ailleurs, les enseignants-chercheurs commencent à hausser le ton face à la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR) qui vient aggraver considérablement la précarité toujours croissante au sein de l’université. Laboratoires et départements en grève, motions, rétentions de notes… Dans plusieurs facs, la lutte des professeurs, chargés de cours et chercheurs s’amplifie de jour en jour. Cela pourrait constituer une brèche pour que les étudiants viennent grossir les rangs de la bataille contre Macron et son monde.

La tendance aux actions plus radicales couplée à l’émergence de nouvelles revendications, le regain d’énergie de la part de certains secteurs dont l’éducation, ainsi que la potentialité d’une entrée en lutte de la jeunesse sont autant de points d’appui pour redynamiser l’ensemble du mouvement après plus de 50 jours de grève et de mobilisation.




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