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Politique

Quand la com' passe avant la santé

Effets d’annonce : 8500 respirateurs produits mais inadaptés pour les patients de Covid-19

Air Liquide vient de produire en urgence 8500 respirateurs pour répondre à la crise du Covid-19. Seul bémol : les équipes de réanimations dénoncent un matériel inadapté à la prise en charge des patients atteint du Covid-19. La communication triomphale du gouvernement s'écroule.

jeudi 23 avril

« Personnellement je n’utiliserais pas un Osiris en réanimation. C’est très clair », affirme Philippe Meyer, médecin réanimateur à l’hôpital Necker de Paris. « Si vous vous en servez pour un syndrome respiratoire aigu, vous avez un risque de tuer le patient au bout de trois jours. Parce que ce n’est pas fait pour ça. Les malades du Covid-19 ne sont pas faciles à ventiler. Il faut des respirateurs performants avec des systèmes de contrôle des pressions et des volumes », renchérit Yves Rebufat, anesthésiste et réanimateur au CHU de Nantes. Ainsi, plusieurs voix parmi les personnels hospitaliers qui sont en première ligne pour gérer la pandémie de Covid-19 s’élèvent. Tous dénoncent un matériel inapproprié et livré à la hâte sans prendre en compte la gravité de la situation. Philippe Meyer résume la situation : « On a un peu l’impression qu’on a fait un effet d’annonce pour montrer qu’on était capable de produire 10 000 respirateurs ».

L’effet d’annonce était pourtant un coup attendu de la part du gouvernement. La gestion catastrophique de la pandémie, avec la pénurie de masque, les annonces contradictoires de Sibeth Ndiaye, la minimisation des dangers, le confinement tardif... devaient être compensés par un message fort de mobilisation et par une réalisation concrète qui puisse aider réellement les personnels soignants qui n’allaient pas se contenter d’être des « héros » sans qu’on relève un tant soit peu un hôpital public méthodiquement attaqué par des années de politiques néolibérales et de restrictions budgétaires.

Au début de la crise, la France comptait 5000 lits en réanimation. Trop peu pour répondre à la pandémie et à la diffusion rapide du virus et à son fort taux de létalité. Objectif du gouvernement : passer à 14 000 lits en réanimation en un temps record. Pour ce faire, il faut que l’entreprise Air Liquide Medical Systems, seule entreprise à produire des respirateurs en France, se dote de moyens à la hauteur de la commande de 10 000 respirateurs que l’État lui passe. Une coopération industrielle d’envergure est mise sur pied : PSA, Valeo et Schneider Electric vont se joindre à Air Liquide pour faire leur devoir et aider la nation. Tous les éléments d’un grand récit d’unité nationale derrière l’initiative industrielle, patronale et de l’État sont réunis pour redorer le blason du gouvernement.

Le 6 avril, la production de 8500 modèles de respirateur Osiris 3 est lancée. Ce modèle, plus facile à construire que le T60, devrait permettre de doter tous les hôpitaux en 50 jours. Pourtant, avant même le lancement de la production, le gouvernement était averti que le modèle Osiris 3 n’était pas adapté pour les patients atteint du Covid-19. Dans un Message d’Alerte Rapide Sanitaire datant du 3 avril, le modèle Osiris 3 n’est préconisé que pour les transports simples en ambulance, pas pour équiper une chambre de réanimation pendant plusieurs jours ! Yves Rebufat explique qu’« au mieux, on peut s’en servir pour transporter un patient une demi-heure pour un scanner, mais c’est le maximum qu’on puisse demander à cet appareil ».

L’enquête de la cellule investigation de Radio France révèle également que le ministère de la Santé n’a pas pris en compte les réticences formulées par la Société de réanimation de langue française (SRLF) à propos des respirateurs Osiris 3. Même son de cloche du côté de l’Association française des ingénieurs biomédicaux qui, en la personne de Valérie Moreno, sa présidente, déclare que ses deux ingénieurs présents auprès de la cellule de crise interministérielle « n’ont pas participé à la décision » de commander ces respirateurs alors que « ce n’est pas avec les ’Osiris’ qu’on va ventiler des patients Covid ».

Au final, le gouvernement se retrouve avec une commande pesant 30 millions d’euros sur les bras et un matériel inadapté pour faire face à une crise dont le bilan meurtriers est en partie dû à l’absence d’anticipation du gouvernement. Face à un tel aveu d’incompétence, comme nous le revendiquons depuis le début de la crise et comme le revendiquent et exigent plusieurs syndicats de l’aéro dont les travailleurs des Ateliers de la Haute-Garonne, il faut reconvertir la production afin de produire des respirateurs adaptés aux besoins réels de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Pour cela, comme cet exemple le montre, on ne peut pas laisser cette reconversion entre les mains des capitalistes : la production doit absolument être sous contrôle des ouvriers qui en lien avec les travailleurs de la santé garantiraient que ce qui est fabriqué soit adapté aux besoins médicaux.




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