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Politique

Crise sanitaire

Efficacité de la vaccination et lutte contre le pass sanitaire : le billet d’Anasse Kazib

Le pass sanitaire est une mesure liberticide et anti sociale que le gouvernement utilise pour se dédouaner de son absence de stratégie sanitaire. Pour autant, l’efficacité et la sûreté du vaccin, comparée aux risques du Covid, est indéniable.

vendredi 6 août

De semaine en semaine, les mobilisations contre le pass sanitaire, auxquelles j’ai participé, prennent de l’ampleur. Dans le même temps, la situation sanitaire va en s’aggravant, et la seule réponse de l’État est de mettre en place encore plus de répression, et d’essayer de faire porter le chapeau de la reprise épidémique aux non-vaccinés, pour mieux se dédouaner de son absence de stratégie sanitaire.

Il existe aujourd’hui un réel scepticisme quant à la vaccination, et pas seulement chez des anti vaccins convaincus, voire complotistes, mais chez toute une part de la population qui n’a plus aucune confiance dans la parole du gouvernement, à raison, au vue de sa gestion de la crise sanitaire jusqu’à présent. Qui se méfie également d’une industrie pharmaceutique gérée par de grands groupes qui retirent un intérêt financier de la production de vaccins. Mais sur cette méfiance légitime vient se greffer tout un courant qui propage des fake news sur l’efficacité des vaccins, qui est incontestable.

C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire un fil twitter qui revenait sur les connaissances actuelles sur le vaccin, pour répondre à tous ces doutes, ces interrogations, ces méfiances. Pour faire, au fond, un travail de pédagogie élémentaire que le gouvernement est aujourd’hui incapable de faire. Surtout, faire ce travail du point de vue d’un travailleur comme les autres, qui est inquiet de la propagation d’idées réactionnaires dans sa classe, qui est la première victime du Covid.

Avant tout, je tiens à préciser que je suis contre le pass sanitaire, mais pour une vaccination pédagogique la plus massive possible. J’ai moi-même reçu mes deux doses du vaccin Pfizer depuis mai. Au lendemain de la vaccination, j’ai eu mal au bras et de la fièvre. Mes proches sont presque tous vaccinés et n’ont pas eu de problèmes particuliers post-vaccination, soit environ 200 connaissances, militants, collègues, amis, vaccinés sans rien de plus grave à déplorer qu’une fièvre pendant deux jours. Parmi eux, certains ont reçu un vaccin Pfizer, certains ont reçu un vaccin AstraZeneca. Et parmi eux, il y a des diabétiques, des immunodéficients, des sportifs, des jeunes, des plus âgés, etc. La grande majorité d’entre eux a eu mal au bras et un peu de fatigue le lendemain, et certains, qui avaient eu un covid sévère, ont eu plus de fièvre.

Beaucoup de sceptiques de la vaccination sont en réalité mal informés, ou sont influencés par des fake news. D’autres doutent de la dangerosité même du Covid, ne l’ayant pas directement vécu, et doutent donc de la nécessité de se faire vacciner. J’ai vu le Covid au plus prêt. Mon beau-père a passé un mois en réanimation avant de mourir au CHU d’Angers, et ma cousine de 17 ans, qui était diabétique de type 1, est également morte du Covid. J’ai perdu un collègue de 40 ans. Certains de mes collègues ont même perdu leurs deux parents. Dans l’immeuble où j’habite, le Covid a emporté plusieurs voisins. Des dizaines de mes amis ont perdu un proche ou plus. Le Covid a bel et bien tué massivement, et continue à tuer, en majorité des personnes de plus de 60 ans, mais aussi des gens qui n’avaient aucun antécédent.

Sans aller jusqu’à la mort, le Covid a également des effets à long terme sur la santé des contaminés. Je connais plusieurs personnes qui ont perdu l’odorat et le goût, et qui ne l’ont pas récupéré avant plusieurs semaines. Certains ne les ont pas encore récupéré. Certains suivent des traitements contre des pathologies entraînées par le Covid, comme des myocardites ou encore des embolies pulmonaires. Tout cela marque. J’ai vu les ravages du Covid de mes propres yeux, j’ai vu le cimetière nous compter à l’entrée comme en boite de nuit, car pas plus de 20 personnes ne pouvaient assister à l’enterrement d’un proche qu’elles n’avaient pas pu voir une dernière fois avant la mise en terre, à cause du Covid.

Et la vaccination a aujourd’hui prouvé son efficacité contre ces ravages. Je vais essayer de le démontrer par les chiffres et sur des exemples concrets, en comparant la situation des pays encore peu vaccinés, et les pays où plus de 50% de la population est vaccinée, face à la nouvelle vague entraînée par le variant Delta, ou parfois par le variant Alpha, plus faible.

Commençons par les pays avec des taux de vaccination relativement faibles, par exemple la Russie, qui connaît une vague importante du variant Delta. Elle compte seulement 17,5% de vaccinés avec deux doses. Au 28 juillet, il y avait 22 420 cas de cas positifs et 798 décès en 24 heures. Au Brésil, où Bolsonaro joue pourtant le rôle d’antivax covido-sceptique en chef, on est obligé d’accélérer le rythme de la vaccination face à l’ampleur de la nouvelle vague. Avec seulement 19,7% de vaccinés, au 27 juillet, on comptait 41 000 cas et 1 333 morts en 24 heures. L’Indonésie avait jusqu’à présent été plutôt épargnée par le Covid, et le variant Delta a tout fait basculer, et le virus fait des ravages chez les jeunes. Avec un taux de vaccination complète d’à peine 7,6%, on dénombrait au 31 juillet 37 000 cas positifs et 1 800 morts en une journée.

Dans ces trois pays, où la proportion de la population vaccinée est faible, la courbe des cas positifs et la courbe des décès se suivent de très près.

Passons maintenant aux pays où la population est vaccinée à plus de 50%, qui font eux aussi face à une nouvelle vague, parfois avec des nombres de cas aussi importants que dans les pays ci-dessus. Dans ces pays, quand on regarde les courbes, on voit que la courbe des décès décroche de la courbe des cas positifs à partir de la phase de vaccination au printemps. Aux États-Unis, on comptait 68 437 cas positifs pour 375 décès seulement le 27 juillet. C’est 27 000 cas de plus que le Brésil et 1 000 morts en moins. La différence : la population étatsunienne est vaccinée avec deux doses à plus de 50%. Au Royaume-Uni, même cas de figure : le 20 juillet, au pic des courbes, le 20 juillet, on dénombrait 46 000 cas contre 96 décès. C’est 1 200 morts de moins que le Brésil, pour le même nombre de cas. 57,2% des Britanniques sont vaccinés avec deux doses.

Cet hiver, avant les grandes phases de vaccination aux États-Unis et au Royaume-Uni, la situation n’était pas la même. Aux USA, avant vaccination, pour le même nombre de cas positifs, on dénombrait 976 décès, contre 375 aujourd’hui. Au Royaume-Uni, on dénombrait 1 250 morts, contre 96 aujourd’hui.

En France aussi, la vaccination a un impact, avec 47,5% de vaccinés. Fin avril, pour 28 000 cas positifs, on déplorait 398 décès. Au 28/07, pour le même nombre de positifs, on dénombre seulement 52 morts.

Face à la nouvelle vague épidémique, la différence entre les pays vaccinés en dessous de 20% et les pays dépassant les 50% est édifiante. Si le vaccin n’arrête pas les contaminations, surtout avec le variant Delta, il sauve des vies. Les gens tombent malades, mais, avec une vaccination qui progresse, il y a de moins en moins de morts.

Aujourd’hui, la nouvelle vague affecte surtout les moins de 50 ans et les non-vaccinés. En Angleterre, sur les 80 000 cas de juin, 67% des positifs étaient non-vaccinés, 25% avaient reçu une dose, et 8% deux doses. En outre, il y a de plus en plus de cas graves chez les trentenaires.

Il n’est pas question ici de sous-estimer les possibles complications que les vaccins peuvent entraîner. Les vaccins, comme tout médicament ou toute thérapie, peuvent avoir des effets secondaires graves, dans des cas très marginaux. Le nier, c’est donner raison aux complotistes en niant l’évidence même. Cependant, ces effets secondaires graves restent très rares, et sont surtout minimes comparés aux risques du Covid. Les vaccins contre le Covid sont sans doute parmi les produits médicaux les plus surveillés de notre histoire ; ils sont distribués à échelle mondiale et des moyens sans précédents ont été débloqués pour les développer, ce qui explique pourquoi ils ont été développés si rapidement.

Il est normal de s’inquiéter de la vitesse à laquelle ils ont été développés, mais si toute la recherche médicale bénéficiait de moyens similaires, toutes les découvertes pourrait aller aussi vite ! De plus, les effets secondaires des vaccins se déclarent généralement dans les jours et les semaines qui suivent la vaccination. Aucun vaccin n’a jamais eu d’effets secondaires reconnus plus de 3 semaines après la vaccination. Aujourd’hui, au vu du nombre colossal de personnes vaccinées, et du temps passé entre les premiers tests et la vaccination plus généralisée d’aujourd’hui, on a le recul nécessaire pour affirmer avec certitude que les vaccins contre le Covid sont sûrs et efficaces.

Face à un virus qui mute et qui tue, je considère que les éléments que nous avons sur les 2,5 milliards d’êtres humains qui sont aujourd’hui vaccinés sont probants. Cela ne veut pas dire que nous devons avoir une confiance aveugle en une industrie pharmaceutique qui fait de la santé un marché comme les autres. Mais les chiffres sont là, et il faut distinguer innovation biomédicale et industrie pharmaceutique.

Le gouvernement, qui a fait primer les intérêts économiques des patrons sur la santé des travailleurs à chaque phase de la pandémie, et la propriété lucrative sur le secteur de la santé, qui fait de nos vie un objet de spéculation, sont les deux premiers responsables du scepticisme de la population envers les vaccins, voire des dérives complotistes et réactionnaires auxquelles il donne lieu.

C’est pourquoi il faut aujourd’hui lever les brevets sur les vaccins, et en finir avec la propriété lucrative sur le secteur de la santé. Les travailleurs ont fait tourner le monde aux pires moments de la pandémie, ont été le plus durement touchés, et ne doivent pas être ceux qui payent le prix de l’irrationalité de la gestion de la crise sanitaire sous le capitalisme.




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