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Effrayés par les mobilisations de la jeunesse, journalistes et politiques attaquent Greta Thunberg

Lundi dernier, Greta Thunberg, figure des mobilisations de la jeunesse pour l’environnement, rappelait aux gouvernants, lors du Sommet de l’ONU, leur responsabilité dans la crise climatique en cours. Son discours lui a valu d’être insultée par de nombreuses figures politiques françaises, éditorialistes, politiciens et même par Macron mais aussi d’être moquée par Trump.

mercredi 25 septembre

Crédit photo : AP Photo/Mary Altaffer

Un discours « radical » à l’ONU

« Comment osez-vous ? » répétait lundi Greta Thunberg, lors du Sommet de l’ONU pour le Climat, s’adressant notamment à Macron, Trump ou Bolsonaro, dans un discours massivement partagé sur les réseaux sociaux. Dans son intervention, la jeune femme a rappelé l’extrême nécessité de prendre des mesures radicales et rapides pour lutter contre la destruction de la planète et permettre à la jeunesse de pouvoir espérer un futur meilleur.

La militante suédoise a ainsi accusé l’audience de lui avoir « volé ses rêves et son enfance » avec leurs « paroles creuses ». Emue, elle s’est indignée contre des politiques uniquement animées par « l’argent » et les « contes de fées de croissance économique éternelle », alors que tous les efforts devraient se concentrer sur la souffrance engendrée par le réchauffement climatique et « les écosystèmes » qui « s’effondrent ». En outre, Greta a fait le lien entre la question de la justice climatique et celle de la justice sociale.

Un discours d’autant plus frappant qu’il a lieu quelques jours après les mobilisations massives de la jeunesse le week-end dernier, dans le monde entier. Ainsi, plus qu’une lanceuse d’alerte, Greta Thunberg apparaît comme la porte-parole de toute une génération, prise de peur face à la possibilité d’un « effondrement » du monde.

Attaques virulentes de journalistes contre Greta Thunberg

Une génération de plus en plus radicale face à l’inaction de gouvernements interpellés depuis des mois. Ainsi, en parallèle de son discours, Greta Thunberg et quinze autres jeunes ont porté plainte pour inaction climatique contre la France, le Brésil, la Turquie, l’Argentine et l’Allemagne. Des prises de positions qui ont suscitées la haine de nombreux éditorialistes et politiciens français qui ont accourus sur les plateaux télés pour l’insulter.

Ses détracteurs n’ont pas hésité à l’attaquer sur son genre, son autisme ou encore son jeune âge pour décrédibiliser son discours. Déjà la semaine dernière, Alain Finkelkraut décrivait ses propos comme « d’abstraites sommations de la parole puérile ». Suite au discours, Jordan Bardella, député du RN, a lui aussi utilisé cette stratégie sur Radio Classique, affirmant : « sa place est sur les bancs de l’école. Ses parents sont en train d’en faire une psychopathe. On ne peut pas traiter la question écologique de manière hystérique ! » Une manière de remettre en question sa légitimité à prendre la parole aux connotations clairement sexistes et psychophobes.

Bruno Retailleau a lui aussi joué sur l’accusation d’une instrumentalisation de Greta, en s’interrogeant sur BFM : « Quelle est la machine derrière ? », « Vous pensez qu’elle est arrivée à l’ONU toute seule ? ». Pour lui, le fait qu’elle accuse la France et non la Chine serait ainsi lié à une manipulation pour répondre à des intérêts supérieurs. Ici, par-delà les interrogations saines que l’on pourrait avoir sur la trajectoire de Greta Thunberg, l’attaque vise clairement à dénier à la jeunesse toute capacité à se battre pour ses propres idées, alors même que des centaines de milliers de jeunes sortent dans les rues pour dénoncer l’inaction des gouvernements.

Mais d’autres journalistes vont plus loin comme Ivan Rioufol du Figaro qui, sur CNEWS, a expliqué : « Elle est porteuse d’une idéologie universaliste. Elle ne supporte pas la contradiction, ça nous rappelle quelque chose quand on a vécu le communisme ou le nazisme. Je vous mets en garde contre son idéologie totalitaire. » De même, sur BFM était organisé un débat sur le thème : « Greta Thunberg, Ange ou Démon », dans lequel la journaliste d’extrême-droite Charlotte d’Ornellas reprenait cette comparaison : « Le seul acte qu’ait posé cette fille, c’est de ne plus aller à l’école et d’encourager toute la jeunesse à faire pareil. La question de l’embrigadement se pose, comme avec les embrigadements d’autres totalitarismes. »

Une analogie totalement outrancière qui en dit long sur la panique créée par l’intervention de Greta à l’ONU. En effet, cette volonté de pointer le fanatisme ou la folie de la militante écolo n’est pas anodine. Elle est un moyen de répondre au danger que représente, pour les intérêts des classes dominantes, la radicalisation du discours de la jeune femme qui devient plus virulente face à l’inconséquence persistante des gouvernements capitalistes. Une radicalité qui fait d’autant plus peur, qu’elle entraine derrière elle toute une jeunesse qui s’engage pour la première fois.

Derrière les journalistes, des gouvernements paniqués face aux mobilisations

Mais les membres des gouvernements ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de remettre en cause Greta. Farouche adversaire de l’écologie, Donald Trump a ainsi choisi de tweeter ironiquement : « Elle a l’air d’une jeune femme très heureuse qui regarde vers un avenir merveilleux et souriant. Tellement agréable à regarder ! », en réponse à son discours.

En France, Brune Poirson, qui cherchait pourtant jusque-là à se faire passer pour une alliée de la jeunesse et remerciait Greta lors de son discours à l’Assemblée, a déclaré « Greta mobilise avec du désespoir et la haine des autres », l’accusant de ne pas apporter de solution. Pour Jean Michel Blanquer, Greta « en fait trop » alors que la France est une « locomotive sur les questions climatiques. »

Emmanuel Macron a lui aussi réagi au discours de Greta Thunberg. Malgré sa posture de leader sur l’écologie, il s’est indigné contre la plainte déposée contre la France, affirmant que « toutes les mobilisations de notre jeunesse ou des moins jeunes sont utiles. Mais il faut qu’elles se concentrent maintenant sur ceux qui sont le plus loin, ceux qui essaient de bloquer. Je n’ai pas le sentiment que le gouvernement français ou le gouvernement allemand, aujourd’hui, sont en train de bloquer » et accusant Greta d’avoir des positions trop radicales qui pourraient « antagoniser notre société ».

Une réponse qui exprime bien l’hypocrisie du « j’ai changé » d’Emmanuel Macron, et de la conviction écologique du gouvernement. En effet, le capitalisme vert qu’incarne Macron est incapable d’apporter des solutions à la hauteur de l’urgence climatique, et, comme le négationnisme de Trump ou de Bolsonaro, vise la défense d’un système fondamentalement productiviste et mortifère.

Or, dans la jeunesse, le sentiment que gouvernements et grandes entreprises sont un obstacle à la mise en œuvre d’un projet de société écologique commence progressivement à émerger. Ainsi, si le mouvement actuel pour le climat est une mobilisation historique, dont témoignent les manifestations du week-end dans le monde, elles pourraient venir alimenter l’antagonisme qui effraie tant les dominants, celui qui les oppose à la majorité de la société, exploitée, opprimée.

En France, l’idée d’un tel « tous ensemble » commence à se concrétiser, que ce soit entre les écolos et les Gilets jaunes qui ont convergé ce samedi, mais aussi entre différents secteurs du mouvement ouvrier, les écolos et la jeunesse contre les retraites et le gouvernement.




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