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Société

Ehpad. 5 morts suite à une intoxication alimentaire, nouveau scandale pour Korian

Ce lundi, cinq personnes sont décédées dans un Ehpad du groupe Korian des suites d'une intoxication alimentaire. Le géant Korian avait déjà été secoué par un scandale au sujet du rationnement de la nourriture dans ses établissements il y a peu de temps.

lundi 1er avril

Le diner incriminé livré une semaine auparavant ?

Dimanche soir, des résidents de l’EHPAD “La Chêneraie” situé à Lherm en Haute-Garonne, semblent avoir été victime d’une intoxication alimentaire. Dans un premier communiqué de presse, la Préfecture du département faisait état de “15 personnes en urgence relative” et de quatre morts. Aux alentours de 10H30, un second bilan implique qu’une “5ème personne est décédée ce matin”. Les cinq victimes étaient toutes atteintes d’Alzheimer. Sur l’antenne de BFMTV, la sous-préfète de Saint-Gaudens, Marie-Paule Demiguel déclare que "la vice-procureur de la République a engagé des investigations et a souhaité que les cuisines soient sous scellées”.

En effet plusieurs proches des victimes ont assuré que les diners mis en cause auraient été livrés une semaine avant, le dimanche précédent.

Alain Lapeyre, fils d’Antoinette, une des personnes décédées, témoigne pour Le Parisien : « Les conditions s’étaient dégradées. Lors d’une visite, je l’ai trouvée dans sa chambre fermée à clé, avec aucun professionnel à son étage. On nous a toujours dit que les repas étaient faits sur place, mais j’ai appris ce matin par le médecin traitant qu’ils avaient été livrés. Cet hébergement nous coûte 3000 euros par mois. C’est inadmissible ».

Le groupe Korian : géant de la maltraitance

Le groupe Korian dément ces accusations et assure que la nourriture était préparée sur place. Cependant ce n’est pas la première fois que ce géant est au coeur d’un scandale au sujet de la nourriture servie dans ses établissements. En effet chez Korian, leader européen des maisons de retraite possédant 830 établissements, le manque de personnel et de moyens, dicté par une logique du profit est la norme. Alors que Korian se targue de servir des mets d’un haut niveau gastronomique, il y a un an un enquête révélait que le groupe consacrait en réalité moins de 5 euros par jour et par retraité pour les repas. En octobre 2017, nous avions ainsi relayé dans un article le témoignage d’un cuisinier du groupe Korian. Pour le moins révélateur, il livrait ainsi des observations déroutantes dans son interview pour “Pièces à conviction” : “On a un budget à respecter, donc les consignes sont d’essayer de respecter le prix de revient journalier au centime près. Ce prix de revient, c’est pas lourd. Ça va de 4,27 à 4,35 euros maximum. Journalier : avec ce montant-là, on fait petit-déjeuner, déjeuner, goûter, dîner. Pour une personne. 4,35 euros, c’est vraiment dérisoire”. Avant de conclure : “Voilà comme on fait pour rapporter de l’argent aux actionnaires.”

Les Ehpad privés ou le marché des retraités

A la rubrique “Faits divers” dans de nombreux journaux, ce drame reste un “fait” éminemment politique. La situation dans ces établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes est dénoncée comme alarmante depuis longtemps déjà et les malheurs ne cessent de s’y succéder les uns aux autres. En cause, le manque criant de personnels et de moyens, dans les Ehpad publics comme privés. Comme insistait un édito du journal Le Monde il y a un plus d’un an : “Ce déséquilibre conduit les personnels à accomplir les tâches quotidiennes de base à la chaîne, reléguant le lien humain à l’accessoire. La dégradation des conditions de travail génère des taux d’accidents du travail et d’absentéisme aberrants par rapport aux autres métiers de la santé.”

Et ces témoignages alarmants sont nombreux. Le 2 janvier sur France 3, Christine Renato, infirmière dans un EHPAD déclarait : “vous vous retrouvez à quatre pour faire la toilette de 50 personnes. On vous dit : Vous êtes en situation, débrouillez-vous. Pour les repas ? Ça va être le souci, parce qu’il va falloir choisir celui qui va manger chaud, celui qui va manger froid, parce qu’on ne pourra pas s’occuper de tout le monde en même temps”. Des conditions de travail précaires, qui touchent physiquement mais aussi psychologiquement les personnes âgées comme le personnel de ces établissements. En janvier dernier, une salariée d’un l’Ehpad dans le Puy-de-Dôme s’était suicidée. En avril 2018, une infirmière d’un Ehpad de Seine-Maritime faisait une tentative de suicide au sein même de l’établissement.

Le 30 janvier 2018, ces situations explosives avaient suscité une mobilisation et une grève pour “davantage de moyens humains pour plus de dignité”. Dans une dépêche, l’AFP indiquait “qu’en 2017, une centaine de grèves dans des Ehpad ont été recensées”. Dernièrement, dans le mouvement des gilets jaunes, de nombreuses voix d’infirmières et de travailleuses notamment dans les EHPAD s’étaient élevées, et avaient été accueillies par de nombreux soutiens.

Crédits photo : Le Télégramme




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