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Jeunesse

Élections à Paris 8. Malgré un scrutin frauduleux, le Poing Levé s’installe à l’université

Du 9 au 11 février, les étudiant.e.s de Paris 8 élisaient leurs représentant.e.s étudiant.e.s. Lors de la campagne, de nombreuses irrégularités ont été constatées et témoignent du caractère profondément anti-démocratique du système universitaire. Malgré cela, avec près de 500 voix, le collectif le Poing Levé s’impose comme une force incontournable, seulement 6 mois après sa création sur l’université.

mercredi 17 février

Crédit photo : site de l’université Paris 8

C’est dans une situation terrible pour les étudiant.e.s, après plus d’une année de crise économique et sanitaire qui a généralisé la misère et plongé les jeunes dans une grave détresse à la fois matérielle et psychologique, que les élections de l’université Paris 8 se sont tenues. Cette misère touche particulièrement les étudiant.e.s de Paris 8 dont 50% sont des étudiants boursiers et 28% sont des étudiant.e.s étranger.e.s qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire et économique. Il y a quelques jours encore avait lieu une distribution de colis alimentaires où des dizaines d’étudiant.e.s ont fait la queue pour récupérer de quoi se nourrir.

Rupture d’égalité des listes, usurpation d’identités et personnes élues à leur insu, retour sur un scrutin frauduleux

À cette situation de précarité sans précédent s’est ajoutée une énième preuve de l’anti-démocratie universitaire à Paris 8. La campagne électorale de l’université a été émaillée de graves irrégularités témoignant du fonctionnement profondément opaque et anti-démocratique du système universitaire.

Ainsi, la liste "solidarité étudiante" a bénéficié de l’envoi de mails supplémentaires à des milliers d’adresses personnelles étudiantes les jours d’élections par des instances des l’université appelant à voter pour eux, foulant aux pieds l’équité du scrutin et le rendant foncièrement inégalitaire. Par ailleurs, un.e ou plusieurs étudiant.e.s ont été inscrit.e.s sur des listes à leur insu, une étudiante ayant même été élue au conseil d’administration pour la liste de l’UNEF, alors qu’elle n’avait même pas candidaté ni eu de liens avec des militants du syndicat depuis des mois.

Ces fraudes se jouent notamment sur fond d’enjeux troubles pour l’élection par les membres du conseil d’administration de la prochaine présidence de l’université. Lors des dernières élections des conseils centraux, il y avait déjà eu des entraves importantes au débat, et une des listes s’était alors vu condamner l’accès à son local de campagne.

Ces pratiques sont rendues possibles et encouragées par une organisation totalement trouble du scrutin, et un système très opaque et anti-démocratique au sein de l’université auquel le collectif Le Poing Levé va désormais s’attaquer ! Les résultats de l’élection ne peuvent pas être considérés comme fiables compte tenu des éléments cités précédemment, et alors qu’une des élues s’est vu usurper son identité et est censé siéger sans même avoir candidaté. Alors que les étudiant.e.s subissent la précarité, l’isolement, et le décrochage scolaire, le système soi-disant « démocratique » de l’université révèle son caractère profondément bureaucratique ! Face à ces pratiques, les militant.es du collectif du Poing Levé tâcherons de rendre les décisions prises dans les conseils et leur fonctionnement transparents.

Malgré cette absence profonde de démocratie dans l’université, les résultats (provisoires si jamais le scrutin venait à être annulé) viennent rebattre les cartes de la représentation étudiante dans les conseils. L’UNEF a réalisé un score historiquement bas, avec 638 voix au Conseil d’Administration et 654 voix à la CFVU sur environ 2000 votants, contre 80% des voix aux élections précédentes. La direction du syndicat étudiant, qui a fait preuve dans ce scrutin de ses pratiques scandaleuses, perd donc avec ces élections un bastion important. La liste Solidarité étudiante, elle, composée du syndicat Solidaires, de l’UEC et de RUSF Paris 8, arrive en tête, avec près de 900 voix aux deux conseils, dans les conditions troubles mentionnées précédemment

Malgré tout, Le Poing Levé s’installe comme une force incontournable à l’université

Malgré tout, le collectif Le Poing Levé est parvenu à obtenir 496 voix au Conseil d’Administration, soit 25% des votants ! Le Poing Levé, collectif d’extrême-gauche animé par des militant.e.s du NPA-Révolution Permanente, s’impose comme la nouvelle force politique incontournable de l’université.

Si nous avons réussi à obtenir 25% des suffrages, c’est bien grâce à une campagne dynamique ancrée dans la réalité de la situation étudiante aujourd’hui. Mais ce résultat est aussi le fruit de notre implication et de notre rôle dans la vie politique de l’université et des derniers grands épisodes de luttes, comme la mobilisation contre l’augmentation des frais d’inscription des étudiant.e.s étranger.e.s en 2018, ou la bataille contre la réforme des retraites l’année dernière. Malgré un scrutin entaché par les magouilles électoralistes, nous accueillons ces résultats avec une grande fierté, car si nous militons à l’université depuis des années, le collectif Le Poing Levé Paris 8 n’existe quant à lui que depuis 6 mois.

Comme nous n’avons eu de cesse de le répéter lors de notre campagne, nous n’avons pas d’illusions quant aux conseils centraux, anti-démocratiques dans leur composition avec 8 personnalités extérieures nommées, dont un patron de multinationale. C’est par la mobilisation, dans la rue, aux côtés du monde du travail et de tou.te.s les opprimé.e.sque nous réussirons à construire un rapport de force capable d’imposer nos revendications. Durant la campagne, nous avons porté l’importance de construire une large mobilisation étudiante, dans la continuité des mobilisations qui ont émaillé la jeunesse ces derniers mois et dans le cadre d’un rapport de forces qui se joue avant tout hors des conseils et au delà des murs de l’université, aux côtés du monde du travail.

Dans un contexte de crise économique d’ampleur, et où les patrons licencient à tour de bras, avec plus de 800 PSE en France depuis mars 2020 et plus de 250 millions d’emplois à temps plein supprimés en 2020, nous pensons qu’il est primordial de lutter avec les travailleur.ses qui se battent également contre les mesures anti-sociales du gouvernement et du patronat. Les licenciements d’aujourd’hui sont le chômage des jeunes de demain, et c’est pourquoi il est indispensable d’exiger aux côtés du mouvement ouvrier l’interdiction des licenciements. Durant la campagne, nous avons mis en avant les liens tissés avec les raffineurs de Grandpuits qui se battent contre les suppression d’emplois que veut leur imposer le géant pollueur Total. Le combat ne fait que commencer pour que les jeunes et les travailleur.s.es n’aient pas à payer la crise.

Face au mal-être grandissant de la jeunesse, nous luttons pour que l’université puisse réellement rouvrir ses portes, ce qui passe par exiger un investissement massif dans l’Enseignement supérieur et le système public de santé, à l’inverse des milliards d’euros de cadeaux offerts au patronat par le gouvernement. Le Poing Levé revendique également la mise en place d’un revenu étudiant à la hauteur du SMIC, sans distinction de nationalité, pour que personne n’ait à choisir entre étudier et manger. Cette mesure pourrait être financée par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes.

Pour endiguer la détresse psychologique grandissante dans la jeunesse, nous luttons pour l’embauche massive de psychologues et la gratuité des soins psychologiques. Enfin, nous luttons pour qu’aucun.e étudiant.e ne soit rejeté des bancs de l’université, la fin de toutes les mesures sélectives, la gratuité de l’enseignement pour toutes et tous et notamment pour les étudiants étrangers, et pour la régularisation de tou.te.s les sans-papiers, pour qu’une carte étudiante donne automatiquement accès à un titre de séjour.

Comme nous n’avons cessé de le répéter durant notre campagne, voter pour des représentant.es dans les conseils est loin d’être suffisant. Il s’agit désormais de transformer la dynamique de cette campagne électorale du Poing Levé en véritable force militante. Nous pensons que tous les jeunes qui ont mené la campagne avec nous et tous ceux qui ont voté pour nous, et plus largement tous les jeunes qui se sont mobilisés ces derniers mois et ces dernières années contre la précarité étudiante, doivent s’organiser pour que la jeunesse ne paye pas la crise.

Par ailleurs, nous pensons que le combat contre l’aggravation des conditions de vie des étudiants dépasse l’enceinte de l’université, et doit se lier à la jeunesse qui s’est battue contre les violences policières, le racisme et les lois liberticides ces derniers mois, mais aussi contre les violences faites aux femmes et contre la crise écologique.

En bref, Le Poing Levé se battra aux côtés de tout.e.s les exploité.e.s et tout.e.s les opprimé.e.s, contre le monde que le gouvernement et les capitalistes nous proposent, et pour une université et une société débarrassée de l’exploitation et de l’oppression. C’est pourquoi nous invitons l’ensemble des étudiant.e.s qui se sont investi.e.s dans cette campagne à rejoindre notre collectif, à nous contacter et à continuer à défendre une perspective de mobilisation étudiante aux côtés du monde du travail, pour une sortie de crise anticapitaliste et révolutionnaire.




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