^

Monde

Élections en Côte d’Ivoire : violences et répressions par des « escadrons de la mort »

Depuis le mois d'août, de violents heurts avec la police ont lieu en Côte d'Ivoire, en réaction à la candidature très controversée du président actuel, Alassane Ouattara. Des « escadrons de la mort » dévastent les villages et tuent leurs opposants, espérant déstabiliser un processus électoral qualifié d'anticonstitutionnel. Une instabilité politique renforcée en grande mesure par l'impérialisme français.

samedi 31 octobre

crédit photo : AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

La violence, symptômes des élections controversées

Samedi 31 octobre auront lieu les élections en Côte d’Ivoire dans lesquelles le président Alassane Ouattara se représente pour un troisième mandat controversé. En effet, la constitution ivoirienne ne permet pas à un candidat de se représenter pour un troisième mandat, cependant Alassane Outtara s’appuie sur la nouvelle constitution de 2016 qui lui aurait permit de « remettre les compteurs à zéro ». S’il avait annoncé en mars 2020 ne pas se représenter, la mort de son dauphin, le premier ministre Amadou Gon Coulibaly en août 2020, l’a poussé à revenir sur cette décision.

Ainsi, de nombreux habitants se placent comme opposants à cette nouvelle candidature, encouragés notamment par Henri Konan Bédié (président de 1993 à 1999) qui revendique un boycott actif des élections. Selon Jeune Afrique, lors d’une conférence de presse conjointe avec l’ex-président, Pascal Affi N’Guessan pousse ses militants à « empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin et à mettre en application le mot d’ordre du boycott actif par tous les moyens légaux à leur disposition afin que le pouvoir actuel consente à convoquer l’ensemble des forces politiques nationales [pour] trouver des solutions acceptables ».

A Daoukra, une ville du centre-est du pays et bastion de l’ancien président et candidat Henri Konan Bédié, des jeunes ont cherché à bloquer les principales routes pour montrer leur hostilité aux élections anticonstitutionnelles. Motos brûlées, pavés lancés, ces mouvements mènent à de violents heurts avec la police. Depuis août et le début des révoltes, ce sont 30 personnes qui sont décédées lors des violences pré-électorales.

Par ailleurs, ces affrontements sont amplifiés par la pré-existence des affrontements inter-communautaires qui subsistent en Côte d’Ivoire. Un article de Médiapart décrit le degrés de violence atteint par le mouvement. Des « escadrons de la morts » s’organisent pour venir réprimer les populations qui s’opposent ouvertement à Alassane Ouattara. Dans la petite ville de Kpass, à 45 kilomètres à l’ouest d’Abidjan, un groupe violent est venu mettre le feu à l’école après l’avoir pillée et brisé les conduits d’eau. Sur le chemin, ils se sont permis de saccager une dizaine de maisonnettes de fonction, appartenants aux professeurs. Si de nombreux enseignants ont réussi à fuir en sauvant les plus jeunes, certains n’ont pas survécu. Un adolescent fut retrouvé, à une centaine de mètres de l’école, agonisant avec les intestins détruits par des balles de calibre 12 et la boîte crânienne ouverte en deux. Il a succombé à ses blessures avant d’arriver à l’hôpital.

Ce genre d’attaques n’est pas isolée, et dans l’incertitude, elles renforcent les clivages entre les communautés dont la méfiance les uns envers les autres ne fait que croître. Un habitant de Kpass déclare, un peu à l’écart : « On avait fait barrage contre un troisième mandat […] Mais on ne veut pas le dire, on a peur que ça recommence. Les Adjoukrous ont été attaqués mais les Dioulas, les Nigériens et les Burkinabés, ils ne les ont pas touchés. Ce sont les représailles des Dioulas qui soutiennent Ouattara. Ce sont eux ! ». Cependant un autre témoignage récolté par Médiapart déclare : « Tout ça, c’est de la manipulation, les gens qui nous attaquent ne sont pas des gens d’ici, ce ne sont pas nos frères. J’ai jamais vu des gars comme ça. C’est pas une blague. On essaye de nous monter les uns contre les autres pour qu’on s’affronte entre communautés […] Il faut qu’on garde la tête froide. » De fait, l’origine de ces attaques reste très floue mais elles n’en sont pas moins dévastatrices et ne font qu’accroître les clivages entre communautés. Les habitants ont peur, Boni King, directrice d’une radio locale, déclare avoir stoppé tous les programmes pendant un mois par peur d’un quiproquo initiateur d’une attaque.

Un homme d’église qui raconte une attaque s’étonne en disant ceci : « Le territoire de l’église a été violé, par des jeunes qui étaient pratiquement escortés par la police, on n’a pas compris : comment peut-on laisser des gens armés de machettes, dépasser le centre-ville, sans être empêchés ? ». Ces « escadrons de la mort » ont une origine qui reste inconnue, leurs conséquences sont, au contraire, biens visibles. Le fameux « diviser pour mieux régner » est parfaitement appliqué ici.

Ces mouvements de révolte et toute la répression qui s’en suit rappelle les mobilisations de 2011 lors de l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara. Le président sortant, Laurent Gbagbo, refusait d’accepter sa défaite et de passer le pouvoir. Les affrontements avaient provoqué la mort de 3000 personnes, sous les yeux de l’armée française et de l’ONU. Les élections sont, depuis plus de 10 ans, toujours difficiles et majoritairement remises en cause par les habitants. Mais surtout, c’est un exemple criant du comportement impérialiste de la France envers la Côte d’Ivoire.

Derrière la mascarade électorale, les intérêts impérialistes de la France

Si Alassane Ouattara peut se permettre de candidater une troisième fois de manière anticonstitutionnelle c’est qu’il est un bon pion pour les pays impérialistes comme la France. Économiste au FMI dans les années 90, il a fait de nombreuses réformes structurelles ouvrant les marchés aux investisseurs étrangers. Son arrivée au pouvoir accélère et accentue le tournant ultra-libéral du gouvernement et permet un repositionnement de l’impérialisme français. En effet, la dette ivoirienne avait été évincée à 95% pour aider les anciens employés FMI à restaurer la stabilité économique. Alassane Ouattare se base donc sur l’endettement et la privatisation des filières de cacao et de l’eau ainsi que l’ouverture aux entreprises étrangères pour relancer l’économie.

De plus, Alasanne Ouattara est connu pour être ami de Nicolas Sarkozy, et notons qu’Emmanuel Macron a fêté son anniversaire en Côte d’Ivoire en décembre 2019, en pleine grève des transports en France. Les relations sont donc très étroites et le gouvernement français n’a rien à gagner à s’opposer à cette troisième candidature.

Si Alassane Ouattara ne parvenait pas conserver le pouvoir, et quelque soit les résultats de l’élection, un autre prendrait sa place et serait toujours dans les petits papiers des gouvernements impérialistes. En ce sens, la mobilisation des jeunes, des travailleurs ivoiriens et des secteurs populaires contre ces élections anticonstitutionnelles, en toute indépendance des partis alliés au régime, est la clé afin de remettre en cause la main mise de l’impérialisme français sur le pays, et de lutter contre les exactions commises par les groupes paraétatiques en vue de déstabiliser le processus électoral.




Mots-clés

côte d’ivoire   /    Impérialisme   /    Afrique   /    Françafrique   /    Monde