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Monde

Une coalition de gouvernement incertaine

Elections espagnoles. Les sociaux-libéraux l’emportent mais la profonde crise du régime demeure

Les sociaux-libéraux remportent les élections en Espagne mais la crise du régime de la transition de 1978 est loin d'être fermée. Bien au contraire, ces élections en sont une nouvelle expression.

lundi 29 avril

Au lendemain des élections générales, c’est la fragmentation politique qui l’emporte en Espagne. Dans ce contexte les hypothèses concernant l’alliance qui permettra au PSOE de gouverner restent ouvertes, et la perspective d’un gouvernement PSOE-Unidas Podemos demeure incertaine.

Un paysage politique fragmenté

Les résultats des élections ont mis en avant un paysage politique espagnol très fragmenté qui laisse encore planer des éléments d’incertitude sur l’alliance de gouvernement à même de permettre d’élire un premier ministre.

Avec 123 sièges, les sociaux-libéraux du PSOE sortent vainqueurs de l’élection mais sans majorité absolue. Si Unidas Podemos (UP, coalition électorale entre Podemos, Izquierda Unida et les écologistes d’Equo) s’effondre par rapport aux dernières élections de 2016, passant de 71 à 42 députés, une alliance entre les deux forces reste l’option la plus probable, même si elle demeure incertaine.

A droite, les résultats sont marqués par l’effondrement du PP, la progression de Ciudadanos (le « Podemos de droite ») et l’entrée fracassante de Vox (extrême-droite) au Parlement. La stratégie du Parti Populaire, emmené par Pablo Casado, qui a opéré un virage à droite pour empêcher la fuite des électeurs en direction de l’extrême-droite de Vox dans le sillage du 1-O (le référendum sur l’indépendance de la Catalogne qui a eu lieu le 1er Octobre 2017), n’a pas permis d’éviter cette chute.

En effet, alors que le centre de gravité de la droite espagnole s’est déplacé vers la droite sous le coup de la poussée réactionnaire qui a fait face au mouvement d’auto-détermination en Catalogne, le PP s’est trouvé pris en étau entre Ciudadanos (centre-droit droitisé) qui le talonne avec 57 sièges, et Vox (extrême-droite) qui fait son entrée au Parlement avec 24 sièges.

Si le résultat de Vox reste en deçà de l’espoir du parti de devenir la troisième force du pays, ce retour de l’extrême-droite est d’autant plus marquant que Vox, mis à l’écart des débats télévisés, n’a pas bénéficié de la même exposition médiatique que les autres candidats lors de la campagne. Malgré tout, ces scores ne permettent pas à la droite d’envisager de former le bloc des « trois droites » espéré.

Enfin, ce sont les partis indépendantistes qui sortent gagnants de ces élections. Avec 15 sièges, ERC devient la première force en Catalogne pour la première fois devant les socialistes, et dépasse son rival de Junts per Catalunya qui en obtient 7. Les indépendantistes catalans dont les leaders sont en prison (Oriol Junqueras d’ERC) ou en exil (Puigdemont de Junts per Cat) se retrouvent ainsi en tête des votes dans un contexte de très forte mobilisation électorale avec près de 78% de participation en Catalogne. Au Pays-Basque les partis nationalistes emportent 10 des 18 sièges, avec 6 sièges pour le PNV (autonomiste de centre-droit) et 4 sièges pour EH Bildu (indépendantiste de gauche).

Un gouvernement PSOE-Unidas Podemos ? Une perspective encore incertaine

Si l’alliance entre le PSOE et Unidas Podemos reste le scénario le plus probable, les premières annonces post-élections indiquent une volonté nette du PSOE de gouverner seul, écartant ainsi la perspective d’un gouvernement de coalition. De quoi doucher les espoirs de Unidas Podemos qui a depuis plusieurs années parié sur un tel gouvernement, et qui a joué depuis l’arrivée de Pedro Sanchez au pouvoir le rôle de « ministre sans portefeuille ».

Carmen Calvo, vice-présidente du gouvernement a ainsi annoncé ce matin que le PSOE comptait gouverner avec 123 députés et a remercié Podemos pour le soutien qu’ils ont accordé au gouvernement de Pedro Sanchez depuis 10 mois, tout en soulignant que cette formule restait valable après les élections. Les négociations avec la formation violette s’annoncent donc plus compliquées que prévues, et la perspective d’un gouvernement du PSOE pourrait constituer un véritable camouflet pour Podemos, cantonné à un rôle de soutien parlementaire.

Par ailleurs, une telle alliance reste conditionnée au fait de trouver d’autres alliés afin d’atteindre l’objectif de 176 députés permettant d’obtenir une majorité absolue. Même si le bloc PSOE-UP, qui compte déjà sur l’appui très probable du PNV, réussit à agréger les voix de Compromis, du Partido Regionalista de Cantabria ou encore de Coalicion Canaria, il devra trouver une voix supplémentaire pour obtenir les 176 voix requises.

Une situation qui pourrait impliquer d’aller draguer les indépendantistes catalans avec lesquels le PSOE, qui a soutenu l’activation de l’article 155 de la Constitution, n’est pas en bon terme. Pour rappel, les élections générales sont le produit direct de l’incapacité du PSOE à trouver un accord avec les indépendantistes catalans. En février dernier, les quelques concessions du PSOE aux indépendantistes catalans n’avaient pas suffit à obtenir leur soutien pour le vote du budget 2019, dont le rejet a conduit à la convocation des élections d’hier.

Ainsi, du côté de Junts per Catalunya, Carles Puigdemont a assuré durant la campagne qu’il ne soutiendrait aucun candidat. Du côté de ERC, les perspectives semblent en revanche moins tranchées. Des voix à l’intérieur du parti ont notamment confié à El Confidencial que l’organisation entendait empêcher une alliance entre le PSOE et Ciudadanos, devenu violemment nationaliste ces derniers mois. ERC pourrait donc négocier avec le PSOE son soutien, mais à quelles conditions ? Le PSOE a maintes fois démontré qu’il entendait garantir la Constitution de 1978 et n’est prêt à accorder que des concessions superficielles aux catalans, tandis que ERC pourrait se mettre en porte-à-faux avec sa base en soutenant le PSOE. Par ailleurs, un dirigeant du PSOE, José Luis Abalos, a affirmé ce matin à Telecinco que le parti écartait l’hypothèse de chercher l’appui d’ERC. De son côté, Carmen Calvo a insisté à nouveau ce matin sur le refus total de la part du PSOE d’un référendum d’autodétermination.

En l’absence d’un tel compromis, la possibilité d’une alliance entre le PSOE et Ciudadanos reste ouverte même si elle demeure peu probable au vu des positions revendiquées par le PSOE lors de la campagne, mais aussi de la position de Ciudadanos. Ce matin, le secrétaire général de Ciudadanos, José Manuel Villegas, a expliqué qu’il s’assiéra à la table des négociations mais que les décisions sont déjà prises : « Sanchez a décidé de gouverner avec Podemos et nous d’aller dans l’opposition ». Une formule qui sous-estime peut-être les difficultés que pourrait rencontre le PSOE ou un gouvernement d’alliance PSOE-Podemos pour obtenir une majorité absolue, mais qui s’inscrit dans la volonté de Ciudadanos de continuer à capitaliser l’espace ouvert à droite par le déclin du PP et la réaction à la poussée indépendantiste.




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