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Politique

Elections en ligne de mire

Elections européennes : Macron veut rejouer la stratégie des présidentielles pour sortir premier

Tout le monde l’a compris, Macron n’a qu’une idée en tête, se remettre en selle à l’occasion des européennes. Pariant sur l’idée que l’épisode des gilets jaunes va se refermer sans laisser de trace, il escompte profiter de l’émiettement de l’échiquier politique pour apparaître victorieux aux élections le 26 mai prochain…

mercredi 27 février

Photo : REUTERS/Vincent Kessler

Se positionner sur tous les fronts

Même si une relative embellie peut faire penser à Macron qu’il a échappé au pire, il lui reste suffisamment de lucidité pour savoir que son quinquennat est bâti sur des sables mouvants et qu’il lui faut construire de toutes parts murs, digues et refuges s’il veut, à l’avenir, tenir le choc contre de probables nouvelles tempêtes. Deux tactiques conjuguées pour soutenir cette stratégie : d’un côté, en finir avec tout ce qui bouge et fait figure de colère sociale et de lutte de classe organisée, et de l’autre, récupérer les groupes et individus libérés sur le marché électoral par la décomposition des organisations politiques traditionnelles.

Pour le volet liquidation des mouvements d’opposition de gauche et de lutte des classes, il a annoncé la couleur durant ces derniers jours et d’abord en menaçant ceux qui voudraient manifester parmi et aux côtés des gilets jaunes. Sans s’attaquer ouvertement au droit de manifester « comme certains le lui demandent », il prévient que tout participant à une manifestation « violente » sera considéré comme complice des « casseurs ». On connaît le sort qui a été réservé à Christophe Dettinger ou Eric Drouet, désormais ce pourrait donc être potentiellement le sort de tout manifestant.e.

Il envisage, par ailleurs, de dissoudre les groupes d’extrême-droite, ce qui n’est pas sans évoquer de Gaulle qui, après les évènements de mai 68, avait publié un décret de dissolution s’appuyant sur la loi de 1936 sur « les groupes de combat et les milices privées » dont le résultat avait été la dissolution d’une seule organisation d’extrême droite, Occident, ressuscitée ensuite sous le nom « d’Ordre Nouveau », et de 11 organisations d’extrême gauche !

Simultanément, et pour faire bonne mesure, la ministre du travail soutient la judiciarisation de l’exercice du droit syndical mettant en procès des représentants syndicaux en lutte comme ceux de la Poste. Avec comme dernier avatar de cette politique, la révocation de Yann Le Merrer, postier et syndicaliste Sud PTT, décision antérieurement invalidée par le tribunal de Cergy Pontoise, mais aujourd’hui entérinée par la Cour d’appel de Versailles où la précédente décision de justice vient d’être retoquée.

Un sacré arsenal contre ceux qui, à gauche, gilets jaunes ou gilets rouges, osent affronter le gouvernement.

Pour le volet récupération électorale, le chef de l’exécutif enchaîne les marathons. D’abord le grand débat dont chacun voit bien désormais qu’il n’a que faire de répondre aux attentes des gilets jaunes mais sert tout bonnement de tribune pour la campagne électorale d’un Macron soucieux de récupérer les corps intermédiaires et d’en faire une base électorale.

Puis, c’est la campagne d’union nationale contre l’antisionisme, confondu à dessein, avec l’antisémitisme, qui lui sert d’opportunité pour se constituer un certain nombre de soutiens électoraux. C’est, encore cette semaine, le marathon de 14 heures 40 passées au salon de l’agriculture pour reconquérir les couches rurales qui avaient largement manifesté leur hostilité au salon de 2018.
Bref, ratisser large pour ramasser toutes les miettes.

Une victoire probable, mais minable

Tous ces efforts conjugués sont destinés évidemment à assurer une victoire des listes LREM aux européennes. Macron cherche à gratter le maximum de voix par un coup de barre à droite et une cour effrénée à tout ce qui peut venir remplir les urnes à son avantage.

Il n’en demeure pas moins que si la victoire de LREM aux élections européennes est probable, elle n’aura rien de glorieux ni surtout de solide. Les derniers sondages du jour donnent un taux d’abstention à 70%, ce qui fait qu’aucune formation politique n’aurait un score supérieur à 8% des inscrits. Si l’on ramène les % aux votants, c’est LREM qui arrive en tête avec 22% d’intentions de vote, suivie, à une assez bonne distance, par le RN. Aucune formation de gauche ou « à la gauche de la gauche » ne faisant plus de 8%, pas même la France Insoumise qui ferait juste 8%.

Si un très fort taux d’abstention est assuré, comme aux présidentielles, il est cependant probable que l’effet « Macron plutôt que Marine Le Pen » soit moins net. D’abord parce que nombre de ceux qui avaient, à gauche, voté pour « le moins pire » ont largement déchanté, mais aussi parce que l’OPA de l’extrême droite sur le mouvement des Gilets Jaunes a échoué.

Au démarrage du mouvement, certains ont pu penser qu’il allait profiter à Marine Le Pen et à l’extrême droite en général. Ce pronostic a été largement démenti dans les faits. D’une part, parce que la présence des idées d’extrême droite au sein du mouvement a été délibérément grossie par le gouvernement pour le discréditer, d’autre part parce que, au fil des semaines, le mouvement a pris un caractère de plus en plus « gauche », jusqu’à appeler de ses vœux, la grève générale et la jonction avec les gilets rouges. Cette évolution a d’ailleurs été suffisamment nette pour que des représentants de l’extrême droite énoncent que c’était peine perdue de croire prendre la tête du mouvement et qu’il valait mieux y renoncer.

La situation politique apparaît donc très semblable, bien qu’encore moins favorable pour Macron, à celle qui prévalait au moment des présidentielles. Malgré les coups de boutoir portés par les Gilets Jaunes et en accumulant efforts et gesticulations, il se maintient tout juste. Sa stratégie répond donc à la conscience qu’il a de ne disposer ni d’une base sociale étendue, ni de ressources importantes en personnel politique, d’autant que ses lieutenants sautent ou partent les uns après les autres. Il sait qu’il continuera à être « un président par défaut » et il l’assume.

Un avenir mouvant sur fond d’instabilité

Le mouvement des Gilets jaune qui continue, ou d’autres qui le prolongeront n’ont pas dit leur dernier mot. Macron élu ou pas, la colère sociale contre la politique en faveur des riches et du Medef, ne passe pas. Par ailleurs, la décomposition des organisations politiques traditionnelles, à droite comme à gauche, demeure entière. La fin de l’alternance gauche/droite qui a représenté une forme de stabilité institutionnelle durant des décennies ouvre une crise politique majeure.
Dans ce contexte, le mouvement des Gilets jaunes apparaît comme l’expression historique des dégâts sociaux causés par plusieurs années de néolibéralisme et du discrédit des institutions, partis et organisations qui les ont portés ou n’ont pas su les combattre.

Le dialogue social, que Macron tentera sans doute de reconstituer comme l’une des digues à mettre en place pour contenir de nouveaux risques socio-politiques, risque d’être très peu efficace avec des « partenaires » dont les Gilets Jaunes ne sont pas les seuls à douter mais dont les comportements, durant les dernières semaines, ont largement questionné les rangs des militants syndicaux et politiques eux-mêmes.
Macron peut sans doute être à peu près rassuré sur son score électoral mais devrait se faire beaucoup de souci pour les jours politiques qui l’attendent dans les semaines et mois à venir, face à des révoltes et des luttes qui risquent d’être difficiles à endiguer.




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