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Elections présidentielles en Bolivie : entre rumeurs de fraude et militarisation

Après de grandes mobilisations pendant le confinement contre le report des élections par le gouvernement mis en place après le coup d’Etat contre Evo Morales, le premier tour des élections présidentielles en Bolivie aura lieu le 18 octobre. Dans ce climat de croissante polarisation sociale et politique, pour les travailleurs, la solution ne viendra ni de la droite ni de la "gauche", mais doivent discuter de la manière de construire leur propre outil politique.

lundi 5 octobre

Depuis le coup d’Etat contre Evo Morales, président et candidat du MAS (Mouvement Au Socialisme), en novembre de l’année dernière, suite à une suspicion de fraude dans les élections par l’OEA et soutenue par la droite bolivienne et les militaires, une crise politique traverse la Bolivie. Une décision qui a été par ailleurs très soutenue par les Etats Unis notamment pour effrayer le Venezuela et Cuba, ouvrant ainsi la voie à une droite réactionnaire en Bolivie.

Avec Jeanine Añez, autoproclamée présidente après le coup d’Etat avec sa célèbre phrase de « La Bible est de retour dans le Palais Présidentiel », une vague de contestations ont bouleversés les rues de Bolivie avec des slogans comme « Maintenant, oui, guerre civile » ou même « Camacho, Mesa, on veut vos têtes ». Des manifestations qui bloquaient des axes routiers, des écoles et des commerces, et organisées surtout par les communautés indigènes qui ne souffrent pas seulement du putsch mais aussi du racisme structurel de la bourgeoisie de Bolivie. Des communautés par ailleurs très organisées à travers des Assemblées Générales d’auto-défense notamment en réponse à la repressions féroce subie lors des manifestations.

Des mouvements qui se voulaient massifs mais qui ont été affaiblis par le même Evo Morales, qui a fait un tweet pour demander à « son peuple » de maintenir la paix et ne pas sombrer dans la violences et appel au dialogue entre les opposants. Une logique très commune des populistes de gauche : il faut pactiser et dialoguer avec la droite.

En plein confinement : des révoltes reviennent dans les rues de Bolivie

Pendant le confinement, le gouvernement putschiste a perdu de manière importante sa légitimité. Ce sont de nombreux boliviens qui n’ont pas accès à l’eau courante notamment dans la zone sud de Cochabamba où les populations doivent acheter de l’eau potable et ou se laver les mains devient un luxe, ce qui exacerbe d’autant plus la pauvreté dans les zones les plus précaires. En effet, une grande partie de la population est en travail informel et se sont retrouvés sans aucun moyen de subsistance pendant le confinement.

Un autre facteur important de la colère des boliviens a été la gestion autoritaire du gouvernement avec un confinement militarisé et le passage en force de décrets liberticides comme celui qui facilite l’utilisation des OGM, un projet de loi très contesté par les communautés autochtones ainsi qu’un décret qui intimide les journalistes notamment qui pénalisait la "désinformation" sur le covid-19 ou l’"incitation" à violer les mesures sanitaires. Ce dernier a dû être annulé car il représentait une attaque totale et très évidente à la liberté d’expression qui attaque en vérité les journalistes qui critiqueraient le gouvernement. A cela s’ajoute le fait que le gouvernement a dépensé l’argent, censé être investit dans le secteur de la santé pendant le confinement, pour renforcer le financement des banques et grandes entreprises et rejette le projet de loi qui empêcherait les licenciements pendant la crise sanitaire.

Mais la colère a fini par exploser après le report des élections présidentielles sous prétexte de la crise sanitaire, alors qu’en vérité le gouvernement craint la grande défaite de la droite qui se voulait le sauveur du peuple bolivien et profite du confinement pour criminaliser les MAS avec une demande de mis en examen d’Evo en l’accusant de terrorisme. Pendant le confinement des manifestations massives ont été organisées en bafouant le confinement militarisé mis en place. Sous pression de la population pour que de nouvelles élections aient lieu, le gouvernement n’a pas eu d’autre choix que de fixer le 18 octobre comme date pour les élections mais il demande "pour garantir la démocratie" aux militaires et à la police de collaborer avec le tribunal électoral. Une décision qui pourrait avoir la conséquence inverse et provoquer une fraude électorale.

Crainte d’une grande défaite de la droite : la droite bolivienne recule

Avec le nouveau sondage publié par la « Fundación Jubileo » qui annonce que la présidente putschiste et candidate pour les élections, Añez, compte seulement 10% des votes - contre 40,3% du candidat du MAS (parti de l’ancien président de Bolivie), en le plaçant en premier lieu- décide de renoncer sa candidature pour « défendre la démocratie » (ironique vu qu’elle a soutenu un coup d’Etat) et pouvoir unifier la droite. Notamment pour donner une opportunité à Carlos Mesa de Comunidad Ciudadana, parti de centre droite, qui se retrouve en deuxième place dans le sondage avec 26,2%. Cependant, même avec une unité de la droite, leur sort reste incertain.

Une autre raison derrière ce renoncement est que la « Defensoria del Pueblo boliviana » vient de dénoncer des violations des droits humains suite au coup d’Etat notamment en pointant du doigt l’implication de la police Bolivienne, les forces armées et le ministère publique dans les massacres de Sacaba et Senkata.
Cependant, la gauche d’Evo Morales, quoique sympathisante avec les communautés indigènes et paysannes, ne fait que coopter les mouvements sociaux en désarmant la population face aux attaques de la droite et reste très indulgent avec les grandes entreprises de l’agrobusiness notamment à travers des accords conclus en 2018, comme la loi de l’éthanol qui permettait de produire de l’éthanol avec des aliments dans un pays qui a le niveau le plus haut de famine. Permettant ainsi aux entreprises de maintenir un pouvoir écologique, politique et social dans le pays.

C’est ainsi que la Bolivie, mais aussi toute l’Amérique Latine, ouvre la période électorale, sous une crise politique où les ravages de l’impérialisme commencent à se sentir plus que jamais et où le futur scenario de millions de travailleurs. Une région qui était déjà la plus inégalitaire au monde mais que la crise n’a fait que mettre cet aspect au premier plan.

Quand les travailleurs traversent la famine, le chômage et la peur ; pour qui votent-ils alors que les grands partis ne font que s’affaiblir avec des scandales de corruption et processus judiciaires et quand toutes les possibilités n’offrent que la perpétuation de leurs conditions de vie. La crédibilité des populistes de gauche et de droite se voit affaiblie et le scepticisme et colère des populations ne fait qu’augmenter.

En tout cas, les perspectives pour le prochain gouvernement s’annoncent difficiles, car il ne confrontera pas seulement une profonde instabilité politique produit de cette polarisation social, sinon le scénario que propose cette crise économique.
En Bolivie, la conscience de classe s’accélère à travers toutes ces mobilisations car elle commence à comprendre que c’est dans la rue qu’il faut lutter. Cependant, pour aller plus loin il est nécessaire de récupérer les organisations syndicales et toutes les instances d’auto-organisation pour impulser la coordination de l’ensemble des secteurs dans la lutte. Et de commencer ainsi à discuter et de construire ensemble un outil politique anticapitaliste et révolutionnaire. Parce que ce n’est pas à travers le populisme de gauche d’Evo qui pacte avec les capitalistes, qu’on aura ce dont on a besoin, mais en imposant nos besoins au-dessus des intérêts capitalistes et en devenant une véritable opposition contre cette droite réactionnaire.




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