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En Afrique aussi, la forêt brûle : Macron n’éteindra pas l’incendie avec un tweet

Les incendies en Afrique centrale, sans être totalement comparables aux incendies en Amazonie ont toutefois en commun leur source : l’impérialisme des grandes nations capitalistes et la surexploitation des ressources naturelles (pas de mention dans les tweets de l’Élysée).

mercredi 28 août

Sur une carte satellite publiée par la NASA il y a quelques jours, une grosse tâche en rouge, qui couvre près d’un cinquième du continent africain, montre l’ampleur des incendies qui font rage depuis trois jours au RDC et en Angola. Pendant des siècles, la région a connu de nombreux incendies, dont aucun n’a – jusqu’à aujourd’hui – représenté une réelle menace pour l’écosystème. Certains survenaient naturellement pendant la saison sèche, d’autres étaient allumés volontairement par les fermiers pour dégager les terrains et améliorer le rendement des cultures. Aujourd’hui cependant, à cause de la hausse des températures, de la sécheresse et des pratiques industrielles, les experts alarment sur le risque que les incendies se propagent et détruisent la deuxième plus grande forêt tropicale au monde.

Irène Betoko, de Greenpace Kinshasa avertit dans un entretien avec le New York Times sur le risque planant : « Si le feu prend dans la forêt tropicale dans le Bassin du Congo, ce sera pire qu’en Amérique du Sud ». Les gouvernements de la région ne sont en effet pas aussi équipés que les gouvernements d’Amérique du Sud pour faire face à un incendie de forêt tropicale.

Les incendies en Afrique centrale, sans être totalement comparables aux incendies en Amazonie – ces derniers sont en train de ravager la forêt tropicale, alors qu’en Afrique centrale ils brulent principalement de la savane, à la bordure des forêts tropicales – ont toutefois en commun leur source ; l’impérialisme des grandes nations capitalistes et la surexploitation des ressources naturelles (pas de mention dans les tweets de l’Élysée).

Sous la pression des médias, et peut-être aussi de la déclaration de Bolsonaro qui a refusé hier l’aide financière de 20 millions d’euros dans une manœuvre populiste, invitant Macron à s’occuper de ses propres colonies, l’Élysée a annoncé hier dans un tweet la possibilité d’une initiative similaire à celle proposée pour l’Amazonie, afin de venir en aide aux pays d’Afrique centrale.

Sans parler des deux jours qu’il a fallu au président pour réagir via un tweet à la situation, son semblant de réponse (aucun mesure concrète n’a été mise en œuvre à l’heure actuelle pour venir en aide au pays d’Afrique centrale) ne saurait occulter la responsabilité du gouvernement français dans l’incendie qui menace de ravager la forêt tropicale.

A l’instar de la situation en Amazonie, les incendies en RDC et en Angola ne sont ni plus ni moins que le résultat de décennies de politiques impérialistes, néolibérales d’exploitation des ressources naturelles. La situation témoigne du paradoxe des réponses apportées par Macron et les gouvernements des nations capitalistes, et pose la question de la stratégie face à l’urgence écologique, ouvrant la voie de la lutte de classes ouvrière par-delà les frontières.

L’impérialisme des grandes puissances capitalistes

En effet, les premiers touchés par la catastrophe seraient les 40 millions de Congolais qui vivent autour et à l’intérieur des forêts. Celles-ci représentent une ressource vitale pour la population locale qui dépend largement des territoires forestiers fertiles pour vivre.

La forêt toutefois, fait l’objet d’une exploitation abusive, qui met en danger ce poumon de la planète. « Échec total du système » : le dernier rapport de Global Witness laisse présager la gravité de la situation. En cause l’entreprise européenne Norsudtimber, plus grand propriétaire forestier du Congolais, qui selon l’ONG, aurait exploité le bois en dehors des périmètres de la concession. Également en cause un programme porté par l’Agence Française du Développement (AFD) à hauteur de 6 millions de dollars US qui soutient l’expansion de l’exploitation forestière en RDC, en violation de la stratégie nationale de lutte contre la déforestation adoptée par la RDC en 2012.

Ce programme n’apportera un soutien à nul autre que Norsudtimber, et générer 35 millions de tonnes d’émissions de CO2 supplémentaires par an, accélérant ainsi le réchauffement climatique et donc les incendies.

Le commerce du bois en RDC représente environ 87,1 millions d’euros, et les principaux destinataires sont la France et les Etats-Unis. Face aux intérêts financiers colossaux derrière ce commerce, les réponses apportées par les gouvernements isont au mieux impuissantes, comme la loi RBUE en vigueur depuis 2013 dans l’UE. La loi introduit une obligation pour les importateurs et exploitants forestiers européens de s’assurer de la légalité du bois. Mais sur une période de six mois en 2017, la France, l’un des principaux importateurs de bois tropical en Europe, n’aurait imposé aucune sanction auprès d’entreprises, selon Guinée 28.

Macron ne pourra pas faire oublier donc, que c’est sous son gouvernement néolibéral que l’AFD finance au tiers Norsudtimber, l’entreprise responsable de l’exploitation abusive de la forêt centre-africaine, sous couvert d’apporter une durabilité environnementale aux forêts tropicales et un développement aux populations autochtones. La théorie de la gestion durable des forêts, dont Macron fait partie des adeptes, postule sans preuve scientifique que l’exploitation forestière profite effectivement aux communautés locales. Pour bénéficier d’un accès aux services de santé et d’éducation, la population se voit contrainte d’accepter l’exploitation des forêts dont elles dépendent pour leur subsistance.

On peut craindre qu’au pire, que l’aide financière à laquelle l’Elysée fait allusion dans ses tweets résulte en énième cadeau aux entreprises forestières, au nom de la théorie loin d’être scientifiquement prouvée de la « gestion durable de forêts ».

Les promesses de Macron ne font pas illusion ; c’est sa politique néolibérale, à lui et aux nations capitalistes, qui est à la source des incendies qui ravagent la forêt d’Afrique centrale, menace la survie des populations locales, et contribue au changement climatique. Ni un tweet, ni une aide financière hypocrite ne sauront cacher cette réalité. Pour répondre à la crise environnementale, il faudra la mobilisation de la classe ouvrière internationale, première en ligne dans la lutte contre l’exploitation abusive des ressources naturelles.

Crédits photo : © AFP




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