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A Berlin et Leipzig, des milliers de personnes sortent dans la rue contre la vie chère

Des premières manifestations contre la vie chère ont eu lieu en Allemagne, alors que l’inflation pourrait atteindre les 10 % d’ici la fin de l’année. C’est une évidence, pour ne pas subir un hiver froid, il va falloir un automne chaud.

mercredi 7 septembre

Face à l’inflation record en Allemagne et à une situation qui mène à l’appauvrissement de vastes couches de la population, des premières manifestations ont eu lieu en Allemagne ce lundi 5 septembre. 5000 personnes ont manifesté à Leipzig, tandis qu’à Berlin, plus de 1000 personnes se sont rassemblées devant le siège fédéral des Verts (qui co-gouvernent avec les socialistes et les libéraux) pour manifester contre la taxe sur le gaz et la hausse des prix. Le gouvernement de coalition, à côté d’un paquet de mesure d’aide aux ménages, a en effet surtout mis en place, à l’initiative de Christian Lindner, le très libéral ministre des finances, une taxe payée par les ménages pour renflouer les géants de l’énergie.

Pour le mois d’août, le taux d’inflation en Allemagne est estimé à 7,9% d’après l’Office Fédéral de Statistiques. Une inflation due notamment à la flambée des prix de l’énergie. En effet depuis le mois de juin, le gouvernement allemand a déclenché un « niveau d’alerte » sur l’approvisionnement en gaz : en tant que plus grand importateur de gaz russe en Europe, l’Allemagne se retrouve en grande difficulté. Des pans entiers des classes populaires vont voir leur niveau de vie drastiquement baisser et beaucoup ne pourront tout simplement pas se chauffer.

Naturellement, le patronat allemand veille à profiter de la situation pour que l’augmentation des prix rogne les salaires. Un état de fait couvert par la puissante bureaucratie des syndicats allemands, comme cela a été le cas lors de la grève des dockers.

Un plan à 65 milliards pour ne pas faire payer les capitalistes

Mais le gouvernement de coalition social-libéral-écolo dirigé par Olaf Scholz, avec une forte assise dans la jeunesse notamment, se doit de donner quelques gages pour faire passer la pilule. Le gouvernement allemand a ainsi mis en place un plan d’aides de 65 milliards d’euros, destiné aux ménages, mais aussi aux entreprises. Ce paquet d’aides comprend des versements directs à la population. Un paiement unique de 300 euros pour les retraités, 200 euros pour les étudiants, 415 euros d’allocation de chauffage pour les bénéficiaires de l’aide au logement, un rajout de 50€ pour les bénéficiaires du chômage et une courte rallonge sur les allocations familiales. Ce paquet d’aides est la troisième d’une série d’aides exceptionnelles cherchant à alléger la facture énergétique des ménages. En juin, le fameux « 9-Euros Ticket » avait également été mis en place : pour 9 euros par mois, il donnait accès à l’ensemble des trains régionaux et des transports urbains pour l’ensemble de l’Allemagne. Avec des résultats importants sur le terrain écologique : on estime que l’émission d’1,8 millions de tonnes de CO2 aurait été évitée cet été. Mais le gouvernement a sifflé le fin de la récré, et le ticket à 9 euros a été la première mesure à être enterrée.

Ces mesures sont ponctuelles et, à l’image du ticket à 9 euros, n’ont pas vocation à être maintenus plus longtemps que ne dure l’effet d’annonce. Dans les prochains mois, ces versements uniques (certes plus élevés qu’en France) seront bouffés par une inflation qui pourrait atteindre les 10 % d’ici la fin de l’année.

D’autant que le gouvernement de Scholz a tenu à rappeler que l’argent en tombe pas du ciel, et qu’il faudrait bien payer la facture d’une manière ou d’une autre. C’est le sens de la nouvelle taxe sur le gaz de Lindner et du mot d’ordre du gouvernement « avoir froid pour la paix » (Frieren für den Frieden). Dans la même veine, les ministres Verts, les bons potes écolo des patrons allemands, font campagne dans les médias pour criminaliser la population. Robert Habeck affirme ainsi qu’il n’a jamais de sa vie pris une douche de plus de 5 minutes, tandis que Kretschmann, président du Baden-Würtemberg incite à se laver au gant de toilette…

Mais qu’en est-il des profits pharamineux dégagés par l’industrie allemande et les grands Konzerne de l’énergie ? A l’image de ses homologues européens, Scholz a bien promis de taxer légèrement les profits supplémentaires liés à l’inflation, mais d’accord avec Macron, il remet ça à plus tard à un accord européen. De la même manière, le gouvernement reste extrêmement flou sur le blocage des prix de l’électricité. Un mécanisme devrait être mis en place pour qu’une certaine quantité d’électricité puisse être achetée à prix réduit… et le surplus à un prix « normal », c’est-à-dire extrêmement cher. Si le gouvernement reste évasif sur le blocage des prix de l’électricité, il est carrément silencieux sur celui du gaz !

Et ce plan pourrait bien être le dernier. Après avoir débloqué 100 milliards d’euros pour l’armée, le social-libéral Scholz prévient que ces aides ne doivent pas contrevenir à l’orthodoxie budgétaire. Cela signifie que les coupes budgétaires devront se faire ailleurs. Certainement dans les secteurs de la protection du climat, de l’éducation, de la santé etc. Ce plan de secours n’est donc que l’annonce d’une politique d’austérité à venir de la part du gouvernement allemand.

La réponse est dans la rue et dans les grèves

Ainsi, les manifestants ont bien compris que ce troisième plan n’offre aucune perspective réelle pour les travailleurs et les classes populaires allemandes. Tout juste de quoi rendre la situation un peu moins intenable pour quelques semaines ou mois, sans jamais faire reposer cet effort sur les capitalistes qui se remplissent les poches.

Face à l’inflation, il faut un réel plan d’urgence : la nationalisation des secteurs énergétiques sous contrôle des travailleurs, le blocage des prix, l’augmentation des salaires et des prestations sociales ainsi que leur indexation sur l’inflation. Cela implique de s’opposer fermement au militarisme du gouvernement allemand qui investit 100 milliards pour son réarmement.

Et cela implique que les syndicats et les organisations du mouvement social rompent avec le gouvernement. De même pour Die Linke, qui appelle d’un côté à des manifestations, mais co-gouverne dans plusieurs Länder avec le SPD. Le 5 septembre, des manifestations de droite, très « poutinophile » et nationaliste, avaient également lieu contre la vie chère avaient lieu. A Berlin, comme à Leipzig, les militants de l’AfD (Alternativ für Deutschland, parti d’extrême droite nationaliste) ont vite compris qu’ils n’étaient pas les bienvenus. Mais il est évident aujourd’hui qu’une course-contre-la-montre a lieu pour savoir qui de l’extrême droite ou du mouvement ouvrier dirigera les mobilisations contre la vie chère.

Les grèves ne manqueront pas en Allemagne, avec la perspective de plusieurs négociations de convention collective dans les semaines à venir, dans la métallurgie, l’électricité ou encore dans le secteur public. Les bureaucraties syndicales tenteront d’isoler ces mobilisations les unes des autres, voire laisseront les capitalistes imposer leurs « obligations de paix » (terme juridique pour l’interdiction des grèves lors de négociations entre le patronat et les syndicats).

Comme l’affirment nos camarades de l’Organisation Internationaliste Révolutionnaire (RIO) : « nous, les travailleurs, les étudiants et tous les autres, devons nous allier et faire grève contre la guerre et la crise. Ce n’est qu’en luttant ensemble et en nous unissant que nous pourrons nous opposer à l’offensive des capitalistes. »



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