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En Egypte, Macron accuse les Gilets Jaunes d’être responsables de la répression

Dans un discours en Egypte, évoquant pour la première fois les morts en marge du mouvement, Macron n'a pas seulement exonéré les forces de l'ordre de toute responsabilité dans la répression violente envers les manifestations, il en a aussi rendu responsables les Gilets jaunes eux-mêmes.

lundi 28 janvier

Les forces de l’ordre ont pris un poids considérable depuis la mobilisation des Gilets Jaunes, se révélant être une institution centrale, un pilier de la Vème république. A tel point que les forces de répression ont été massivement délégitimées pour avoir engendré de nombreuses blessures graves, allant jusqu’à l’éborgnement et la mutilation.

Aussi, en adressant un long hommage depuis l’Egypte à leur action, Emmanuel Macron leur présente un gage de soutien politique déterminant dans une période où les forces de répression, surmobilisés, commencent à entrer en surchauffe. Plus encore, il s’agit, pour le gouvernement après un nouveau samedi marqué par des violences policières, notamment contre Jerome Rodrigues, figure des Gilets Jaunes, de renverser l’accusation de violence et de la renvoyer aux Gilets jaunes, qui seraient, en dernière analyse, responsables des violences qui s’abattent sur eux.

Dans son discours célébrant le « professionnalisme » des forces de l’ordre, Macron s’est réjoui du fait qu’« en France, il est permis de s’exprimer librement », et qu’aucune manifestation de « gilets jaunes » n’avaient « jamais été interdite ». Un propos mensonger, compte tenu du nombre d’arrêtés préfectoraux qui ont interdit les rassemblements dans plusieurs villes. Plus encore, si formellement le droit de manifester n’a pas été remis en cause en tant que tel – même si la loi anti-casseurs revient de plus en plus sur ce droit conquis –, dans la réalité, la répression massive, les interpellations préventives généralisées, les tactiques d’intimidation policières et médiatiques ; bref, la militarisation de l’ordre public ont participé à limiter ce droit. Quant au fait de « s’exprimer librement », on voit aujourd’hui ce qu’il en coûte, des manifestants ayant par exemple été interpellés pour avoir « appelé à l’émeute » par des policiers, comme le relate un témoignage relayé par Révolution Permanente.

Aussi, lorsque Macron félicite donc ses forces de l’ordre, jugeant l’usage de la force « proportionné », il accuse directement les Gilets Jaunes d’être responsables du niveau de violence, et encourage les forces de répression à tenir sur leur ligne. Selon lui, la violence a été utilisée « d’une manière légitime » face à « des casseurs, des extrémistes » qui ont été arrêtés « parce qu’ils cassaient, parce qu’ils détruisaient, parce qu’ils s’attaquaient à d’autres citoyens ou aux institutions » et non pas « parce qu’ils disaient quelque chose » ou « parce qu’ils pensaient quelque chose ».

Pourtant, les faits avérés de violences policières, systémiques, ne peuvent plus être éludés par les grands médias, et ont même poussé le gouvernement à équiper – en vain – les policiers de caméras. Comme l’écrit, Olivier Fillieule, professeur de sociologie politique, dans une tribune parue dans Le Monde : «  Le niveau de violence exercé par les pouvoirs publics, via son bras armé qu’est la police, est considérable dans ce mouvement. Il y a la responsabilité politique des plus hautes autorités de l’Etat qui, par leurs déclarations guerrières, n’ont eu de cesse de jeter de l’huile sur le feu, mais aussi les limites du maintien de l’ordre à la française. »

Un niveau de violence qui n’atteint pas seulement les manifestants, mais empêche réellement la « liberté d’expression », si chère à Macron, en touchant journalistes, streets medics, et parfois de simples passants : « J’observe que les forces de l’ordre visent de plus en plus les journalistes » , écrit David Dufrense, écrivain qui recense tous les cas de violences policières, « empêchent les secouristes volontaires d’agir, et cassent volontiers des téléphones portables de personnes qui filment, comme dans une volonté d’empêcher toute documentation des événements. C’est une doctrine qui va vers l’affrontement, et donc extrêmement dangereuse. Elle laissera des traces dans toute une génération. Tous ceux qui manifestent aujourd’hui se souviendront de cette répression policière, qui est terrifiante. »

La provocation et l’affrontement sont évidemment du coté des forces de l’ordre. Ce samedi encore, un Gilet Jaune a été touché gravement à l’oeil, il s’agit de Jérôme Rodrigues, une des figures du mouvement. Demain aura lieu une manifestation, appelée par différentes organisations politiques et associations, pour dénoncer les violences policières. La manifestation, qui ira en direction de l’Assemblée, partira à 18h de la Fontaine St Michel.




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