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Monde

Entre déconfinement et possible seconde vague

En France, on déconfine ; en Chine, le Covid redémarre ; à la bourse, ça dégringole…

Alors que la pandémie semblait marquer le pas suffisamment pour inciter plusieurs gouvernements à mettre en avant leur plan de relance économique, en France, mais aussi au Royaume uni, ou en Espagne…, le redémarrage du Covid en Chine, au Japon, en Iran, en Inde dans le sud des Etats Unis, remet à l’ordre du jour le risque d’une seconde vague à l’échelle mondiale.

lundi 15 juin

A l’heure où, en France, on parle relance économique, la pandémie ne se laisse pas oublier

Tous les regards sont aujourd’hui fixés sur la Chine, première atteinte par la pandémie en décembre dernier et qui se croyait tirée d’affaire après 50 jours sans un seul nouveau cas recensé de Covid-19. Depuis le 12 juin, de nouveaux cas d’infection se sont déclarés dans un cluster lié à l’un des premiers marchés de gros d’Asie situé dans le sud de Pékin. La contamination atteignait dimanche 51 personnes et les autorités sanitaires de Pékin ont recensé, lundi, 177 personnes atteintes, dont deux cas graves.

D’ores et déjà l’épidémie gagne du terrain et l’ombre de Wuhan ressurgit. Ainsi que l’évoque le Monde, « La série d’infections à Pékin a déjà gagné la province voisine du Liaoning, dans le Nord-Est, avec dimanche deux nouveaux cas confirmés chez des gens ayant été en contact avec des personnes contaminées dans la capitale ». Au moins dix villes chinoises ont demandé à leurs habitants de ne pas se rendre à Pékin et de prévenir les autorités si elles y étaient allées récemment : « Pékin ne se transformera pas en second Wuhan, disséminant le virus à de nombreuses villes à travers le pays et nécessitant un confinement », a déclaré un expert épidémiologiste du gouvernement dans le journal Health Times.

La capitale chinoise, malgré ses 20 millions d’habitants, avait été relativement épargnée lors de la première vague. Cette fois-ci, afin d’endiguer une possible seconde vague dont elle serait l’origine, et pour ne pas rééditer l’expérience dramatique de Wuhan, elle met en place un contrôle sanitaire sévère. 20 zones résidentielles et quartiers situés autour des deux marchés au sud et au nord-ouest de Pékin, points de départ apparents du cluster, ont été placés en quarantaine. Les habitants confinés sont soumis à des contrôles de température. Les accès sont fermés et seuls les livreurs peuvent acheminer des colis. Plusieurs écoles et tous les centres sportifs sont également fermés. Au confinement de ces quartiers est associée une campagne massive de tests, notamment auprès des personnes qui travaillent ou qui habitent près des deux marchés incriminés et à partir des chaînes de contamination systématiquement recherchées.

Si certains mettent un bémol à l’hypothèse d’une seconde vague et attribuent la remontée des chiffres en Chine à l’effet induit de la politique de dépistages massifs menée par son gouvernement, il n’en demeure pas moins que la situation mondiale de la pandémie est loin de correspondre à une vision où il n’y aurait plus qu’à déconfiner gentiment, retrousser ses manches et bosser dur comme le proposait Macron dans son allocution télévisée dimanche soir.

L’optimisme « européen » à la Macron frappé par la menace d’une seconde vague

Deux mots auraient pu qualifier le discours de Macron vu par Macron dimanche soir : autosatisfaction et optimisme. Autosatisfaction parce que grâce à tout ce que son gouvernement et lui-même ont su si bien faire, le coronavirus est sous contrôle - « même s’il faudra continuer à vivre avec lui » - et optimisme parce que, quasi tirées d’affaire, les économies française et européenne pourraient à coup de milliards de dette et moyennant « quelques sacrifices » des travailleurs, repositionner leurs grandes entreprises capitalistes sur le marché mondial. Macron ment et/ou il se leurre dans les deux cas. Il n’a de raison ni d’être satisfait de sa gestion de la crise sanitaire, ni d’être optimiste pour la « souveraineté économique de la France ».

Sur ce second point, les places boursières, et notamment celle de Paris, l’ont certainement, dès le lendemain matin, fait déchanter. Contrastant avec l’optimisme suscité par les déconfinements et la réouverture des frontières de plusieurs pays, les boursicoteurs de Paris, de Tokyo ou d’ailleurs, prompts à flairer et à saisir le vent n’ont pas tardé à afficher la couleur : la peur croissante qu’une seconde vague de Covid 19 ne pèse lourdement sur l’économie mondiale. Alors que les Etats-Unis peinent à redescendre en-dessous des 20 000 nouveaux cas de Covid-19 par jour et que s’annonce un possible redémarrage de la pandémie en Chine, au Japon, en Inde, en Iran, la tendance boursière était à la baisse.

A Paris, tôt lundi matin, l’indice CAC 40 la jouait morose et plongeait dans le rouge. Le secteur bancaire était en première ligne avec une perte de 3,26% : Renault de son côté plongeait de 3,93% et Peugeot de 3,27%.

La crainte majeure : une seconde vague gérée au mépris de la santé des travailleurs et au profit des patrons

Mais plus que les aléas que pourraient rencontrer des patrons et des banques chers à Macron, c’est le sort des travailleurs et de la population qui serait à craindre en cas de deuxième vague. La gestion de la pandémie menée par Macron a été, quoiqu’il en dise, désastreuse. Mais que deviendrait-elle en cas de deuxième vague, dans un contexte où les dégâts sont déjà très importants, avec plus de précaires, plus de chômeurs, des conditions de travail totalement dégradées, des effectifs en baisse, des soignants au bout du rouleau, un Ségur dont on sait déjà qu’il ne leur apportera pas la réponse à leurs exigences…
Après le temps des héros de la première ligne, le discours de Macron n’a quasiment pas parlé des problèmes sanitaires ou des revendications des hospitaliers. L’hypothèse d’une seconde vague et la stratégie sanitaire prévue n’ont pas non plus été évoquées. La pratique des dépistages massifs, qui seule pourrait prévenir une reprise de l’épidémie, est progressivement abandonnée dans une phase de décroissance des cas symptomatiques.

Loin d’être protégés par une première expérience, il est fort probable que, face à une seconde vague, ce gouvernement entièrement axé sur la défense des intérêts des patrons et de leur économie destinée à devenir de plus en plus sauvage, laisse les travailleurs et la population encore plus démunis que ces derniers mois.

Dans la bagarre autour de la santé que la manifestation de ce mardi 16 juin devrait relancer, les questions de prévention et de soins d’une éventuelle deuxième vague doivent faire partie des revendications à mettre en avant. La distinction entre crise sanitaire et crise économique n’existe que dans l’esprit de Macron et de son monde ; elle lui sert à traiter la première a minima pour triompher de la seconde. Mais pour les travailleurs, toutes les revendications sont intimement liées, défendre les emplois, les salaires, les conditions de travail, la santé, l’éducation c’est désormais une question de survie.

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