^

Politique

En plein pic épidémique, McDo déconfine ses salariés pour rouvrir ses drives et restaurant à domicile

Mc Donald’s, après avoir fermé tous ses restaurants le 15 mars, commence à rouvrir ses points de vente les uns après les autres. Le jeudi 2 avril la chaîne de restauration a annoncé la réouverture de certains de ses restaurants, en pleine période de confinement.

lundi 6 avril

Crédit photo : Andrew Caballero-Reynolds/AFP via Getty Images

La firme appelle donc à la reprise de son activité dans une trentaine de points de vente. L’enseigne de restauration rapide recommence la vente à emporter et la livraison à domicile. Douze restaurants sont déjà en tests dans l’ouest de la France, il y en aura rapidement trois autres en Île de France, et une quinzaine en supplément sont espérés par la chaîne dans les jours qui arrivent.

L’enseigne annonce la mise en place de mesures de sécurité et explique que ces réouvertures sont pour l’instant de l’ordre du test : « Nous nous préparons au déconfinement, qui va nécessiter de maintenir les bonnes mesures de protection pour garantir la sécurité des salariés, des clients et des livreurs » explique un porte-parole au Figaro. Ainsi : « un guide opérationnel visant à ̀renforcer significativement les mesures sanitaires pour nos personnels et nos clients". Ce guide aurait été validé « par un comité scientifique composé d’experts en infectiologie et virologie" poursuit la firme, l’enjeu étant selon son porte-parole « de mettre en place les bonnes mesures de protection pour l’ensemble de nos équipes et de nos clients lorsque le moment sera venu de rouvrir plus largement ».

Il est prévu donc selon ce guide, l’équipement en masques de tous les salariés, le travail en équipe réduite, la mise en place d’un marquage au sol et d’un balisage pour aider à maintenir la distance d’un mètre minimum, l’accélération de la fréquence du lavage des mains ou du nettoyage des cuisines, ou encore le fait de privilégier le paiement sans contact.
Face à l’inquiétude des salariés, ces « tests » seront réalisés sur la base du volontariat, quand de nombreux salariés ou associations ont exprimé leur incompréhension face à cette décision. Irvin Violette, de l’association React, a par ailleurs exprimé son indignation et son inquiétude : « "McDo assume d’avoir gardé ces restaurants ouverts à Tours et dans sa région, comme une préfiguration des conditions de réouverture progressive des magasins. Ils assument donc d’avoir fait courir des risques à des salariés et aux clients de ces McDo".

McDonald’s décide donc, au nom de la préservation de ses profits, de maintenir ses portes ouvertes. Une fois de plus ce sont les travailleurs précaires qui sont en première ligne, exposés par un employeur prêt à tout leur faire continuer le boulot. Révolution permanente publiait début mars, à l’aurore de la crise sanitaire du Covid-19, à la veille du confinement, le témoignage d’un étudiant et travailleur chez McDonald’s. Ce dernier révélait l’inconsistance des mesures sanitaires prises par l’enseigne, leur inefficacité : « à McDo, les équipiers sont entassés dans la cuisine ou au comptoir, qui sont des espaces restreints où il est impossible de respecter des distances de sécurité. De plus, beaucoup d’employés doivent emprunter les transports en commun pour venir au restaurant et s’exposent à un danger de contamination pour eux dès leur déplacement, ainsi que pour les autres collègues, une fois sur place. Par ailleurs, le rythme de travail effréné et le débordement dû au sous-effectif ne permet pas toujours de respecter les consignes à la lettre, comme le lavage plus cadencé des ustensiles. », l’irresponsabilité même de l’enseigne qui n’appliquait aucun principe de protection pour les employés malades présentant les symptômes du Covid-19 : « Moi j’ai la crève et je viens quand même travailler », « Tu es juste un peu malade, le reste c’est juste psychologique ».

Alors même qu’au début de la crise, à la veille du confinement la firme avait tout fait pour garder ses points de vente ouverts, au détriment de la sécurité de ses travailleurs et de ses clients, il semble difficile aujourd’hui de faire confiance à l’enseigne quand elle affirme mettre en place les mesures nécessaires. Par ailleurs, l’annonce du don de masques à ses employés est d’un cynisme effarant quand les soignants déplorent tous les jours leur pénurie. Cette annonce fait résonner un amère écho. Quand de nombreuses entreprises « non essentielles » ont pu disposer de masques pour continuer à préserver leurs profits, Airbus en tête, il paraît toujours plus urgent d’exiger la réquisition de ces masques pour les personnels de la santé.
Pour parer à l’inquiétude grandissante de ses salariés, la reprise du travail se fera sur la base du volontariat. En ne cessant pas l’activité, en n’informant pas davantage sur les modalités de chômage partiel, l’enseigne joue sur les besoins financiers de travailleurs précaires pour les inciter à venir travailler, même en pleine pandémie. Une nouvelle fois le besoin pour les travailleurs précaires d’un congé payé à 100% par les employeurs se fait amèrement ressentir pour que la peur de ne pas pouvoir remplir le frigo ne les oblige pas à mettre leurs vies en danger.

La semaine dernière, Révolution permanente lançait une campagne pour imposer sur twitter le #StopProductionNonEssentielle, à l’heure où patrons et gouvernement travaillent main dans la main, faisant primer l’intérêt économique, à la lutte contre la pandémie. L’annonce de la réouverture des Mcdo, est un nouvel exemple de la primauté de la production sur nos vies, de la prééminence des profits sur les travailleurs. La semaine prochaine, les soignants n’auront toujours pas suffisamment de masques et de matériels de protection, et la population ne disposera toujours pas de tests de dépistage. Mais les enseignes MacDo seront ouvertes, pour leur procurer des burgers, au péril de la vie d’autres travailleurs.




Mots-clés

#StopProductionNonEssentielle   /    #LaPrecariteTue   /    Précarité   /    Politique