Déclaration de la Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale

En "première ligne" pour que les capitalistes payent la crise du Covid-19 et ses terribles conséquences

Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale

En "première ligne" pour que les capitalistes payent la crise du Covid-19 et ses terribles conséquences

Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale

Déclaration des organisations socialistes et révolutionnaires de 14 pays et du Réseau international La Izquierda Diario à l’occasion du Premier mai, Journée internationale des travailleurs et des travailleuses.

Dans de nombreux pays, ce sont les travailleurs de la santé, des transports, de l’alimentation, de l’approvisionnement, du nettoyage et d’autres secteurs qui se trouvent en « première ligne ». Ce sont eux qui luttent, au quotidien, contre une pandémie qui n’est pas seulement naturelle mais qui a des racines sociales et politiques profondes. Pendant des décennies, les capitalistes et leurs gouvernements ont détruit les systèmes de santé publics et ont rendu les conditions de travail et de vie des classes populaires plus précaires, dans le seul but d’augmenter leurs profits, générant ainsi des inégalités brutales. En ne réagissant pas aux alertes et aux prévisions de pandémie lancées depuis des années, ces mêmes capitalistes et gouvernements ont eu un comportement criminel. Lorsque l’épidémie a éclaté, la plupart d’entre eux ont fini par appliquer des quarantaines généralisées, sans dépistages massifs ni augmentation de la capacité d’accueil dans les hôpitaux, transformant les mesures de confinement, rendues nécessaires, en une paralysie de la production et du commerce mondial, en une chute des marchés boursiers et des prix des matières premières. Un effondrement économique sans précédent. Certains gouvernements se sont opposés ou ont pris des mesures très limitées de confinement dans le seul but de préserver les profits du capital, au prix d’une propagation plus forte de l’épidémie et de milliers de décès supplémentaires. Les grands patrons et leurs gouvernements profitent de la crise pour multiplier les licenciements, les fermetures d’entreprises, les mises au chômage technique accompagnées de réductions de salaires, une plus grande précarisation et une modification des conditions de travail. La misère pour des milliards de personnes. Face à cette réalité, dans plusieurs pays, c’est une autre « première ligne » qui est en train de se profiler, faite de luttes ouvrières et populaires et qui laissent entrevoir ce qui pourrait advenir lorsque les pics de la pandémie seront derrière nous et que ses conséquences sociales, politiques et économiques apparaîtront au grand jour. Les analystes de la bourgeoisie mettent en garde contre des « insurrections » et des « révolutions » de la classe ouvrière et du peuple.

Les signataires de cette déclaration, organisations socialistes et révolutionnaires de quatorze pays ainsi que le réseau international La Izquierda Diario, avec ses supports multimédia en huit langues (journaux en ligne, émissions en direct, vidéos, podcasts, etc.), invitent à un meeting international simultané qui se tiendra le Premier mai, journée internationale des travailleurs. Ce meeting sera diffusé avec traduction simultanée, à partir de nos plateformes, juste avant le meeting, également retransmis sur internet, organisé par le Front de Gauche et des Travailleurs - Unité d’Argentine. Il s’agit d’un meeting en soutien à tous ces travailleurs et travailleuses, mais surtout pour défendre un programme et une stratégie de lutte afin que cette crise ne soit pas payée par les travailleurs, mais par la classe sociale qui est responsable de l’exploitation, de la déprédation de la planète, de la dégradation de la santé, de l’éducation et de la recherche scientifique. C’est pourquoi nous appelons à l’organisation et à l’élargissement de la « première ligne » afin qu’elle se prépare pour que ces combats, qui sont appelés à se multiplier, soient des victoires. Notre objectif est d’unifier tous les exploités et les opprimés contre les bureaucraties syndicales qui nous divisent, qui négocient et qui couvrent les gouvernements et les États. C’est avec ces objectifs, pour nous essentiels, que nous pensons qu’il est nécessaire de construire des partis ouvriers socialistes et révolutionnaires au niveau national et international, à savoir la Quatrième Internationale.

1) De la crise sanitaire à la débâcle économique : le responsable n’est pas le virus

Différentes études, que nous avons relayées sur le réseau La Izquierda Diario, ont montré que les pandémies provoquées par les nouvelles souches de grippe trouvent leur origine dans le choc provoqué par la rupture brutale des équilibres environnementaux et écologiques résultant de l’avancée effrénée de l’agrobusiness « aux frontières de la production de capital ». Parallèlement, les grandes entreprises pharmaceutiques ont consacré l’essentiel de leurs recherches aux maladies les plus « rentables ». Les institutions « multilatérales » telles que l’OMS ont agi en fonction d’intérêts géopolitiques. Les gouvernements n’ont pas tenu compte des avertissements qui ont pu être lancés avant ou au moment de l’apparition de l’épidémie en Chine.

La fin de la pandémie de COVID 19 n’est pas encore en vue. Il n‘y a qu’en Chine ou dans le Sud-est asiatique que le phénomène semble maîtrisé, et ce en dépit des risques existants d’une seconde vague de l’épidémie. Les effets économiques et sociaux d’une véritable catastrophe se multiplient. La baisse de la production et la hausse du chômage, notamment aux États-Unis, atteignent des niveaux qui dépassent ceux de la crise de 2008. Tout cela nous amène à penser à la Grande Dépression qui a suivi le krach de 1929 (le PIB avait chuté de 9% la première année et de 27% entre 1929 et 1933, le chômage atteignant alors 25%). En cinq semaines seulement, plus de 26 millions de personnes ont réalisé une demande d’assurance chômage. On estime que le taux de chômage atteint 20 % (en 2009, au moment le plus fort de la crise, il a grimpé à 10%). La baisse de la production en Chine au premier trimestre a atteint des niveaux historiques, (-6,8%), à l’instar de ce que l’on a pu constater en Italie, dans l’Etat espagnol, dans la plupart des autres pays européens ainsi que sur les autres continents.

Le FMI prévoit une chute de 3 % du PIB mondial pour cette année, ce qui est énorme par rapport à la chute de 0,1 % qui a pu être enregistrée en 2009, qui a été connue sous le nom de « grande récession ». Parallèlement le FMI annonce, dans son scénario « optimiste », une reprise pour 2021 en se basant sur l’hypothèse que la pandémie prendra fin au second semestre de cette année et, surtout, que les plans de sauvetage fonctionneront et éviteront des faillites en chaîne au niveau des entreprises, faillites qui se répercuteraient immanquablement, en raison des impayés, sur le système financier. Dans le scénario pessimiste, également publié par le FMI, la chute s’aggraverait cette année et l’issue serait incertaine. L’OCDE estime qu’un mois de confinement représente une perte de 2 points de PIB. La prolongation de la pandémie ne peut qu’avoir des coûts et représenter des risques très élevés pour les entreprises et les banques. Mais même dans le cas d’une reprise en 2021, il n’existe aujourd’hui aucun moteur économique à même de jouer le rôle de locomotive d’une reprise plus soutenue. Rappelons que la Chine a connu des taux de croissance élevés après 2009, ce qui a eu des effets bénéfiques pour tous les pays producteurs de matières premières. L’économie du géant asiatique était déjà en phase de décélération avant la crise et n’avait pas la même dynamique qu’au début du siècle. Après la pandémie, son économie sera confrontée à une situation catastrophique sur ses principaux marchés d’exportation.

Face à une crise qu’elle n’avait pas prévue, la bourgeoisie et ses institutions ont été contraintes d’improviser des mesures sanitaires contraires à leurs intérêts économiques, à l’exception de quelques pays qui ont pu réagir à temps sans être paralysés à l’instar de la Corée du Sud, de Taiwan ou, dans une moindre mesure, de l’Allemagne, mais qui seront de toute façon touchés par la récession mondiale. Aujourd’hui, les gouvernements et les patrons font pression pour la levée des mesures de confinement sans organiser de campagnes massives de tests, malgré le manque de masques et en l’absence de mesures sanitaires élémentaires. Les plus cyniques, qui considèrent que le nombre de décès n’aura pas d’impact politiquement sur eux, en appellent à la mobilisation de l’extrême droite (Trump, Bolsonaro). Ceux qui, en raison de leur propre base politique et sociale, veulent montrer qu’ils sont plus soucieux de la vie, ne savent pas comment sortir de la situation actuelle, puisqu’ils n’ont pas pris de mesures préventives. Lorsque la pandémie a commencé en Chine, après les mensonges et les dissimulations de la bureaucratie de Pékin, ils ont eu du temps, temps qu’ils n’ont pas utilisé pour se préparer. Ils n’ont pas cherché à acquérir les outils et le matériel nécessaires pour lutter contre le Covid-19. Nous ne pouvons pas oublier qu’au cours des moments de forte croissance économique de ces dernières années, les gouvernements « progressistes » du Brésil, de l’Argentine, du Venezuela, de la Bolivie ou de l’Équateur n’ont jamais cherché à inverser le déclin des systèmes de santé publics et ont toujours soutenu les entreprises privées dans le secteur de la santé.

Bien que parmi les premières personnes infectées ou qui ont propagé la maladie on retrouve des secteurs de la classe moyenne et des cadres qui voyagent, dès que la maladie a commencé à se répandre massivement dans chaque pays, les plus touchés ont été, de façon très prévisible, les plus opprimés. Ainsi, aux États-Unis, il y a proportionnellement plus de décès chez les Africains-américains et les Hispaniques. Au Brésil également, les Afro-descendants sont les plus touchés.

Comme nous l’avons souligné dans de nombreuses prises de position relayées sur notre réseau international, le coronavirus n’est pas responsable d’être devenu la pandémie qui a causé la mort de centaines de milliers de personnes et a généré une dépression économique aux conséquences sociales brutales. Le virus a fait exploser les contradictions que le système capitaliste avait accumulées dans son étape de déclin historique.

2) Toute issue préservant le capitalisme ne pourra impliquer que recul et misère pour la classe ouvrière et les pauvres des centres urbains et des campagnes

Cette crise est basée sur les tendances de l’après-2008, à savoir un faible taux d’investissement et de productivité, un endettement élevé des États et des entreprises et des bulles spéculatives. Tout ceci a fait que la possibilité d’une récession s’était accrue. Mais le caractère extraordinaire de la crise actuelle, c’est qu’elle est poussée et accélérée par les réponses à la pandémie. Elle se transforme en une récession dont il est difficile de prévoir l’horizon de sortie et la dynamique. Elle est conditionnée par des facteurs sanitaires et l’on sait qu’une seconde vague de virus obligerait à de nouvelles mesures de paralysie économique, si un vaccin n’était pas trouvé et n’était pas disponible d’ici-là, pour l’ensemble de la population. L’économie qui va redémarrer après la pandémie ne sera plus la même. Des secteurs entiers seront entravés pendant une période significative, comme le tourisme et le transport aérien, fragilisant par là-même de nombreuses entreprises.

La réponse à cette crise de la part des capitalistes a été, d’une part, d’énormes plans de sauvetage atteignant des niveaux bien plus élevés que ceux mis en œuvre en 2008 et qui remettent en question l’ensemble des paramètres fiscaux et monétaires habituels au prétexte du caractère exceptionnel de la crise. Pour leurs gouvernements, de droite comme « de gauche », les principaux bénéficiaires de ces plans de sauvetage sont les grandes entreprises et les banques, car leur faillite impliquerait des licenciements massifs et une aggravation de la crise. Ainsi, au nom du « maintien de l’emploi », on leur donne des milliards d’euros qu’ils ne rembourseront jamais ou alors à des conditions extrêmement favorables, comme cela a déjà pu se produire après 2008. Personne n’enquêtera sur leurs petites affaires ni sur les « dettes odieuses » contractées par les États pour financer les différents mécanismes qui leur bénéficient, ni sur les fuites de capitaux. C‘est d’ailleurs ce qui a lieu, en ce moment, alors que la dette argentine est renégociée par le gouvernement d’Alberto Fernandez, ou dans le cas de la dette de Fobaproa au Mexique, produit du sauvetage des banques, qui se chiffre aujourd’hui en milliards et dont la facture est payée par le monde du travail.

Les sauvetages bénéficient essentiellement aux grands capitalistes. C’est uniquement si ces derniers ont la garantie de garder en sécurité leurs fabuleux actifs qu’ils concéderont de maintenir une partie de l’emploi, dans des conditions plus précaires, en revanche. Dans une moindre mesure, on attribue des aides à la population, comme les 1200 dollars versés une seule fois à plus de 70 millions de Nord-américains ou l’augmentation de l’assurance chômage. Il s’agit de mesures insuffisantes mais elles répondent aux nécessités d’une caste politique discréditée qui cherche à tout prix à éviter les explosions sociales ainsi qu’une nouvelle paralysie encore plus importante de l’économie. Bien sûr, il y aura des faillites et des fusions, approfondissant d’autant la concentration du capital, ainsi qu’une concurrence impitoyable et accentuée, suivant les lois du capitalisme.

Mais les plans de sauvetage n’ont pas encore permis de freiner les tendances récessives et la hausse du chômage, mouvement qui se prolongera au moins dans les prochains mois. Et ceci pourrait se répercuter sur les entreprises endettées, et elles-mêmes sur les banques (qui pour l’instant se maintiennent à flot). La bulle boursière a connu de très fortes chutes début mars et est restée plus ou moins stable depuis, mais elle a détruit pas moins de 4.000 milliards de dollars d’actifs financiers. Le 9 avril, la Réserve Fédérale étatsunienne a autorisé l’achat de dettes mal notées (hautement spéculatives), ce qui n’a laissé pratiquement aucun secteur financier en dehors des plans de sauvetage américains. Les prix des matières premières continuent à chuter, d’où ce fait sans précédent que le baril de brut WTI étatsunien se négocie à perte puisque les sites de stockage sont pratiquement pleins et en l’absence d’acheteurs en raison du manque de perspectives. C’est l’un des exemples des fortes tendances déflationnistes de l’économie mondiale.

La vulnérabilité dont ont pu faire preuve les chaînes de valeurs globalisées pendant la pandémie va engendrer des pressions en faveur de phénomènes de re-localisations ainsi que de réorganisations. Cependant, pour revenir sur cette avancée capitaliste d’expansion des frontières du capital mise en place il y a déjà trente voire quarante ans, les capitalistes devront non seulement tirer profit de cette crise pour « orientaliser » le droit du travail dans les pays dits centraux - ce qui impliquerait une défaite de grande ampleur pour le monde du travail - mais aussi être en mesure de rentabiliser leurs investissements et réaliser de nouveaux investissements majeurs – l’un des principaux handicaps du capital au cours de la dernière décennie - pour modifier l’ensemble de la structure productive et de commercialisation généralisée qui leur permettrait de maximiser leurs profits. Cette structure était déjà remise en question en raison de ses effets économiques et sociaux sur de larges secteurs considérés comme les « perdants de la mondialisation ». Cette crise l’ébranle encore davantage. La mondialisation ne pourra plus jamais être comme auparavant. Les tendances à la régionalisation augmenteront. Les guerres commerciales comme celles encouragées par Trump (généralement sous forme de menaces mais générant une instabilité permanente et des réactions de la part de ses concurrents) seront monnaie courante. Mais les grandes capitales « gagnantes de la mondialisation » et leurs représentants politiques opposeront leur résistance, profitant du fait que les démagogues nationalistes comme Trump ou Bolsonaro auront non seulement été responsables de dizaines de milliers de morts pendant la pandémie et tandis qu’ils ne pourront pas davantage démontrer que leurs politiques réactionnaires auront eu le moindre impact positif sur les conditions de vie des secteurs sociaux « perdants » de la mondialisation. Face à cette crise, les projets « souverainistes » de centre-gauche, tels que celui porté par Melenchon en France ou par le gouvernement « progressiste » du PSOE-Unidas Podemos, dans l’Etat espagnol, qui ne sont pas prêts à attaquer de manière conséquente les intérêts des grands capitalistes sont également parfaitement utopiques. Ils répètent la triste histoire de Syriza en Grèce.

Même si l’on suit les scénarios les plus « optimistes » (une reprise en 2021), la crise entraînera des attaques contre le monde du travail et les secteurs populaires. Toute conquête, pour de meilleures conditions de travail, d’emploi ou encore de salaire, pour un système de santé universel et de qualité, contre la destruction de l’environnement dû au changement climatique, devra être arrachée par la lutte, dans une perspective anticapitaliste.

3) Le désordre mondial comme au cours de l’Entre-deux-guerres : la perte d’hégémonie des Etats-Unis s’accentue

En ce qui concerne les relations entre Etats, le déclin des Etats-Unis en tant que principale puissance mondiale se poursuit. La réponse de Trump au Covid-19 a été catastrophique sur son propre territoire. Au niveau global, à rebours de toute idée de leadership, il a persisté dans son cours nationaliste-impérialiste du « America first ». Contre tout geste un tant soit peu « humanitaire », il a approfondi le blocus criminel contre Cuba et contre le Venezuela en pleine pandémie, tout en menaçant l’Iran d’actions militaires.

« L’unité » européenne, quant à elle, a montré son imposture, avec la fermeture totale des frontières, la tentative de chaque gouvernement de se sauver sans se soucier des autres, même s’ils appellent aujourd’hui à la coopération. En Italie, la population pourrait davantage considérer la Chine et la Russie comme des puissances amies, du fait de leurs politiques intéressées « d’aide humanitaire », que l’Allemagne. Cependant, par leur faiblesse économique, les bourgeoisies du sud de l’Europe n’ont pas d’autre choix que de se soumettre aux diktats des impérialismes les plus puissants.

La Chine, qui se présente comme la puissance émergente « gagnante » en raison de sa maîtrise de la pandémie, a aussi montré ses points faibles. C’est sur son sol qu’est née la maladie mortelle et le gouvernement a dans un premier temps tenté de l’occulter, ce qui lui a fait perdre des semaines voire des mois précieux. Et personne ne peut exclure de nouveaux foyers. Plus grave : le pays fait face à un monde différent de celui qui lui a permis d’émerger au début de la restauration capitaliste, à la fin des années 1980.

Pendant que la coopération se poursuit pour la généralisation des sauvetages financiers et autour des « conseils » de l’OMS (percutée, elle aussi, par les tensions entre les Etats-Unis et la Chine) la concurrence effrénée pour l’acquisition de matériel médical et la course à un éventuel vaccin ne sont que des exemples des tendances au « désordre mondial » qui renvoie davantage à la situation qui caractérisait l’Entre-deux-guerres qu’à la possibilité de construction d’un nouvel ordre mondial à l’instar de celui qui a vu le jour après la Seconde Guerre Mondiale, comme le réclament les « mondialistes ».

Les tendances agressives qui s’étaient esquissées au cours des derniers mois, avec l’exécution au grand jour du général iranien Soleimani par les Etats-Unis, se sont poursuivies avec les menaces militaires à l’encontre de l’Iran et les manœuvres de la marine américaine au large des côtes vénézuéliennes. Ces tendances pourraient se renforcer à mesure que la crise s’amplifie et que chaque puissance sera forcée à agir avec davantage d’agressivité. 

4) Les luttes actuelles laissent entrevoir la renaissance, avec davantage de force, du cycle antérieur de rébellions. Les travailleurs et travailleuses de la « première ligne » et les précaires pourraient en être les avant-gardes

Du point de vue des exploités, nous assistons à une démonstration brutale de la dépendance du monde capitaliste envers le travail humain, et notamment du travail salarié, malgré toutes les avancées concernant la robotisation et l’intelligence artificielle, qui constituent une part infime du travail plus que son remplacement. Dans ce cadre, il y a eu (et il y a) une quantité innombrable de conflits venant de travailleurs qui ont réclamé le chômage technique payé et ont refusé d’être considérés comme essentiels, contre la prétention des patrons et gouvernements. A l’inverse, parmi les secteurs clairement essentiels (comme les travailleurs et travailleuses de la santé, de l’alimentation, du nettoyage, de certains commerces, etc.), il y a eu et il y a de nombreux conflits pour réclamer du matériel de protection, des tests etc. En France, comme nous le décrivons sur Revolution Permanente, dans les secteurs du monde du travail qui ont continué à travailler et ont conquis un prestige social (des « héros ») la colère monte face à la responsabilité du gouvernement par rapport à la pandémie et contre les privilèges des riches, s’inscrivant dans le sillage du mouvement des Gilets Jaunes et de la lutte contre la réforme des retraites qui ont fait bouger le pays.

Aux Etats-Unis, Trump a profité de la situation de désespoir des personnes qui se sont retrouvées au chômage, pour appuyer des mobilisations d’extrême droite demandant la levée du confinement pour remettre en marche l’économie. Cependant, le niveau de contagion et les conditions terribles dans lesquelles travaillent ceux qui sont encore en activité montrent la catastrophe que cela impliquerait. A l’inverse, on a pu voir des luttes et des mobilisations chez Amazon, Mc Donald’s, Burger King, Dominos, Instacart, Walmart, Whole Foods, entre autres, sans compter celles des travailleurs de la santé dans tout le pays. Celles-ci sont un avant goût de ce qu’il pourrait se passer si des millions de travailleurs retournaient au travail dans des conditions d’insécurité.

Ce que nous dénonçons avec force, c’est que partout dans le monde la bourgeoisie et ses gouvernements sont déjà en train d’utiliser la montée du chômage et la récession économique pour imposer des journées de travail plus flexibles et des baisses de salaires. Les entreprises qui sont aujourd’hui paralysées, en particulier dans des secteurs où il y a des travailleurs précaires, ne payent qu’une partie des salaires, au mépris du Code du Travail. Au Mexique, des millions de travailleurs de l’industrie des maquiladoras et des services sont obligés de travailler alors qu’ils ne font pas partie des secteurs essentiels. Certaines de ces entreprises, à la frontière Nord du pays, ont été le théâtre de grèves et de mobilisations. En Argentine, on commence à voir que les travailleurs précaires des chaînes de restauration rapide (Mc Donald’s, Burger King etc.) comme d’autres secteurs (agro-alimentaire, commerces, bars, restauration etc.) s’organisent contre les salaires partiels ou encore les licenciements. Il est possible qu’avec la levée du confinement, les patrons réclament « des efforts conjoints » en prétendant imposer des journées de travail réduites accompagnées d’un salaire réduit etc., tout en touchant les aides et les bénéfices que les gouvernements leurs accordent en échange de leur engagement au maintien de l’emploi. Au Venezuela, certaines villes sont le théâtre de révoltes de la faim menées par des secteurs du monde du travail et des classes populaires, contre l’énorme augmentation des prix et le manque d’approvisionnement.

Les bureaucraties syndicales font cause commune avec le patronat et les gouvernements, allant jusqu’à étouffer la moindre revendication pour la défense des droits des travailleurs. Aux Etats-Unis, elles vont même jusqu’à publier des communiqués félicitant les patrons de « bien traiter » des travailleurs. Au Chili, la CUT, dirigée par le Parti Communiste, a soutenu une loi au Congrès qui donne la possibilité de placer des travailleurs au chômage technique sans paiement de salaire.

Enfin, du point de vue des exploités, la crise des systèmes de santé publique a été révélée au grand jour. Cela vaut non seulement là où ils sont largement privatisés mais également dans les pays où une bonne partie restait encore aux mains de la puissance publique, mais de moins en moins financée et de plus en plus dégradée, autant dans des pays impérialistes comme la France ou l’Italie que dans des pays dépendants comme en Argentine ou, pire encore, au Brésil. Après la crise, il y a fort à parier que des revendications liées à l’instauration de systèmes de santé universels, efficaces et équipés, ou contre le changement climatique émergeront avec force.

Les phénomènes de lutte des classes qui se sont développés en 2018 et 2019 anticipent probablement que l’attaque redoublée contre les conditions de travail et de vie du monde du travail et des classes populaires donneront lieu à des vagues nouvelles et renouvelées de luttes.

5) Le programme que nous défendons

Deux jours après que l’OMS a déclaré l’état de pandémie, le 11 mars, nous avons publié une déclaration dans laquelle nous avancions le programme autour duquel nous avons bataillé au cours de ces semaines de crise. Nous avons notamment fait de l’agitation dans différents pays autour de la revendication de « tests de dépistage massifs ». Nous avons également fait de l’agitation et pris part à la lutte pour la fermeture des productions non-essentielles dans les pays concernés par le confinement, en opposition aux volontés patronales de maintenir la production dans le secteur automobile ou aéronautique, inutiles pour faire face à la crise sanitaire, comme dans le cas d’Airbus, en France. Nous avons revendiqué l’accès à tout le matériel sanitaire nécessaire (lits de réanimation, masques, etc.) en posant la question de la centralisation et de la réquisition des entreprises qui produisent ce matériel, sous contrôle ouvrier.
 
Concernant le système de santé, nos organisations, journaux et militants dans la santé aux Etats-Unis, en Argentine, au Chili, au Brésil, en France, en Allemagne, dans l’Etat espagnol, au Mexique ont revendiqué la centralisation de l’ensemble du système de santé, y compris la santé privée, pour faire face à la pandémie, en posant la perspective de sa nationalisation pour garantir l’existence de services de santé de qualité, avec des investissements et des salaires à la hauteur, et cela sous contrôle des travailleurs.

Nous avons également poussé à l’organisation de ceux qui devaient continuer à travailler dans le sens de développer le contrôle sur les conditions de sécurité et d’hygiène, dans le cas des jeunes travailleurs de Telepizza à Saragosse, dans l’Etat espagnol, chez les machinistes de la RATP, à Paris, en passant par les mineurs, les professeurs, les médecins, les infirmières, les dockers et les ouvriers industriels réunis dans le Comité d’Urgence et de Protection à Antofagasta et à Santiago du Chili. Dans le même temps, sur chaque lieu de travail « non essentiel » nous avons mené la bataille pour un chômage partiel payé à 100%, contre les baisses de salaires et les licenciements, dont nous avons par ailleurs revendiqué l’interdiction.

Nous avons accordé une attention particulière aux travailleurs précaires, ceux qui travaillent sans protections sociales, à l’image des travailleurs des « plateformes logistiques » ou des salariés de petites entreprises qui ont fermé, en revendiquant des aides ou des « salaires de confinement » pour eux, d’un montant qui permette de répondre aux besoins de base. Nous avons également défendu les droits des migrantes et migrants face à la fermeture totale des frontières, pour ceux qui souhaitaient rentrer chez eux ou n’avaient nulle part où aller et se sont retrouvés parqués dans des camps, sans aide sanitaire. C’est notamment ce qui a eu lieu dans le cas de travailleurs Boliviens au Chili.

Nous avons dénoncé le renforcement des appareils répressifs des Etats, qui ont utilisé la police, les forces de sécurité, voire l’armée, pour assurer le « respect » du confinement. Nous avons dénoncé l’espionnage et le contrôle policier et étatique sur la population, sous prétexte de « contrôler le virus ». Nous soutenons la plus large auto-organisation des exploités et opprimés pour exercer un auto-contrôle et une auto-discipline.
 
Pour les petits commerçants, les artisans, les travailleurs autonomes et tous ceux qui ont cessé de percevoir des revenus, nous revendiquons également des subventions d’Etat, l’annulation de la dette et l’accès à des crédits bon marché. Nous poussons les organisations de la classe ouvrière à déployer un programme pour hégémoniser les classes moyennes paupérisées, dans les villes comme à la campagne, en disputant leur influence à ceux qui tentent de les canaliser à l’extrême-droite.

Nous demandons des impôts progressifs sur les grandes fortunes, que les capitalistes ne veulent pas mettre en jeu dans cette crise. Nous revendiquons le fait que les multimillionnaires, ce 1% qui accapare 82% de la richesse mondiale selon Oxfam commencent à payer pour la crise et que l’on enquête sur toutes les affaires dont ils ont pu tirer profit. Dans les pays dépendants, nous demandons l’annulation de la dette extérieure. Nous demandons que les banques et les capitaux cessent de soumettre des pays et des régions entières, imposant aux Etats des dettes impossibles à rembourser. La nationalisation des banques sous contrôle des travailleurs s’impose afin de centraliser l’épargne nationale au service des besoins de la population et du développement de chaque pays et région, prenant en compte en même temps la lutte contre le changement climatique. Le monopole étatique sur le commerce extérieur apparaît également comme une nécessité dans tous les pays. Dans les pays exportateurs de matières premières, il permettrait d’empêcher que les rentes soient captées par quelques multinationales qui dominent le secteur agro-industriel, minier ou de l’élevage et de la pêche.

Nous présentons ces revendications dans chaque pays comme partie intégrante d’un programme de lutte que nous défendons dans les organisations de la classe ouvrière, la jeunesse et le mouvement des femmes. Nous luttons contre toutes les bureaucraties syndicales qui veulent isoler les luttes entre elles et limiter les revendications de chaque secteur à un terrain corporatiste. Nous défendons le front unique ouvrier et nous exigeons des directions syndicales des véritables organisations ouvrières, des accords de lutte qui nous permettent de « frapper ensemble, marcher séparément ».
Dans les pays impérialistes, nous luttons contre le patriotisme réactionnaire qui oppose entre elles les populations, et le racisme ainsi que toutes les formes de discriminations contre les migrants, qui ont été laissés à l’abandon ou carrément expulsés au moment du confinement. L’anti-impérialisme est un drapeau essentiel dans ces pays, dont les Etats et les entreprises monopolistiques exercent une oppression brutale sur la majorité des nations opprimées. Nous exigeons la fin des sanctions contre le Venezuela, contre Cuba et contre l’Iran. Nous dénonçons le soutien apporté par Bernie Sanders à l’offensive impérialiste étatsunienne contre le Venezuela au nom d’une prétendue « mission humanitaire », ou la position pro-impérialiste de Jean-Luc Mélenchon qui consiste à rejeter les interventions militaires… sauf si elles se réalisent dans le cadre et avec un mandat de l’ONU, ou encore les compromissions d’Unidas Podemos sur la question de la participation espagnole à l’OTAN. Nous en appelons à l’internationalisme des travailleurs et travailleuses, afin d’unifier la classe ouvrière par-delà les frontières, contre leurs ennemis de classe.
 

6) Notre intervention dans la lutte de classe et le réseau international La Izquierda Diario au service de la tâche stratégique centrale : parti, parti et encore parti

Au moment même où s’est déclenchée la pandémie, nous avions fait un pas unitaire important entre courants se revendiquant socialistes et révolutionnaires : la Conférence Latino-américaine qui devait avoir lieu fin avril, à l’appel du FIT argentin (Parti des Travailleurs Socialistes, Parti Ouvrier, Gauche Socialiste et Mouvement Socialiste des Travailleurs). Les courants internationaux respectifs des composantes du FIT étaient en train d’adhérer à la Conférence, tandis que commençaient les discussions avec d’autres courants qui se retrouvaient dans l’appel. Cette déclaration et la réalisation de la Conférence quand les circonstances le permettront représentent un accord important pour avancer sur un terrain commun d’intervention dans la lutte politique et la lutte de classe internationaliste.

Nos organisations promeuvent ce type d’accord dans chaque pays, en cherchant à avancer autant qu’il est possible dans des accords concrets pour mener des luttes en commun. Pour autant, nous le faisons toujours en insistant clairement sur le fait que notre boussole stratégique est de construire l’organisation dont a besoin la classe ouvrière pour vaincre, non seulement la bourgeoisie et son Etat, mais aussi tous les agents bureaucratiques et réformistes à l’intérieur de la classe ouvrière, du mouvement des femmes et de la jeunesse. Les bureaucraties et les courants conciliateurs avec les régimes essayent de réformer le capitalisme décadent. Nous nous opposons également aux courants qui, tout en se disant révolutionnaires, cherchent à nouer des accords sans principes avec les réformistes. Pour les batailles à venir, nous avons besoin de partis de combat, socialistes et révolutionnaires, enracinés dans la classe ouvrière et ses luttes. C’est pour cela que nous luttons dans chaque pays au service de la refondation du parti mondial de la révolution socialiste, la Quatrième Internationale.
 

Les journaux du Réseau International La Izquierda Diario, qui ont connu une importante croissance, sont au service de cette bataille. Pour parler seulement du mois de mars, nous avons eu 4,4 millions d’entrées en Argentine, 2,2 en France, 1,5 au Brésil, 1,4 au Chili, 1,2 au Mexique, 650 000 dans l’Etat espagnol dont 50 000 uniquement sur l’édition catalane, 200 000 aux Etats-Unis et des dizaines de milliers en Allemagne, Italie, Bolivie, Venezuela, Uruguay. Soit un total de près de 12 millions de visites cumulées sur un seul mois. Les visites d’avril s’inscrivent dans la même dynamique. Nous avons également lancé La Izquierda Diario Costa Rica et, bientôt, nous ferons la même chose au Pérou.
 
Nous avons commencé à transformer les journaux en plateformes multimédias, en réalisant des programmes TV en direct sur internet, ainsi que des vidéos, des podcasts, occupant ainsi tous les terrains de diffusion possible, avec des interventions et des entretiens avec des militant.e.s des autres pays pour promouvoir un internationalisme pratique et militant.
 
Mais l’élément le plus notable est qu’avec la crise, les journaux se sont transformés, avec des différences d’un pays à l’autre, en canaux d’expression pour des milliers de travailleurs qui les ont utilisés comme des porte-voix pour diffuser leurs coups de gueule, leurs luttes, leurs revendications, au travers de nos militants au sein de la jeunesse et de la classe ouvrière ou en envoyant directement leurs textes à nos journaux. Nous croyons que, de cette manière, les journaux remplissent leur rôle d’agitateurs et d’organisateurs, dans le meilleur de la tradition léniniste.

 
Sur le terrain fondamental de la lutte idéologique contre les courants post-modernes, populistes, féministes non-socialistes ou réformistes de tout type, nous luttons au travers de revues de débats théoriques, non seulement politiques mais qui abordent également l’histoire, la philosophie, l’art et la science, de même que nous organisons des cours en ligne de théorie marxiste, de féminisme socialiste ou autres, que l’on peut retrouver sur nos journaux.

7) Nous allons organiser une grande échéance internationale simultanée

 
Le Premier mai, Journée internationale des travailleurs, nous organiserons un meeting international simultané, avec des orateurs des organisations signataires de cette déclaration, traduits dans chaque langue, que nous diffuserons sur internet avant l’événement du Front de Gauche et des Travailleurs - Unité d’Argentine. Ces deux meetings seront diffusés sur les plateformes de chacun de nos journaux. Dans ces meetings, les combats que nous avons menés dans chaque pays et au niveau international seront présentés, comme nous l’avons souligné dans cette déclaration.

 
Nous invitons l’ensemble des camarades à prendre part à ce meeting, pour faire un pas supplémentaire afin de construire la « première ligne » des travailleurs et travailleuses qui luttent pour construire une issue réelle à la crise, une issue ouvrière, socialiste et révolutionnaire.

Pour la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale :
 
Revolutionären Internationalistischen Organisation (RIO), Allemagne
Partido de los Trabajadores Socialistas (PTS), Argentine
Liga Obrera Revolucionaria (LOR-CI), Bolivie
Movimento Revolucionário de Trabalhadores (MRT), Brésil
 Chile : Partido de Trabajadores Revolucionario (PTR), Chili
Corriente Revolucionaria de Trabajadoras y Trabajadores (CRT), Etat espagnol
Camarades de LeftVoice, Etats-Unis
Courant Communiste Révolutionnaire (CCR) au sein du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), France
Movimiento de Trabajadores Socialistas (MTS), Mexique
Corriente de Trabajadores Socialistas (CTS), Uruguay
 Venezuela : Liga de Trabajadores por el Socialismo (LTS), Venezuela
Ainsi que les organisations sympathisantes suivantes :
Organización Socialista, Costa Rica.
Frazione Internazionalista Rivoluzionaria (FIR), Italie
Corriente Socialista de las y los Trabajadores (CST), Pérou

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