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Politique

Scandale international

Enfants détenus en Syrie : des avocats attaquent Macron pour "crimes de guerre" à la Cour pénale internationale

Depuis 2019 Emmanuel Macron refuse de rapatrier plus de 200 enfants de djihadistes et 80 femmes français détenus illégalement dans des camps sous l’autorité Kurde, dans des conditions déplorables. Trois avocats et deux universitaires ont saisi la Cour Pénale Internationale afin que la procureure s’autosaisisse pour l’ouverture d’une enquête contre Macron pour « crimes de guerre ».

mercredi 31 mars

Les camps du Kurdistan syrien détiennent 70 000 personnes aujourd’hui, dont 60 % sont des enfants selon Libération. Parmi eux se trouvent plus de 200 enfants et femmes français. Les camps sont sursaturés depuis la chute en 2019 d’Al-Baghouz, dernière ville syrienne sous contrôle de l’Etat islamique.

Dans un communiqué appelant la procureure de la Cour Pénale Internationale (CPI) à ouvrir une enquête contre Emmanuel Macron, les avocats Marie Dosé, Ludovic Larivière et Gérard Tcholakian, ainsi que les doctorantes Camille Cressent et Augustine Atry dénoncent « des crimes de guerre perpétrés dans le nord-est syrien pouvant mettre en cause la responsabilité du président de la République française en sa qualité d’auteur et/ou de complice  ». 250 enfants sont détenus dans le camp d’Al-Hol près de Roj au Rojava, selon le Centre d’analyse du terrorisme, dont « la grande majorité a moins de six ans », précise le communiqué. Ces enfants sont emprisonnées avec leurs mères où ils connaissent des conditions déplorables : ils survivent grâce à l’aide humanitaire quand cela est possible et vivent à 2 ou 3 familles par tente sans chauffage, avec des hivers rudes. La responsabilité pénale de Macron « pourrait être engagée pour crimes de guerre en « qualité d’auteur », parce qu’il réfute de manière « intentionnelle » le droit des femmes à être jugées, et en qualité de complice pour leur détention illégale et celle de leurs enfants, et les « traitements cruels et dégradants » qu’ils subissent depuis 2019 » comme l’explique Libération à partir du communiqué qu’ils ont pu lire.

Les lanceurs d’alerte souhaitent forcer la France au rapatriement comme l’explique Marie Dosé, avocate de famille d’enfants de djihadistes, interrogée par France 24 : «  lorsque la Cour européenne des droits de l’Homme est saisie au fond, la possibilité qu’elle a c’est de condamner la France pour violation des dispositions de sa convention et la France a l’obligation de prendre toutes les dispositions pour faire cesser cette violation et donc d’ordonner le rapatriement  ».

C’est un double scandale qui éclabousse le président. Les enfants n’ont évidemment pas à payer les crimes de leurs parents, le refus de la France sous-entend une responsabilité de ces enfants de par les actes de leurs parents, ce qui est bien évidemment inadmissible. Les mères sont détenues elles aussi en toute illégalité puisqu’elles n’ont jamais eu de procès. Estelle, 31 ans, a rejoint la Syrie au printemps 2014 avant de se rendre aux forces kurdes en 2017 ; elle est originaire de Versailles et a entamé une grève de la faim pour demander son rapatriement en France et demande à ce « qu’on dise ce que l’on me reproche, si je dois être jugée qu’on me juge il n’y a pas de problème, comment voulez vous que l’on prouve notre bonne foi si on ne nous juge même pas  » au micro de Franceinfo.

Estelle et une dizaine d’autres femmes du camp d’Al-Hol ont entamé une grève de la fin, la France considérant qu’elles doivent être jugées en Syrie. « Ma seule faute, c’est d’être venue ici, c’est tout » poursuit Estelle. Saïda, une autre femme française détenue explique elle aussi vouloir un procès en France : « je suis venue ici sur un coup de tête, j’ai pris la décision en une semaine, sans réfléchir. Et dès que je suis arrivée ici, j’ai vite regretté », avant de poursuivre « nous, on a vu qui est Daech, on a vu ce qu’est l’État islamique, on a vécu avec eux, on a vu ce qu’ils ont fait. C’est nous qui avons voulu les quitter, c’est nous qui avons voulu partir. On était prisonniers chez eux et on ne compte pas faire des attentats en leur nom » toujours au micro de France Info.

C’est en réalité une manipulation de la part de Macron et son gouvernement vers une punition collective, sous-entendant que ces enfants sont de fait des criminels représentant une menace pour la France. Marie Dosé s’indigne sur France 24 « est-ce qu’on est en train de juger des enfants ? Est-ce qu’on est en train de leur faire payer quelques chose ? Est-ce qu’ils ont commis un crime ou un délit ? Est-ce qu’ils ont décidé de rejoindre l’Etat islamique ? Est-ce que ces gosses qui pour les 3/4 ont moins de 6 ans ont commis un quelconque méfait pour que la France décide de les laisser périr et mourir dans des camps ?  ». Pourtant la France a une politique de rapatriement de ses ressortissants, comme le démontre par exemple l’affaire Florence Casey, accusée et condamnée à 96 ans de prison pour enlèvement par la justice Mexicaine a été rapatriée en France, sous l’autorité de Nicolas Sarkozy. Ou plus récemment l’affaire Air Cocaïne où Alain Castany, condamné en République Dominicaine pour trafic de drogue, a été rapatrié en France. L’abandon de ces enfants montre la politique du deux poids deux mesures de la France, qui préfère fermer les yeux sur ce sujet hypersensible qui pourrait lui faire mal par la droite.




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