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Répression de l'immigration

Enfermé en CRA, menacé d’être renvoyé au Soudan, Ali Hassan raconte son cauchemar

De son périple en Méditerranée à son arrivée, sa vie menée en France avec sa famille puis son enfermement à Bordeaux, les mots d'Ali, un jeune venu du Soudan il y a 8 ans, décrivent une réalité morbide. L’Etat français veut renvoyer ce réfugié vers son pays d’origine, l’exposant à des risques pour sa vie.

mardi 27 septembre

Le centre de rétention administrative de Bordeaux est situé au sous-sol de l’Hôtel de police. Crédits photo : Google Maps

En toute connaissance de cause, l’Etat français a repris les expulsions vers le Soudan malgré sa condamnation par la Cour Européenne des Droits de l’Homme à deux reprises en 2015, qui rappelait les « risques de traitements inhumains et dégradants » subis par les réfugiés renvoyés au Soudan.

C’est le risque qu’encourt Ali Hassan Hassan, jeune homme de 22 ans d’origine soudanaise. Enfermé depuis plus d’un mois au centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux, Ali est en France depuis 8 ans et avait réussi à obtenir le statut de réfugié.

Aujourd’hui, le jeune homme s’est vu retiré son statut pour avoir « commis des délits » et est notifié d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Ali est alors menacé d’expulsion vers le Soudan, qu’il a fui en traversant la Méditerranée en 2014 pour fuir la guerre avec sa mère, sa sœur et son petit frère.

Dans ces quelques lignes, il explique son traitement et l’impasse dans laquelle il se trouve. Un récit qui révèle la réalité des politiques racistes et répressives de l’Etat français qu’il faut combattre. Pour Ali, et pour l’ensemble des réfugiés, il faut exiger une régularisation immédiate et sans condition. De la même manière, il faut lutter pour la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous. Pour un accueil digne, et la fermeture des CRA et LRA, lieux de privation de libertés où les migrants sont enfermés pour le seul motif d’être étranger. Il faut continuer de dénoncer la construction de nouveaux CRA, comme à Bordeaux, synonymes de surenchère raciste et sécuritaire.
 
À la suite de sa lettre, nous avons contacté Ali qui souhaite continuer de nous raconter son histoire. Nous publierons donc prochainement sur Révolution Permanente nos échanges, à massivement pour que sa voix et celle des autres soit entendue.


Lettre d’Ali Hassan Hassan, 22 ans, originaire du Soudan

Bonjour,
 
Je me permets de vous écrire car je me retrouve dans une situation un peu confuse. Je m’appelle Ali Hassan Hassan, né le 05/09/2000 à Khartoum au Soudan. J’ai fui mon pays à cause de la guerre. Je suis arrivé en France à l’âge de 14 ans après un séjour éprouvant de 10 jours dans la mer Méditerranée sans rien manger, ni boire avec 450 personnes et ma famille. Avec ma famille, nous avons obtenu le statut de réfugiés le 30/09/2015 et depuis je suis allé à l’école en France, j’ai travaillé et j’ai aussi commis des délits qui m’ont valu le retrait de mon statut, mais cette décision ne m’a jamais été notifiée et donc j’ai perdu mon droit à l’appel. 
 
Le 21/10/2021 la préfecture m’a délivrée une « obligation de quitter le territoire français ». Là on me notifie l’OQTF mais on ne me notifie pas mes droits (…) le lendemain de cette notification j’ai été incarcéré donc vu le délai pour contester la décision d’OQTF, c’était mort déjà. 
 
Le 09/08/2022 on m’a placé au CRA de Bordeaux en me disant que j’allais très probablement être renvoyé dans mon pays de naissance, ce même pays que j’ai fui avec ma famille longtemps auparavant et ce même pays en provenance duquel j’ai été reconnu en tant que réfugié. 
 
Ce même pays qui a été en guerre lors de ma fuite et qui l’est toujours. L’Etat est critiqué là-bas et les ressortissants soudanais expulsés depuis l’Union européenne ne sont pas simplement torturés, ou enfermés, mais portés disparus.
 
Je suis arrivé en France avec ma famille, j’ai grandi ici. Toute ma famille est en France. Je ne connais absolument rien du Soudan. Je ne parle même plus arabe ma langue maternelle, c’est le français maintenant car c’est la seule langue que je parle à 100%. 
 
Je regrette très sincèrement tous mes fais et gestes, je regrette vraiment mes délits et je me suis excusé, je m’en excuse encore, je ne m’excuserai jamais assez. 
 
Mais moi j’ai grandi dans ce pays je me considère comme un citoyen français mais sans nationalité pour le moment et la France est un pays de droits et des droits de l’Homme et à ce que je sache la peine de mort est interdite en France. 
L’expulsion vers le Soudan = la peine de mort 
 
Nous sommes une famille très bien intégrée en France. J’ai fait des études pour être assistant d’architecte mais malheureusement je ne suis pas allé au bout. J’ai déjà travaillé, j’ai payé mes impôts. Ma mère travaille et fait ses études en même temps. A 45 ans elle fait un CAP cuisine dans un lycée. Ma sœur également a travaillé et travaille toujours et fait ses études à Monaco en commerce international. Mon petit frère fait ses études en commerce et il continuera en marketing. Nous ne sommes pas des ignorants et notre avenir est ici à quatre comme ça à été le cas depuis le début. 
 
J’ai fait énormément confiance à la France et à la justice française mais je ne comprends pas ce qu’il se passe. En plus, le Soudan, le Soudan, le Soudan = la faim, la guerre, la peur, le sang et surtout la mort. 



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