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Enola Holmes : la lutte des classes s’invite sur Netflix

Dans un film d’aventure qui raconte l’histoire de la petite sœur méconnue de Sherlock Holmes, Netflix évoque une grève explosive de 1400 ouvrières londoniennes qui ont paralysé une usine d’allumettes à la fin du 19 siècle.

vendredi 18 novembre

Crédits photo : La Izquierda Diario

Londres, 1888. Enola Holmes, petite sœur du célèbre détective Sherlock Holmes, enquête sur la disparition de Sarah Chapman, ouvrière dans une usine d’allumettes. Une histoire mise en scène par Netflix dans le film « Enola Holmes » diffusé le 4 novembre dernier, qui revient sur une enquête trépidante où la jeune détective se joint à l’organisation d’une grève dans une entreprise d’allumettes. Cette mobilisation fait suite aux mensonges de l’entreprise et des autorités face au décès de nombreuses ouvrières de l’usine, qui affirment que leur mort serait lié au typhus, masquant ainsi les effets du phosphore utilisée par les travailleuses pour la fabrication d’allumette.

En 1888, Enola Holmes n’était pas là, mais la mystérieuse disparue, Sarah Chapman a réellement existé. A la différence de ce que raconte le film, elle n’était ni amoureuse du fils du patron ni danseuse, mais elle fut une des organisatrices de cette grève qui a bousculé le mouvement ouvrier britannique.

Dans l’entreprise de fabrication d’allumettes « Bryant & May », des travailleuses de tout âge sont maltraitées par leur direction : 14h de travail par jour pour 4 shilling seulement, salaires constamment amputés par la direction si les travailleuses arrivaient en retard ou avaient des vêtements sales… En plus de ces conditions de travail déplorables, l’utilisation du phosphore, nécessaire pour la fabrication d’allumettes, attaque violemment la santé des ouvrières de la manufacture. En juin 1888, la suffragette Annie Besant publie un article intitulé « Esclavage blanc à Londres », dans lequel elle dénonce les conditions de travail des allumettières et l’usage du phosphore blanc. En réaction, les patrons instaurent une pétition au sein de l’entreprise pour pousser les travailleuses à démentir les faits énoncés par Annie Bessant, tout en menaçant les ouvrières qui refuseraient de signer de licenciement.

Une manœuvre qui fait croître la colère dans l’entreprise, et qui poussent les allumettières a organiser une réunion le 2 juillet 1888 pour préparer la grève. Une semaine plus tard ce sont 1400 ouvrières, femmes et enfants, qui arrêtent le travail. Une grève historique, où pour la première fois des travailleuses non qualifiées s’organisent sans syndicat pour défendre leurs conditions de travail. Aux côtés des suffragettes, des syndicats et du mouvement socialiste, les ouvrières vont s’organiser dans un comité de grève pour organiser la bataille, dont les revendications se popularisent dans tous les quartiers de Londres. Les ouvrières finissent par arracher une victoire historique : les amendes sont supprimées, les salaires sont augmentés, et les ouvrières licenciées pour diffamation lors de la préparation de la grève sont réintégrées. Fortes de cette bataille, les allumettières créent un syndicat dans l’entreprise et marquent d’une étincelle l’histoire du féminisme et de la lutte des classes au Royaume-Uni.

Forte des conseils de sa mère, suffragette radicale, Enola Holmes comprend qu’on n’arrive à rien toute seule, et que seule l’organisation paie. Si Netflix ne raconte pas tous les dessous de la grève et la véritable histoire des allumettières, le film à le mérite de mettre à l’honneur une grève qui nous rappelle que lorsque les femmes précaires se révoltent, leur combativité fait bouger les lignes de l’histoire.

Pour creuser, voir « El Circulo Rojo », la critique culturelle du journal La Izquierda Diario



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