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Jeunesse

Conférence de presse

Enquête étudiante Bordeaux. « Nous engageons un bras de fer contre ces chiffres alarmants »

À la suite d’une grande enquête sur la précarité étudiante à l’Université Bordeaux Montaigne, qui a objectivé à quel point celle-ci est généralisée dans la jeunesse universitaire, des organisations étudiantes, dont Onzième Thèse ont organisé une conférence de presse pour visibiliser ces chiffres alarmants et proposer des perspectives contre la précarité et la sélection par la faim.

jeudi 18 février

Crédits photo : Révolution Permanente Bordeaux

Quantifier le mal-être dans la jeunesse, comme première étape pour préparer la riposte

À partir d’un cadre unitaire réunissant plusieurs organisations étudiantes, dont a fait partie le collectif Onzième Thèse, ainsi que la CNT, la CDVEA, EBM, la FSE, Ré-union Montaigne !, Étudiant-e-s mobilisé-e-s, Solidaires étudiant.e.s Bordeaux, UNEF Bordeaux, UEC, une enquête a été lancée à la mi-janvier pour chiffrer la précarité étudiante, à l’échelle des 18.000 étudiants de l’Université Bordeaux Montaigne. Avec plus de 4700 réponses, soit un échantillon de 25%, l’enquête permet d’objectiver la situation dramatique dans laquelle sont plongés des milliers d’étudiants. Celle-ci révèle par exemple que 38% des étudiants se confrontent quotidiennement à des problèmes d’ordre économique.

La conférence de presse de ce mercredi 17 février, impulsée par les organisations étudiantes et introduite par Petra, étudiante et militante à Onzième Thèse pour laquelle elle est élue à la CFVU de l’UBM, et militante de RP - NPA, a réuni plusieurs médias dans une salle de l’UBM, notamment après une visibilisation médiatique importante du drame pour toute une génération, notamment suite à plusieurs tentatives de suicides.

"On a lancé à la mi-janvier une grande enquête sur la précarité étudiante, les conditions de vie et d’études des jeunes à la fac, dans une période où celle-ci a été mise sous le feu des projecteurs après des dramatiques gestes de suicides et tentatives. L’objectif principal de l’enquête était de quantifier cette précarité-là, d’objectiver la situation alarmante dans laquelle sont plongés des milliers d’étudiants" introduit Petra à la tribune. "En pleine crise sanitaire et économique, cela a accentué les inégalités parmi les étudiants, qui souffrent aujourd’hui pour la plupart de l’absence de perspectives en terme d’avenir, que ce soit au niveau des études ou de l’emploi".

"Dans l’enquête qu’on a mené, explique Petra, les facteurs aggravant la situation se situent sur plusieurs terrains. Celui économique notamment, en particulier la question du logement, où 1242 personnes disent qu’elles se sont retrouvées seules depuis le début de la crise, en logement CROUS ou privé, 630 personnes disent vivre avec des personnes à charge (enfants, personnes fragiles...) et 47 disent être sans domicile fixe ; un chiffre particulièrement alarmant."

Comme l’ont déclaré les étudiants présents à la tribune de la conférence de presse, les directions d’université qui se veulent en rupture avec la politique gouvernementale, comme celle de l’UBM, se restreignent à une gestion de la misère et à des déclarations d’intention sur les réseaux sociaux. La ligne des militants du collectif Onzième Thèse est claire : cela ne peut plus durer, et il faut aller plus loin que quelques tweets de dénonciation de l’exécutif, comme peut le faire Lionel Larré, président de la fac de l’UBM. 

À l’heure où les inégalités s’accroissent et la précarité s’accentue avec la crise, les militants de Onzième Thèse affirment que celle-ci ne pourra se combattre, ni par les mesures cosmétiques du gouvernement, qui a lui même imposé l’austérité aux services publics, ni par une gestion de la misère dans le cadre des moyens alloués à la fac, dans la mesure où celle-ci a déjà subi ces dernières années de multiples coupes budgétaires.

Face au drame de toute une génération, quelle organisation pour la riposte ?

Le cadre unitaire entre les différentes organisations qui a fait émerger la grande enquête et la conférence de presse est un premier pas dans la recomposition d’une tradition politique et militante au sein de la faculté. Cependant le fossé entre les volontés concrètes des étudiants et les potentialités que nous offre le cadre institutionnel pour les mettre en place se creuse. Par exemple, concernant la validation pour tous du second semestre voulue par 63% des étudiants sondés dans l’enquête, l’expérience en juin dernier à la Sorbonne a montré que ce n’est pas possible de l’imposer uniquement par les cadres institutionnels, même comme c’est majoritaire. Si l’argument est que ce sont les jurys qui sont souverains et non les conseils de directions d’université, Petra rétorque dans une interview que "c’est pas parce que c’est dans la loi, qu’on doit être fataliste. Il faut bouger les lignes, et ça, ça ne se fera pas que dans les cadres institutionnels, qui existent pour maintenir ces règles. Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire de revendiquer l’Université ouverte à toutes et tous, gratuite et sans conditions, et c’est pour cela qu’il faut mettre un terme à la sélection sociale".

À ce propos, lors des questions réponses avec la presse présente, Jahan Lutz, étudiant en licence de philosophie à l’UBM et élu au Conseil d’Administration pour Onzième Thèse, revient sur les prises de position de la présidence, qui ne restent pour l’instant que des déclarations d’intention : "Nous avons porté une motion au CA, signée par plusieurs organisations étudiantes, pour la réouverture des universités, conditionnée à des investissements massifs, pour mettre un terme au manque de moyens structurels à la fac. Pour l’instant, le gouvernement n’annonce que des mesures cosmétiques [...] et pour dénoncer ça, la motion a été votée à l’unanimité, y compris par la présidence ; en revanche, elle n’a ni été envoyée aux étudiants, ni publiée officiellement encore, on attend toujours, mais en plus, cela reste une déclaration d’intention, la question c’est qu’est ce qu’on met en place. Pour cela il faut dénoncer la gestion catastrophique du gouvernement, qui donne des milliards aux entreprises pour le plan de relance, mais laisse des étudiants mourir de faim".

Dans la conférence de presse, Petra souligne : "Si 66% des étudiants sondés déclarent avoir eu des difficultés qui ont perturbé leur travail, celles-ci relèvent de plusieurs types ; par exemple, 1677 personnes disent ne pas avoir d’espace de travail dédié pour se concentrer et travailler sereinement, tandis que 2819 personnes disent avoir rencontré des difficultés techniques (dont plus de 200 personnes qui disent ne pas avoir d’ordinateurs). D’un point de vue économique, la situation dans la jeunesse est alarmante, et si une grande partie des jeunes ont des difficultés à remplir leur frigo et à payer leur loyer, ce sont eux en premier qui vont être laissés sur le bord de la route à cause de la sélection sociale. On assiste aujourd’hui à une véritable rupture du pacte méritocratique, c’est-à-dire que l’université n’apparaît plus comme un ascenseur social, c’est la fin de l’illusion que c’est en bossant avec sérieux qu’on obtiendrait un diplôme, et a fortiori un emploi."

La riposte contre la précarité de la jeunesse et les non perspectives d’avenir ne pourra donc se faire ni sur le terrain des déclarations d’intention ni sur celui du cadre institutionnel. C’est en ce sens que l’association étudiante Onzième Thèse a porté au sein de la conférence de presse la nécessité de se servir de l’enquête comme d’un premier appui pour construire une riposte plus large sur le terrain de l’action politique. En effet, aujourd’hui plusieurs associations jouent un rôle d’aide aux étudiants comme dans la continuité alimentaire, ce qui montre que la politique de l’État est totalement insuffisante pour en venir en aide à celles et ceux qui n’arrivent même plus à se nourrir. Même si ce type de militantisme caritatif est nécessaire pour la survie de plusieurs milliers d’étudiants précaires, ce n’est pas aux organisations étudiantes et syndicales de s’occuper d’une tâche si fondamentale qui devrait être une priorité de l’exécutif. Car aujourd’hui si la solidarité que mettent en place les organisations au jour le jour se rompent, alors ce seront des milliers d’étudiants que le gouvernement laissera la mort au ventre.

C’est dans ce sens que les élus Onzième Thèse interviennent au sein des conseils universitaires de l’UBM depuis le début de la crise sanitaire, sans illusions sur la capacité de ces conseils à s’opposer aux volontés d’austérité et de sélection du gouvernement. Mais cela reste nécessaire d’y avoir des élus, justement pour y porter les revendications des étudiants, et leur rendre compte des discussions et décisions qui sont prises de manière totalement opaque, mais c’est en portant une politique en rupture avec ces logiques possibilistes.

Si l’exécutif tremble d’une explosion sociale au sein des facultés et plus largement de la jeunesse, c’est car il a peur que la colère des étudiants issue de leur précarisation grandissante prenne une incarnation politique sur le terrain de la lutte.

Des comités de lutte contre la précarité d’aujourd’hui et celle qu’on nous promet demain

Dans l’enquête, 88% des étudiants sondés se sentent trop extérieurs aux prises de décisions quant à l’organisation de l’université, alors qu’ils sont les principaux concernés, expression d’une jeunesse qui veut décider par elle-même de l’organisation de leur université mais plus largement de leur vie.

Pour les militants de Onzième Thèse présents à la tribune, l’heure est à l’organisation de comités de lutte contre la précarité étudiante, pour que ce soit à la jeunesse dans l’ensemble de ses composantes sociales, précaire, travailleuse, étudiante, souvent multiples, qui s’organise par elle-même pour rompre la politique mortifère du gouvernement contre notre génération. Mais aussi pour rompre l’isolement social qui parcourt la jeunesse étudiante, pour se retrouver, échanger et proposer une autre voie que les cul-de-sac que nous offrent les politiques institutionnelles contre la précarité. Car en effet il ne s’agit plus aujourd’hui de s’organiser contre la précarité, mais de s’organiser pour qu’elle ne soit plus jamais un problème.

C’est dans ce sens que nous devons nous organiser et riposter autour d’un programme qui refuse qu’on paye la crise qui nous précarise à grande vitesse. Et ce en rupture avec les logiques possibilistes et institutionnelles, pour un combat d’ensemble de la jeunesse qui soit fait de solidarité. Petra conclut dans la conférence de presse : "Si les mesures du gouvernement sont insuffisantes, leur attitude est criminelle : pendant que des étudiants se suicident comme seul geste pour mettre fin à leur détresse, l’exécutif continue de donner des milliards aux grandes entreprises, les mêmes qui licencient massivement aujourd’hui, et qui créent notre chômage de demain".

Cette journée du 9 mars est une occasion pour les militants présents, de "visibiliser la précarité étudiante et porter les bases d’une lutte plus large contre un modèle politique, économique, social de l’université et de la société qui nous offre aucun avenir".

Si vous voulez rejoindre l’organisation de cette initiative et participer aux comités de lutte contre la précarité, envoyez un message sur les différents réseaux de l’association étudiante anticapitaliste et révolutionnaire Onzième Thèse.

Retrouvez ici le live de la conférence de presse en entier !




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