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« Ensauvagement », certificats de virginité : le « féminisme » de Schiappa au service de l’offensive sécuritaire

Le gouvernement fait feu de tout bois dans son offensive réactionnaire et sécuritaire. Un certain pseudo-féminisme lui prête main forte en la personne de Marlène Schiappa, véritable bras-droit du Ministre de l'Intérieur.

mercredi 9 septembre

Crédits : THOMAS SAMSON/AFP

Marlène Schiappa : un féminisme néo-libéral et sécuritaire

De secrétaire d’Etat à l’égalité Femmes-hommes à ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa poursuit aujourd’hui avec son projet de lutte contre le séparatisme l’offensive sécuritaire et islamophobe qu’elle avait commencé au nom de la laïcité et de la lutte pour les droits des femmes.

En effet, depuis le début du quinquennat Macron, Marlène Schiappa a mené, drapée des habits du féminisme, une politique répressive, punitiviste et ouvertement xénophobe. Elle a notamment à son actif la mise en place de la verbalisation du harcèlement de rue, ou encore le renforcement de l’arsenal juridique pour expulser un étranger hors du territoire lorsqu’il est condamné pour violences sexuelles. Aujourd’hui, en tant que bras droit du ministre de l’intérieur, elle est la porte-parole du gouvernement pour porter le tout nouveau projet de loi contre le séparatisme.

Cette notion de séparatisme plait depuis bien longtemps à Marlène Schiappa, et plus largement aux néolibéraux, pour disputer des voix à l’extrême-droite. En juin 2017, en pleine opération de communication pour le projet de loi contre le harcèlement de rue, et alors que les thèmes de la sécurité et de la délinquance passent en boucle dans les médias, Marlène Schiappa publie une photo d’elle dans le quartier de La Chapelle sur Twitter suivi du commentaire : « Les lois de la République protègent les femmes, elles s’appliquent à toute heure et en tout lieu ». Critiquée, elle supprime son tweet. D’autres propos tenus par la suite ont confirmé qu’il ne s’agissait pas d’une maladresse. L’été dernier, suite à une action de militantes féministes contre l’interdiction du port du burkini dans les piscines municipales, la ministre accuse alors ces militantes d’être « une petite minorité agissante qui promeut une forme d’islam politique et qui lutte contre le droit des femmes dans le but de créer une nouvelle norme qui serait le fait de se couvrir lorsque nous sommes en présence d’hommes ». Marlène Schiappa estimait à l’époque qu’il s’agissait d’« activisme islamiste » et d’une menace aux principes républicains de laïcité et d’égalité hommes femmes, c’est-à-dire d’un acte relevant de ce fameux séparatisme qu’ils martèlent partout depuis des jours.

Ainsi, alors que le gouvernement est fragilisé par sa gestion de la crise sanitaire et la crise économique en cours, un discours incessant sur l’insécurité, « l’ensauvagement » de la société, occupe l’espace médiatique depuis plusieurs semaines. La lutte contre le séparatisme fait également la Une. Un terme que l’on a pu entendre récemment dans la bouche du chef de l’Etat le 14 juin dernier lorsqu’il dénonçait les « dérives séparatistes » dans la mobilisation contre les discriminations raciales et les violences policières. La lutte contre le séparatisme s’apparente donc vraisemblablement, de manière extensible, à la lutte contre toutes celles et ceux qui manifestent leur colère et leur rejet des politiques, actes et discours racistes, xénophobes et islamophobes. Dans les faits, cependant, elle vise centralement les musulman.e.s.

Le gouvernement a annoncé quelques mesures comprises dans son projet, et son intention de renforcer le « cadre juridique » pour éviter « les zones grises ». Parmi elles, la création pour les associations d’« un contrat d’engagement pour la laïcité » ou encore le fait de rendre les procédures de naturalisation « plus solennelles ». Derrière ce projet de loi contre le séparatisme de Schiappa et de Darmanin se cache donc un renforcement de l’arsenal juridique dans l’objectif de faciliter le contrôle, la répression judiciaire et policière, l’expulsion, des personnes musulmanes ou supposées comme telles, et des étrangers. Dans le lot de mesures, une a suscité beaucoup de réactions : la pénalisation des « certificats de virginité » accordés par certains médecins « pour permettre un mariage religieux ».

Les "certificats de virginité" : nouveau cheval de bataille raciste du gouvernement

La question des certificats de virginité fait partie au même titre que le voile ou les mariages forcés, depuis plusieurs décennies, de ces pratiques que le gouvernement et le discours dominant décrivent comme importées de l’extérieur sur le territoire, et issues d’une culture spécifique, musulmane, qui serait intrinsèquement et spécifiquement sexiste, machiste et « retardée ». Le 18 février dernier lors de son discours à Mulhouse, Emmanuel Macron parlait déjà des risques liés au "séparatisme islamiste", il déclarait alors : « Dans la République […], on ne peut pas exiger des certificats de virginité pour se marier ». La demande de certificats de virginité serait donc l’apanage des musulmanes pratiquantes, pourtant comme le rappelle Isabelle Derrendinger, secrétaire générale du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes, « c’est un fait religieux, quelle que soit la religion. Ce serait réducteur de l’assigner à la communauté musulmane ».

Par ailleurs, les spécialistes s’interrogent sur la réalité de cette pratique en France et semblent plutôt s’accorder, malgré la difficulté du recensement étant donné qu’elle est d’ores et déjà condamnée par l’ordre des médecins, pour dire qu’elle demeure extrêmement marginale. A ce titre, Amina Tamgane a précisé dans le journal 20 minutes qu’elle a « déjà rencontré ce cas de figure, mais c’est rare, entre une et trois fois par an… sur 6.000 consultations ». Ghada Hatem, médecin et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, a quant à elle déclaré sur LCI recevoir environ deux personnes par mois dans son cabinet pour de telles demandes.

Même s’il s’agit d’une pratique qui serait marginale, la lutte pour les droits de toutes les femmes, contre les formes et les pratiques les plus réactionnaires qui existent encore, est nécessaire. Mais ici il s’agit avant tout d’une instrumentalisation politique (de plus) par le gouvernement de la question des violences sexistes subies par les femmes issues de l’immigration postcoloniale. Selon le récit dominant de la République française ces femmes seraient tout particulièrement opprimées (par leur mari ou leur famille) et auraient besoin d’être sauvées par des lois au nom des principes républicains de laïcité et d’égalité des sexes. En réalité, cette « racialisation du sexisme » comme le nomme Christelle Hamel conduit à stigmatiser les hommes musulmans comme étant intrinsèquement machistes voire des "barbares", et surtout à stigmatiser les femmes musulmanes ou supposées comme tel, les exposant en dernière instance à plus de violences sexistes, économiques et racistes. « La loi seule risque de ne pas mettre fin à ces pratiques » explique dans ce sens la gynécologue Ghada Hatem. Pire, la pénalisation de la pratique va juste favoriser le recours à des méthodes informelles et à mettre en danger ces femmes, tout comme l’interdiction du voile a conduit avant tout à exclure des femmes de l’espace public et à les précariser.

A contrario des organisations politiques et des féministes qui ont soutenu les projets de loi contre le voile, ou de celles et ceux qui n’ont rien dit, en agitant les principes de laïcité et d’égalité entre les sexes, il est primordial dans une période où le gouvernement multiplie les déclarations et les projets de lois ouvertement islamophobes et les projets d’ingérence dans ses anciennes colonies, de s’opposer à ces projets, de dénoncer cette instrumentalisation du féminisme à des fins racistes et xénophobes, et de rappeler que la libération des femmes viendra des femmes elles-mêmes, et non de ce gouvernement et de la classe dominante.




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