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Drame

Enseignante poignardée à Saint-Jean-de-Luz : une nouvelle fois, l’école en souffrance

La mort d’Agnès Lassalle, professeure d’espagnol de 52 ans, poignardée dans son établissement, est un drame de plus qui bouleverse les enseignant-e-s. Il met au cœur les souffrances de plus en plus profondes qui traversent la société et les violences dans lesquelles elles explosent, face auxquelles un gouvernement qui détruit l’école et l’hôpital n’a pu que verser des larmes de crocodile. Nous apportons tout notre soutien aux proches de l’enseignante, à ses collègues et à ses élèves. Personne ne devrait mourir à l’école !

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Crédits photo : GAIZKA IROZ / AFP

C’est mercredi matin qu’Agnès Lassalle, professeure d’espagnol au lycée privé Saint-Thomas-D’Aquin de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Orientales) a été poignardée en classe par l’un de ses élèves. L’enseignante est morte de ses blessures, tandis que le lycéen, âgé de 16 ans, a été placé en garde-à-vue. D’après une source du journal Libération, l’adolescent qui a poignardé sa professeure « a manifestement des troubles psy avérés » et l’enquête pointe aujourd’hui la piste psychologique pour expliquer son geste.

Un nouveau choc qui bouleverse le secteur de l’éducation

La mort de l’enseignante est un nouveau choc pour l’école et les travailleuses et travailleurs de l’éducation, et nous sommes nombreux à avoir été hier bouleversés par le drame. Difficile en effet de ne pas être touchés, en tant qu’enseignant-e-s, par le fait d’apprendre qu’une collègue est morte dans son établissement scolaire, face à ses élèves et en exerçant son métier. Enseignant-e-s ou élèves, personne ne devrait mourir à l’école, et nous apportons tout notre soutien aux proches d’Agnès Lassalle, à ses collègues et à ses élèves.

Le choc est d’autant plus brutal qu’il s’accompagne, pour beaucoup d’entre nous, de la colère. En effet, le décès d’Agnès Lassalle, tout en étant le premier à avoir lieu dans un établissement privé, s’inscrit dans une continuité macabre. Difficile de ne pas penser, comme l’ont pointé plusieurs réactions, à l’assassinat de Samuel Paty, mais aussi au suicide de Christine Renon, directrice d’école, ou à l’enseignante de Blois qui s’est défenestrée en plein cours en septembre dernier.

C’est dans ce contexte très sensible que ce se sont précipités dès hier après-midi Olivier Veran – ex-ministre de la santé et porte-parole du gouvernement – Pap Ndiaye – ministre de l’Education nationale – Elisabeth Borne et Emmanuel Macron pour témoigner de leur profonde « émotion », de leur « soutien » et jusqu’à la « solidarité » de la « Nation » avec les proches de la victime et les enseignant-e-s.

Comment oser prétendre à prévenir les violences quand on détruit l’école et l’hôpital ?

Une course à qui sera le plus ému et le plus solidaire qui a fait réagir sur les réseaux sociaux, tant la démarche paraît hypocrite dans la bouche de ceux qui sont des acteurs de premier plan de la destruction de l’école et de la santé, qui renforce la maltraitance des personnels et des élèves.

N’en déplaise aux membres du gouvernement, pour les enseignant-e-s, dont la grande majorité travaille dans le secteur public et subit la dégradation des conditions de travail et d’enseignement, le drame pose plus largement la question de l’accompagnement et des soins apportés aux élèves qui souffrent de difficultés sociales, psychiques et scolaires.

Déjà, en 2019, le Directeur du CIO de Rouen alertait sur « la fin de la psychologie en milieu scolaire ».

S’il est difficile d’avoir une vision pour l’éducation privée, on compte dans le public en moyenne un-e PsyEN pour 1 500 élèves, un-e infirmière scolaire pour 1 600 élèves et un-e assistant-e sociale pour 5 000 élèves !

Une « pénurie » soigneusement entretenue par les gouvernements successifs dans l’objectif de faire toujours plus d’économies sur le dos des plus précaires, et qu’est loin de pouvoir compenser l’hôpital public, lui-même victime des politiques d’austérité imposées par les gouvernements successifs. Le ministre de l’Education nationale a beau jeu de promettre « 20 % de psychologues en plus » au lendemain du drame, alors que le gouvernement a méthodiquement poursuivi sa casse de l’école, supprimant notamment des postes de psychologues, d’assistantes sociales et d’infirmières scolaires, mais aussi de CPE, d’AED et d’enseignant-e-s. Dans des classes surchargées, sans accès réel à la psychologie ou à la médecine scolaire, l’accompagnement, le soin et le suivi des élèves est réduit à peau de chagrin, avec, pour conséquence, un approfondissement généralisé du mal-être et des violences.

Déjà, en septembre, un adolescent de 15 ans avait agressé une enseignante, après avoir posté un message sur les réseaux sociaux et disant « entendre des voix » qui lui demandaient de poignarder quelqu’un. Alors qu’hier, le ministre de l’Education nationale s’ébahissait qu’un tel drame puisse arriver dans un établissement « très calme, réputé pour son sérieux et la sérénité de son climat scolaire », nous devons réaffirmer que les violences qui s’expriment à l’école sont le reflet d’une société elle-même violente envers les plus précaires, et que les premières victimes en sont partout les personnels de l’éducation et les élèves.

Nous n’avons pas besoin de plus d’autorité, d’« équipes mobiles de sécurité » et de policiers, mais nous voulons des moyens pour accompagner, pour enseigner et pour soigner !

Contrairement à ce qu’affirment la droite et l’extrême-droite, qui commencent déjà à instrumentaliser le drame pour exiger toujours plus de répression, ce n’est pas de plus d’autorité et de plus de police à l’école dont nous avons besoin, ni d’une apologie de l’école et de la santé privées, supposées répondre à tous les mots de la société en approfondissant encore la misère et la souffrance de ceux qui ne pourront se l’offrir.

Suite à l’assassinat de Samuel Paty, la seule réaction du gouvernement a été de faciliter l’intervention de la police dans les lycées, et de renforcer les EMS (Equipes Mobiles de Sécurité), gros-bras et police des rectorats, tout en imposant des « formations laïcité » qui n’ont eu d’utilité que pour faciliter la répression des enseignant-e-s et des élèves. Non seulement ce nouveau drame montre leur inutilité totale pour prévenir les violences, mais surtout, il révèle crument les conséquences de l’austérité et du manque de moyens dans les écoles et la santé.

C’est de personnels, de matériel, de locaux et d’investissements massifs que nous avons besoin pour accompagner et enseigner, mais aussi pour soigner toutes celles et ceux qui en ont besoin. Et pour cela, il ne suffira pas de recruter une centaine de psychologues et d’infirmières, tandis que des centaines de postes ont été et seront supprimés par ailleurs dans l’Education nationale. N’en déplaise à M. Macron et M. Ndiaye, il faudra « bien plus qu’une minute de silence » pour mettre fin aux souffrances de plus en plus profondes qui s’expriment à l’école et partout dans la société.


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